publié le 06 octobre 2015

STRATEGIE NATIONALE, PROGRAMMATION DES MOYENS ET COMPLEMENTS CIRCONSTANCIELS

La stratégie nationale, quel que soit le pays concerné, se résume à un complexe, qui n’évolue que très lentement, à la convergence de tendances lourdes culturelles, historiques, géographiques, climatiques connues de tous. La pérennité de cette stratégie nationale peut cependant se trouver dévoyée de deux manières par l’action politique de ceux qui doivent, par leur fonction, en assumer momentanément la responsabilité. La volonté de puissance sur d’autres nations ou l’esprit d’abandon aux aléas de l’histoire peuvent conduire, parfois pour de longues périodes, à une mise entre parenthèses de la stratégie nationale. Mais une véritable nation ancrée à un territoire et à une culture pluri séculaire revient toujours à l’équilibre de sa stratégie nationale. Echapper à ce destin n’est possible que par l’extermination ou par l’association de nations aux cultures très proches. La France s’est elle-même constituée par de tels rapprochements jusqu’à trouver, en pratique, ses « frontières naturelles » (ou presque), longtemps disputées avec son principal voisin du nord-est. La cohérence historico-culturelle est maintenue par des institutions acceptées de la nation, suffisamment stables mais évolutives. L’intégrité nationale est maintenue par une politique de défense des institutions, de la culture, de l’histoire et du territoire géographique. Il existe cependant un hiatus entre la politique de défense choisie, quelle qu’elle soit, et les moyens pour la mettre en œuvre. Cette discontinuité conceptuelle s’accentue à mesure que les techniques se sophistiquent. Si la stratégie nationale évolue sur des périodes très longues, en tout cas plus que séculaires, les politiques peuvent se décider très rapidement et les organisations ou réorganisations pour les traduire dans les faits se réalisent dans un délai qui avoisine trois années. Seulement les moyens nécessaires à un changement politique ne peuvent s’obtenir que sur un temps nettement plus long et qui ne cesse d’augmenter : une quinzaine d’années minimum entre la conception initiale d’un projet et son prototype, une dizaine d’année entre le prototype et la série opérationnelle pour une durée d’emploi de trente à quarante ans. Ce schéma ne vaut pas que pour un matériel militaire, il s’applique aussi à de très nombreuses décisions publiques. Il est surprenant que ce constat pourtant simple ne soit pas mieux pris en compte. Dans les faits cela se traduit par la disparition du niveau stratégique, au sens où on l’entend généralement, au « profit » de décisions d’ordre simplement tactiques. De là vient une partie non négligeable du discrédit politique : les décisions prises au cours d’un mandat ne porteront effet que plusieurs mandats après pour autant que les mandats intermédiaires aient maintenu le cap. Il en résulte impatience, désenchantement et déconsidération. Les promesses politiques ne pouvant être tenues dans le mandat, pourquoi même les mettre en œuvre ? On aboutit à une multiplication désordonnée de textes de circonstance qui s’accumulent sans s’appliquer tout en paralysant et à la veulerie sur toutes les actions à long terme que chacun juge pourtant nécessaires. On peut aller jusqu’à se demander si la démocratie résistera à l’élargissement progressif de ce hiatus. Considérant la défense militaire, il est évident, du moins ce devrait l’être, que les moyens n’ont pas le temps de s’adapter à la politique et encore moins à la stratégie diplomatico-militaire sensée la déployer. La programmation des matériels ne peut s’appuyer que sur deux jambes : la stratégie nationale connue de tous et les technologies prévues ou prévisibles, elles aussi connues de tous ceux qui veulent bien s’y intéresser. La stratégie militaire, l’organisation militaire et la planification militaire apparaissent dès lors comme circonstancielles. Sous la contrainte budgétaire, la programmation des matériels revient à opérer des choix entre le faisable et le risqué, entre le volume et la sophistication, entre la rusticité et la vulnérabilité. La position française a pu être maintenue, jusqu’à présent, qui permet de disposer de tous les types de matériels nécessaires, même en nombre réduit, pour s’offrir la boîte à outils afin de faire face à la plupart des circonstances. Cette position est en voie d’être abandonnée depuis que nous ne pouvons plus aligner deux porte-avions dont un au moins opérationnel. Les choix futurs seront donc plus contraints et nécessiteront des optimisations qui ne pourront faire face à toutes les circonstances ni permettre toutes les options de stratégie militaro-diplomatique et de planification opérationnelle.

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