publié le 19 octobre 2015

Pour une Recherche Académique Unifiée

La recherche académique est, en France, éclatée entre EPSTs d’une part et Universités d’autre part. Il en résulte plusieurs inconvénients graves. En particulier, l’enseignant-chercheur qui souhaite se consacrer à plein temps à la recherche, ou le chercheur statutaire qui souhaite se tourner vers l’enseignement supérieur, doit entreprendre un véritable parcours du combattant, puisqu’il lui faut changer de statut pour changer de fonction. Enfin, l’existence même d’un corps important de chercheurs statutaires à plein temps fait porter sur les seuls enseignants-chercheurs la presque totalité des charges d’enseignement des étudiants de premier et de second cycle. Il en résulte un volume d’enseignement pour les enseignants-chercheurs de 192 heures annuelles équivalent TD pour la seule présence devant les étudiants, ce qui est tout à fait excessif s’ils s’impliquent dans le même temps dans une recherche compétitive au plus haut niveau. A terme, cet état de fait risque d’entraîner un découragement progressif des enseignants-chercheurs, et a en outre un autre effet pervers, à savoir que les meilleurs étudiants souhaitant s’orienter vers la recherche académique n’envisagent pas à priori de s’orienter vers la carrière universitaire mais bien plutôt d’entrer dans un EPST sur un poste de chercheur statutaire. Ainsi, à l’heure actuelle, les candidats à un poste de MCU sont d’abord ceux qui ne pensent pas avoir de chance de recrutement dans ces établissements, soit en raison de leur âge, soit en raison d’un dossier scientifique insuffisant, ou les deux. Il est donc bien clair que cet état de fait ne peut conduire qu’à un abaissement progressif de la qualité de l’enseignement supérieur. Enfin, l’obligation pour les chercheurs statutaires de rester productif au plan de la recherche pendant toute leur carrière, c’est à dire pendant plus de 30 ans, n’est pas non plus sans poser problème. La solution de ces problèmes pourrait largement s’inspirer du système anglo-saxon, à savoir une recherche fondamentale effectuée principalement par des équipes universitaires. Dans cette perspective, seuls resteraient laboratoires propres du CNRS les unités nécessitant des moyens excédant ceux susceptibles d’être attribués à un niveau local ou régional (physique nucléaire...). Les EPST à finalité de recherche plus appliquée (INSERM ( ?), INRA, IRD, CEMAGREF…) conserveraient leur statut et mode de fonctionnement actuel, de même que l’Institut Pasteur, le Collège de France et les Ecoles Normales Supérieures. Dans les laboratoires universitaires dédiés à la recherche fondamentale, le statut unique serait celui d’enseignant-chercheur, avec possibilité de modulation des temps consacrés à ces deux activités (cf ci-après), les IATOS et ITA conservant leur statut actuel. Dans cette optique, les enseignants-chercheurs pourraient être recrutés selon un double flux. D’une part, un flux de recrutement proche du système actuel permettrait aux universités de proposer la création de postes d’enseignants-chercheurs sur la base de leurs besoins en enseignements, les candidatures étant évaluées au plan local (commissions de spécialistes) et national (CNU). La qualité de l’insertion des candidats dans une équipe de recherche devrait également être prise en compte. Par ailleurs, un second flux que l’on pourrait qualifier de « Bonus Qualité Recherche » serait géré directement au plan national par le CNRS et l’INSERM. Les postes budgétaires d’enseignants-chercheurs correspondants seraient en effet attribués directement par ces organismes aux équipes universitaires, selon les procédures de recrutement actuellement en vigueur dans ces EPST. Les enseignants-chercheurs ainsi recrutés auraient les mêmes droits et devoirs concernant les charges d’enseignement que ceux recrutés par la « filière universitaire ». Il convient de souligner cependant que cette deuxième filière de recrutement permettrait, par ce supplément de postes, d’alléger les charges d’enseignements des équipes et universités d’excellence au plan recherche, leur permettant ainsi de mieux soutenir la compétition internationale. L’évaluation tous les quatre ou cinq ans des activités de recherche et d’enseignement des enseignants-chercheurs par le CNU permettrait d’identifier les enseignants-chercheurs pouvant bénéficier, s’ils le souhaitent, d’une décharge partielle d’enseignement pour leurs activités de recherche et inversement, ceux pour qui un accroissement de ces charges (ou charges administratives) pourrait être demandé, en fonction des besoins pédagogiques des universités. Cette évaluation serait également utilisée pour les promotions des personnels. Cette réforme devrait être complétée par la mise en extinction du corps des chercheurs statutaires de EPSTs et les chercheurs statutaires actuels seraient reversés, à un grade et indice équivalent, dans celui des enseignants-chercheurs. Toutefois, au delà de cinquante ans, les chercheurs statutaires qui le souhaitent pourraient conserver leur statut actuel. Conclusions Le système proposé pour la gestion de la recherche académique en France offrirait plusieurs avantages. Il unifierait la carrière des personnels, permettant une beaucoup plus grande souplesse dans la gestion des fonctions d’enseignement et de recherche, puisque celles-ci ne dépendraient plus d’un statut particulier. Il augmenterait considérablement le nombre des enseignants-chercheurs sans charge budgétaire supplémentaire. Cette augmentation du nombre des enseignants-chercheurs permettrait également la diminution significative des charges d’enseignement actuelles, tout en améliorant l’encadrement des étudiants, en particulier de ceux provenant de milieux défavorisés. Par ailleurs, le système proposé déchargerait le CNRS et l’INSERM de la gestion des carrières des chercheurs statutaires, pour leur permettre de se concentrer sur l’essentiel, c’est à dire la définition de la politique scientifique, l’évaluation (avec l’HCERES) des équipes de recherche et les moyens à leur attribuer, ainsi que le recrutement d’une partie du corps des enseignants-chercheurs en fonction même de cette politique scientifique.

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