publié le 07 janvier 2016

Permettre l'exploitation du gaz de schiste

Le bon sens nous faisant penser que les réserves en énergie fossile créées au cours des millions d'années de l'histoire géologique post-cambrienne ne sont pas infinies et qu'elles seront un jour épuisées. L'exploration de territoires inconnus, le développement de l'offshore, mais surtout la découverte d'hydrocarbures non conventionnels nous conduisent aujourd'hui à penser que, même en tenant compte de la forte croissance des pays émergents, les réserves d'hydrocarbures sont plutôt de l'ordre du siècle ou peut-être même de deux siècles. La prétendue transition énergétique n'est donc pas pour maintenant ! En revanche, il est probable que les hydrocarbures du futur seront plus chers à extraire que ceux d'aujourd'hui. La déclaration abrupte et mal justifiée de François Hollande interdisant l'exploration du gaz de schiste en France lors de la conférence environnementale n'a pas contribué à dissiper le sentiment d'improvisation que donne sa gouvernance. Elle a surpris, de la part d'un président qui devrait se préoccuper de l'intérêt général. La France, en crise profonde avec 4 millions de chômeurs dont une majorité de jeunes, peut-elle se priver d'une telle richesse potentielle pour faire plaisir à une escouade d'écologistes ? Telle est la vraie question. Pourtant, sur ce sujet, il y avait la place pour une réponse tout à la fois prudente, habile et responsable, qui n'obscurcisse pas l'avenir. Car la question de l'exploitation des gaz de schiste en Europe et en France n'entraîne pas une réponse binaire, pour ou contre. Pour la simple raison que le "miracle américain" ne peut techniquement être transposé tel quel à l'Europe. Quelques chiffres suffisent à le faire comprendre. L'implantation de milliers de forages ne peut se faire de la même manière au Texas, où vivent 30 habitants au kilomètre carré, au Nouveau-Mexique, où il y en a 6, en Pennsylvanie (2,7) que dans des pays européens comme le Royaume-Uni, avec ses 247 habitants au kilomètre carré, l'Allemagne, avec ses 231 habitants au kilomètre carré et même la France, avec ses 112 habitants au kilomètre carré. On ne peut pas saccager des paysages au nom des intérêts économiques et on n'a pas besoin des écologistes pour comprendre cela ! L'exploitation du gaz de schiste en Europe ne pourra se faire qu'après avoir répondu à des exigences multiples : géologique, technologique, environnementale, socio-économique et en dernier ressort - et non en premier - politique. La question préalable est, bien sûr, géologique. L'Europe (et la France) dispose-t-elle de réserves de gaz de schiste aussi importantes que les Etats-Unis ? Dans l'état actuel des choses, c'est très probable, mais ce n'est pas certain. L'optimisme est fondé sur la reconstruction géologique de la zone de l'Atlantique nord il y a plus de 165 millions d'années, à l'époque où l'Europe était collée à l'Amérique du Nord. Il se base en outre sur l'analogie des formations géologiques et de leurs structures de part et d'autre de l'Atlantique. La connaissance géologique du sous-sol européen (et notamment de celui de la France) a beaucoup progressé ces dernières années et on connaît les endroits où trouver des gaz de schiste. Problème : contrairement au pétrole classique, la réalité de leur présence et l'estimation des réserves ne seront possibles qu'après une campagne de forages de prospection. On vient de voir en Pologne que des annonces prématurées trop optimistes pouvaient être contredites par la réalité des prospections ! Le forage avec la fracturation hydraulique associée est donc indispensable pour savoir. Les techniques d'imagerie géophysique ne sont pas encore capables de répondre directement à la question. Cela est dû au fait que les gaz de schiste ne sont pas contenus en imprégnation ou en poches dans les formations rocheuses, comme les gaz conventionnels, mais dans des nano-inclusions dispersées dans les roches et indétectables par les ondes sismiques. Nous en venons donc au forage. Il est d'abord vertical et s'enfonce jusqu'à 2 000 ou 3 000 mètres, puis il se courbe et devient horizontal sur 5, 10 ou 15 kilomètres. Vers son extrémité se trouvent les perforateurs et injecteurs d'eau sous pression qui réalisent la fameuse fracturation hydraulique que condamne trop rapidement et sans savoir François Hollande. Cette technique est utilisée depuis quarante ans dans le monde. Et le risque parfois évoqué de provoquer des séismes est négligeable à 2 ou 3 kilomètres de profondeur. Ce qu'il faut garantir dans de telles opérations, c'est l'origine de l'eau destinée à la fracturation, l'étanchéité du forage - en particulier lors de sa traversée de la nappe phréatique - et la qualité de l'eau après usage. Le nettoyage de l'eau qui remonte à la surface et qui contient un certain nombre de produits chimiques est une nécessité absolue. Les conditions selon lesquelles cette eau est réinjectée dans le cycle hydrologique doivent être très strictes et très contrôlées. Nos compagnies d'eau, Suez, Veolia ou Saur, les meilleures du monde, peuvent réaliser et garantir cela et même en faire une nouvelle filière de leur métier. Toutes les techniques existent pour répondre positivement aux exigences légitimes de protection de l'environnement. Certes, il faut adapter leur usage à la situation européenne. Pour donner un exemple, il ne peut être question ni de pomper l'eau des rivières ni de rejeter une eau qui ne serait pas impeccable dans une rivière, un fleuve ou dans le sous-sol. Et pas question d'admettre non plus que des files de camions apportant l'eau nécessaire aux forages encombrent plusieurs kilomètres de route. Il faudra peut-être développer la technique des canalisations transportables. Et, pour rassurer les populations, il faudra qu'un contrôle continu de la chimie des nappes phréatiques avoisinantes et traversées par les forages soit mis en place. Comme on le voit, la question du gaz de schiste en Europe n'est pas résolue. Mais elle ne doit pas non plus être taboue, comme semble le considérer le gouvernement. Si, et seulement si, les conditions que nous avons énumérées sont satisfaites, je ne doute pas un seul instant que l'Europe aux 25 millions de chômeurs exploitera ses gaz de schiste. Elle pourrait alors diviser ses émissions de CO2 par un facteur trois, car la combustion du méthane émet peu de CO2 (pour peu qu'on arrête les Allemands dans leur néfaste entreprise de multiplier les centrales à charbon en lieu et place des centrales nucléaires pourtant moins polluantes). Autre ressource potentielle à ne pas confondre avec le gaz et l'huile de schiste, les grès bitumineux. Comme substrat, il s'agit de grès, c'est-à-dire de sables anciens compactés, qui contiennent de la matière organique sous forme de bitumes. Pour les exploiter, il faut, d'une part, séparer la matière organique des grains de silice ou de feldspath et, d'autre part, traiter la matière organique de manière à en extraire ce qui peut être utilisé comme hydrocarbure. Ces grès bitumineux se présentent souvent dans des formations géologiques de subsurface. Il est donc possible d'obtenir ces matériaux par des techniques de type travaux publics. Il faut extraire des roches, une fois arrachées et broyées, la précieuse matière organique. Cette opération se fait par des traitements chimiques complexes qui ont l'inconvénient de produire des déchets toxiques destructeurs de l'environnement. Malgré des efforts importants en recherche, on ne possède pas pour l'instant de technique propre et acceptable par tous pour récupérer cette matière organique. Ce qui n'empêche pas la province canadienne de l'Alberta de pratiquer l'exploitation à outrance de ces hydrocarbures. A l'origine de l'essor champignonnesque de la ville de Calgary, elle est catastrophique pour l'environnement : les exploitants rejettent sans précautions les déchets organiques et chimiques dans les lacs, les rivières et les sols, transformant les magnifiques paysages nord-canadiens en scènes de désolation. Les Etats-Unis ont interdit l'exploitation de ces hydrocarbures en attendant de nouvelles techniques propres. L'Europe et la France doivent faire de même. François Hollande aurait pu annoncer une telle interdiction. Il aurait satisfait les écologistes et préservé en même temps les intérêts de la France. Il ne fait aucun doute que le Japon, qui, après l'accident de Fukushima, pense à sortir du nucléaire en 2020, réfléchit au relais que constitueront les hydrates de méthane, dont la fosse sous-marine qui borde l'archipel est l'une des réserves les plus importantes du globe. Non, décidément, la fin de l'énergie fossile n'est pas pour demain.

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