18 octobre 2017

Rompant avec son souhait de cultiver la parole rare, Emmanuel Macron s'est livré, sur TF1, à un exercice d'autojustification qui n'a pas permis d'aborder nombre de sujets qui devraient être les priorités d'un président de la République. Sur de nombreux points, le « maître des horloges » n'a pas su convaincre, restant dans le flou et l'imprécision. Sur d'autres mesures, comme la réforme de l'assurance-chômage ou la hausse de la CSG, les projets annoncés sont particulièrement inquiétants.

Un pur exercice d'autojustification, flou sur le fond

Emmanuel Macron a consacré une grande partie de son temps de parole à refuser de reconnaître en quoi certaines de ses expressions (les « fainéants », les « gens qui ne sont rien ») avaient pu être blessantes. Pire : il a généralement reporté la faute sur les autres qui l'auraient mal compris. Emmanuel Macron ne cesse d'affirmer qu'il veut être le Président de tous les Français, mais ne peut s'empêcher de les catégoriser ouvertement : les jeunes, les retraités, les pauvres, les riches, les illettrés, les gens qui ne sont rien...

« La réforme de l'assurance-maladie telle qu'il l'a annoncée serait une catastrophe. Dans le rapport des Français au travail, cela pourrait être comparable aux 35 heures de Martine Aubry. »
Bernard Accoyer

Pour ce qui est du fond de son interview, on ne peut être que déçu ! Le flou a prédominé et des questions essentielles étaient absentes comme la compétitivité de nos entreprises ou la question de la dette publique qui va, cette année encore, croître de plus de 50 milliards d'euros.

Les réformes économiques laissent des questions sans réponse comme celle de l'assurance-chômage, qui pourrait devenir la véritable bombe financière du quinquennat. Emmanuel Macron veut en effet supprimer le système des ruptures conventionnelles qui a pourtant fait ses preuves, car il permet un dialogue entre l'employeur et le salarié, pour généraliser l'ouverture de l'assurance-chômage aux salariés démissionnaires. Le risque est majeur quand on sait que les fins deCDI sont à 56% des démissions, et à 17% seulement des ruptures conventionnelles.

Un choc fiscal majeur pour les retraités

À propos de l'augmentation de la CSG, Emmanuel Macron a minimisé un choc fiscal majeur pour les retraités. Au lieu de mettre en place une politique rigoureuse pour les dépenses publiques (le faible effort de diminution du nombre de fonctionnaires en est l'exemple), il préfère faire payer les « autres » : les offices HLM, les retraités... Ainsi, sept millions de retraités subiront une hausse de CSG de 4,5 milliards d'euros à compter de 2018, ce qui la fera passer de 6,6 % à 8,3 %, soit une hausse de 25 %.

Au final, ce sont 2,5 millions des ménages qui ne bénéficieront d'aucune compensation, soit les foyers dont le revenu fiscal de référence est supérieur à 27 000 euros par an pour un célibataire ou à 43 000 euros pour un couple. Quant aux autres, il leur faudra attendre la mise en place annoncée de l'exonération de la taxe d'habitation qui n'est prévue que pour l'année 2020.

Avec Emmanuel Macron, les impôts, c'est maintenant, mais les exonérations, c'est pour plus tard !

Les questions de sécurité, préoccupation principale des Français, négligées !

Les questions internationales, de sécurité et de lutte contre le terrorisme n'ont été abordées qu'à la fin de l'interview... À l'exception de l'affirmation selon laquelle les États-Unis restent l'« allié » de la France, Emmanuel Macron a clairement négligé l'international. Il n'a rien dit sur les élections allemandes et autrichiennes, dont les résultats s'expliquent en partie par l'irruption de la question migratoire. Il n'a pas abordé le terrorisme international ou les évolutions notables sur le terrain militaire syrien. Emmanuel Macron, à l'international, c'est seulement de l'image mais pas de fond.

« La vocation d'un étranger en situation irrégulière est d'être éloigné du territoire. Le véritable courage serait d'expulser les étrangers en situation régulière qui commettent des actes délinquants et sont condamnés à des peines de plus de cinq ans, ou encore ceux qui sont fichés au fichier des signalements pour la prévention de la
radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). »
Eric Ciotti

La question de l'immigration irrégulière et du risque terroriste n'est abordée que tardivement, et uniquement à travers la polémique sur les sanctions prises à l'égard du préfet du Rhône. Emmanuel Macron se prononce pour l'expulsion des étrangers en situation irrégulière qui commettent des actes délictueux. Pourtant, le fait d'être en situation irrégulière devrait déjà être constitutif d'une infraction pénale et entraîner une expulsion. Le message envoyé est désastreux ! Appliquons déjà la loi.

Les Français auraient aimé un Président qui parle un peu moins de lui-même et qui s'engage davantage sur les enjeux cruciaux pour leur sécurité. Ils auraient aimé un Président moins évasif, qui détaille de véritables réformes. À trop esquiver, Emmanuel Macron risque fort d'être le Président de la désillusion.

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