30 juin 2017

En Marche ! avait promis le renouvellement des pratiques et des comportements en politique. Nous voilà donc servis. Alors que la tradition républicaine veut que certains postes du bureau de l'Assemblée nationale soient attribués à l'opposition, les députés de la République en marche n'ont pas hésité à piétiner cette coutume en s'attribuant toutes les vice-présidences et en favorisant l'élection de représentants d'une opposition « macrocompatible ». Nous voici revenus au temps de « l'opposition officielle », approuvée par le pouvoir en place.

Le chiffre

3 questeurs macroncompatibles sur les 3 postes à pourvoir à l'Assemblée. Les droits de l'opposition ne sont plus respectés !

En Marche ! se permet de désigner ceux qui auront la charge de s'opposer !

Emmanuel Macron avait prévenu que sa présidence serait « jupitérienne ». Les Français étaient loin de se douter que cela signifiait que l'opposition serait muselée, réduite à approuver les choix du parti présidentiel, sous peine d'être écartée des fonctions de contrôle démocratique qui lui sont habituellement dévolues.

En Marche ! s‘attribue toutes les vice-présidences de l'Assemblée nationale

Sur les six vice-présidents de l'Assemblée nationale, tous sont issus de En Marche !, contrevenant ainsi comme jamais à la tradition républicaine qui veut qu'au moins deux vice-présidences soient réservées au principal groupe d'opposition - dans ce cas Les Républicains. Formé à l'école du dogmatisme qui caractérise habituellement la gauche quand elle est aux responsabilités, Richard Ferrand, exfiltré du gouvernement pour cause de scandale et parachuté à la présidence du groupe En Marche !, a déjà déclaré qu'il céderait deux vice-présidences, si l'opposition se conforme à ses volontés.

En s'attribuant toutes les questures, En Marche ! muselle l'opposition

Mais le déni démocratique ne s'arrête pas là. Tant s'en faut, En Marche ! a également décidé que les postes de questeurs - qui s'assurent de contrôler le fonctionnement de l'administration de l'Assemblée nationale ainsi que les finances de la chambre basse - reviendraient tous à des députés issus d'En Marche ! ou « macroncompatibles ». Là encore, la tradition républicaine est foulée aux pieds. La pratique des institutions veut en effet que le troisième questeur soit issu du principal parti d'opposition.

Le renouvellement démocratique promit par En Marche ! se révèle donc un dangereux basculement vers une pratique autoritaire des institutions. Le parti présidentiel, déjà complètement inféodé à l'Élysée, qui se permet de désigner le candidat officiel pour la présidence de l'Assemblée ainsi que pour le groupe En Marche ! se paie à présent le loisir de choisir qui sera l'opposition officielle.

Emmanuel Macron affaiblit les institutions et son Premier ministre

Emmanuel Macron a décidé de réunir l'Assemblée nationale et le Sénat en Congrès le 3 juillet, soit la veille du discours de politique générale prévu par Édouard Philippe.

La présidentielle s'est terminée il y a à peine un mois. Elle a été l'occasion, pendant plusieurs semaines, de dire quel serait le projet du président. En réalité, Emmanuel Macron n'a pas de message particulier à transmettre. Il se sert de la Constitution et des institutions pour théâtraliser son pouvoir.

Le Premier ministre en est la première victime, puisqu'en faisant un discours devant le Parlement réuni en Congrès, Emmanuel Macron ôte tout intérêt au discours de politique générale d'Édouard Philippe prévu le lendemain. Il s'agit pourtant traditionnellement d'un moment solennel ; où le nouveau gouvernement décrit sa feuille de route et annonce ce que seront ses grands chantiers des mois à venir.

Les masques tombent à présent. En faisant croire à un gouvernement dépassant les clivages traditionnels, Emmanuel Macron a voulu faire disparaître les forces politiques historiques. À présent il révèle sa véritable ambition : les ministres supposément de droite ne sont que des faire-valoir, et n'ont en vérité pas de liberté et aucun pouvoir. En faisant son discours devant le Congrès, il réduit le discours du Premier ministre le lendemain à une sorte de « deuxième partie de soirée », se payant même le plaisir de n'avoir ni question, ni contradiction.

Emmanuel Macron oublie au passage que la République, ce n'est pas l'Empire.

Jusqu'à quand le président de la République pourra-t-il ainsi bafouer l'opposition et les institutions ?

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