Tribune de Laurent Duplomb à la suite du discours d'Emmanuel Macron au Salon de l'Agriculture 2019

Publié le 05/03/2019

A l'écoute du discours du président Macron beaucoup de choses se bousculent dans ma tête, tant son discours est bouleversant de contradictions, de méconnaissance de la réalité de l'agriculture française mais aussi de propos différents de ceux prononcés à d'autres occasions. 

Tout d'abord le président annonce des mesures fortes prises par la Loi Egalim pour favoriser le revenu des agriculteurs, et que, je cite « les choses sont en train de s'améliorer » grâce aux ordonnances sur le seuil de revente à perte, l'encadrement des promotions et les prix abusivement bas qui devraient soi-disant faire par ruissèlement augmenter les revenus des agriculteurs. 

Pour l'éleveur que je suis, la réalité n'est pas tout à fait celle-ci. 

Si les négociations commerciales concernant une très faible partie des produits laitiers sont plutôt en amélioration, elles cachent un vide sidéral dans presque toutes les autres filières. Elles cachent aussi les manœuvres que la grande distribution est en train de mettre en place pour endiguer et orienter l'augmentation des prix aux consommateurs qui leur a été imposée par les mesures citées ci-dessus. 
Par l'accélération des cartes de fidélité dans un premier temps, les enseignes tentent de conserver le maximum de clients habituels et d'éviter que les clients partent dans d'autres enseignes, rebutés par la hausse des prix des produits. 
Dans un deuxième temps, ces même grandes surfaces seront alléchées par l'envie de garder une partie de cette ressource nouvelle et les marques telles que Coca-Cola, Nutella et autres demanderont tout naturellement aussi leur dû. 
Le troisième temps sera pour ces enseignes de faire transiter une partie de cette manne pour baisser les prix des produits sous marques distributeurs afin de fidéliser leurs clients à leurs marques et plus aux grandes marques de l'agroalimentaire. 
Tout cela n'aura pas le résultat escompté, le ruissèlement ne se fera pas et les agriculteurs resteront sur leur faim, pour ne pas dire plus ! 

Cette loi peut être comparée au « péché par envie » qu'incluait le théologien Saint Thomas d'Aquin parmi les sept péchés capitaux. En effet, il s'agit d'un péché de convoitise et d'émotion éprouvée par ceux qui désirent posséder. 
Les agriculteurs espéraient un rendez-vous avec la Nation éprouvant de la fierté pour son agriculture. Ils ont eu à entendre un président de la république qui à Rungis comme aujourd'hui au salon de l'agriculture est dans la convoitise. Tel était le péché par envie ! Et les résultats escomptés ne seront pas au rendez-vous. 

Dans le discours du salon de l'agriculture, toujours la même méthode : être dans la convoitise pour susciter l'envie. Tout cela sans se préoccuper des contradictions. Comment dire que l'Europe ne doit pas accepter de faire des accords avec des pays qui ne respectent pas nos règles de production alors que c'est lui-même qui a accepté l'accord du CETA avec des céréales canadiennes introduites en Europe et surtout en France avec 42 substances chimiques interdites chez nous. 
Comment dire cela alors que c'est lui-même qui voulait accélérer la signature cet automne avec le président argentin de l'accord du Mercosur et de ces viandes produites avec des accélérateurs de croissance ! 
Contradiction aussi lorsqu'il dit que l'on ne peut demander toujours plus à nos agriculteurs en termes de contraintes alors que le titre 2 de la Loi Egalim en est rempli : interdiction des remises sur les produits phytosanitaires, augmentation de la redevance pollution diffusée de plus de 100 millions d'euros ou encore séparation du conseil et de la vente qui coûtera plus cher aux agriculteurs français. 

Un discours qui traduit aussi une méconnaissance totale de l'agriculture française et de ses difficultés. 

Dire qu'il ne faut pas regarder la concurrence entre les états membres mais plutôt avec les pays extérieurs (Russie, USA...) est un manque de réalisme. L'exemple de la pomme polonaise qui arrive sur nos étals entre 50 Cts et 90 cts contre 1,5€ à 1,80€ pour la française s'explique en très grosse partie par une différence du coût de la main d'œuvre qui est 75 % moins chère en Pologne qu'en France !!! 
Dire que la différentiation et la montée en gamme seront les remèdes à tous les maux est faux et archi faux. Car c'est oublier qu'il faut un client à ces produits de très haute qualité et sur le marché mondial comme national, il n'existe qu'à la marge. D'où pour certaines entreprises laitières l'obligation cette année de déclasser des millions de litres de lait bio car sans acheteur et c'est la même chose sur le marché du blé bio à l'international. 
Dire qu'il faut aller sur une segmentation des territoires est une aberration et une méconnaissance totale de la ferme France. C'est bien parce que nous n'avons jamais accepté d'aller sur une segmentation et une spécialisation à tout crin que notre pays a su conserver une agriculture répartie sur la totalité du territoire et que les zones fragiles ou de handicaps ont su, grâce à la diversification, rester des zones agricoles dignes de ce nom !

Enfin ce discours démontre aussi la capacité du président à tenir des propos contradictoires selon son auditoire : 
Parler d'une politique agricole européenne qui ne doit pas être renationalisée, ce que je souhaite car c'est le sens du mot “commune” que le président n'a d'ailleurs jamais prononcé, est un revirement spectaculaire par rapport à son discours de La Sorbonne où il appelait à plus de subsidiarité envers les états membres. Discours de La Sorbonne qui nous a conduit à la proposition de la commission européenne dans ce sens et avec un budget réduit pour la PAC de 43 milliards d'euros (plus de 10 %) 

Parler de la fin du glyphosate dans trois ans sans reconnaître une vraie surtransposition aux règles européennes est encore un exemple de propos contradictoires avec ceux prononcés dans la Drôme dans le cadre du grand débat. 

Ce discours ne permettra pas de donner de la fierté à nos agriculteurs, ni de redonner ses lettres de noblesses à notre agriculture française. 
En ne sachant pas défendre efficacement notre agriculture contre ceux qui rêvent au sein de l'Europe de produire à notre place et contre ceux qui sans cesse la critiquent, le président Macron fait courir un très grand risque à notre pays et l'histoire lui en sera témoin !

Laurent Duplomb
Sénateur de la Haute-Loire 
Président du Groupe d'études agriculture et alimentation du Sénat 

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Il y a huit ans, Laurent Wauquiez fut l'un des premiers à dénoncer les dérives de l'assistanat et à proposer l'instauration de contreparties au versement du RSA. Huit ans plus tard, Edouard Philippe a évoqué cette idée. Idée immédiatement rejetée par son propre gouvernement...
Nous croyons à la politique sociale par le travail, pas à la politique sociale par l'assistanat ! L'un des grands maux de notre pays est d'enfermer dans l'assistanat de trop nombreux Français en ne valorisant pas assez la reprise d'un travail.
Nous demandons que soit modifiée la loi pour conditionner à au moins 5h d'activités d'intérêt général par semaine le versement du RSA.

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