18 octobre 2018

Mercredi soir, Guillaume Larrivé, Secrétaire général des Républicains délégué au projet, avait invité le penseur Jean-François Colosimo et notre famille politique à débattre et échanger sur les relations entre religions et classe politique en France, aux causes de la violence actuelle et du retour du fait religieux. Une soirée enrichissante suivie par plusieurs centaines de personnes tant au siège qu'à travers les réseaux sociaux.

« Se faire des idées. Débattre. Échanger. Se nourrir des travaux de tous ceux qui réfléchissent à l'avenir de notre pays. À la place de la France dans le monde. Et ainsi travailler, brique après brique, à notre projet. » C'est dans cet esprit que Guillaume Larrivé, Secrétaire général délégué des Républicains en charge du projet a lancé au printemps dernier les Rendez-vous des idées. Le principe est simple : lors de rendez-vous réguliers, le député de l'Yonne invite notre famille à réfléchir et débattre d'un thème autour d'un invité et de l'un de ses ouvrages.
C'est ainsi que le 23 mai dernier, le premier Rendez-vous des idées était placé sur l'idée européenne autour de Christian Saint Etienne, professeur titulaire de la Chaire d'économie industrielle au Conservatoire National des Arts et Métiers et de son livre Osons l'Europe des nations.
Le 19 septembre dernier, Guillaume Larrivé avait invité Nicolas Baverez, essayiste, docteur en histoire et agrégé de sciences sociales autour de son dernier livre Violence et passions. Défendre la liberté à l'âge de l'histoire universelle. Devant le phénomène du retour des violences, des guerres civiles et des guerres de religion, Nicolas Baverez, lors de cette soirée, avait appelé, « à un réarmement économique, politique, militaire et moral pour permettre à la France et à l'Europe de reprendre en main leurs destinées. »

« Ma génération a vécu dans l'illusion de la fin de la guerre, d'une paix perpétuelle. Depuis l'entrée dans le XXIème siècle, nous prenons conscience du retour du tragique de l'histoire, ce qui nous oblige à réfléchir », témoigne Guillaume Larrivé qui a souhaité prolonger la réflexion entamée avec Nicolas Baverez avec Jean-François Colosimo invité, ce mercredi soir, du troisième Rendez-vous des idées avec comme point de fixation le dernier livre de ce penseur, historien, théologien, et essayiste français Aveuglements. Religions, guerres, civilisations, publié aux éditions du Cerf.

« Le débat ne meurt pas sous l'excès mais sous le manque d'idées. Ce ne sont pas les statistiques, les calculs, les ruses qui font la politique mais au départ une vision anthropologique », considère Jean-François Colosimo qui décrypte les raisons pour lesquelles notre monde nous est soudainement devenue « illisible » à la lecture de nos journaux, à l'ouverture de la radio, de la télévision. « De moins en moins loin, de plus en plus près, des gens tuent au nom de Dieu, de la religion, du sacré. C'est une nouvelle sidérante alors que nous sommes tous, peu ou prou, des enfants des Lumières », relève Jean-François Colosimo qui, du constat d'une « forme universelle d'un déchaînement subit du religieux », en fait le point de départ de son livre qui décortique les relations entre religions et classe politique en France, à la lumière de son histoire.

Si « le retour du religieux est inquiétant dans le monde musulman, il est partout. Le phénomène est universel », constate Jean-François Colosimo prenant exemple sur l'Inde où l'« on brûle les musulmans ».
« Nous venons de passer deux siècle et demi sous une promesse radicale de l'Homme divinisé, l'Homme autonome. Nous sommes aveuglés par la religion des Lumières, sur la proclamation de l'autonomie radicale de l'Homme. Cette croyance-là qui prétendait se débarrasser de toutes les croyances meurt sous nos yeux. C'est un astre noir qui continue d'irradier mais, quand on l'observe au télescope, nous bouche la vue », observe Jean-François Colosimo rappelant que pour les Lumières « la religion n'est qu'une superstition qui fait obstacle à l'émancipation de l'homme. Un vaste mouvement de sécularisation va alors opérer un transfert des attributs de Dieu vers l'État et le politique. Ce faisant, ces mêmes Lumières produisent à leur tour des religions séculières, avec leur clergé, leurs rites, leur doctrine et leurs sacrifices... »

Pour Jean-François Colosimo « le monde se comprend bien si on regarde le double mouvement du monde avec, d'un côté, la création d'un Homme mondialisé, être consommateur au centre. Et, de l'autre, les identités en périphérie qui veulent survivre. Elles se tribalisent », note-t-il.
Pour le penseur, les terroristes qui tuent au nom de Dieu sont paradoxalement les héritiers des Révolutionnaires français de 1793 et des nihilistes russes de 1905. « C'est un paradoxe. C'est ça l'aveuglement. On accuse le Moyen-Âge. On dit que Daech, c'est le Moyen-Âge comme s'ils étaient sortis de cet univers barbare et sombre. Mais cette représentation du Moyen-Âge est due aux Lumières qui ont pris cette époque comme un repoussoir. Quand vous regardez bien, les terroristes, ce sont les compagnons de Robespierre. Ce sont eux qui font de la Terreur une politique. Ce qui se passe derrière, c'est que le monde moderne dit vouloir chasser : Dieu et la religion. Elle n'a jamais cessé. On la réinvente. Robespierre crée le culte de l'être suprême. Lénine est embaumé pour l'éternité sur la Place rouge. Lorsque Rome canonise Jeanne d'Arc, la République transporte le cœur embaumé de Jaurès au Panthéon. La IIIe République qui décapite une église pour en faire son panthéon, qui se met en compétition avec l'Église (baptême républicain, ses hussards les enseignants ...)... On n'est jamais sorti du religieux », considère Jean-François Colosimo pour qui le djihadisme est « au confluent de l'islam et de cette modernité des Lumières qui élève au rang de culte le fait social, l'homogénéité. La modernité a cru supprimer les religions pour instaurer ses propres religions. Devant l'échec de celles-ci, elle a colonisé les religions historiques », constate l'essayiste estimant que « les Lumières se trompent sur la religion. La religion c'est l'inconscient du politique ».

Contestant cette « espèce de mythologie insensée » selon laquelle « la France aurait commencé en 1789, la liberté en 1793 et qu'il n'y aurait pas d'antécédents », Jean-François Colosimo insiste sur la « continuité de pensée » de notre nation. « Il faut que la France sache qu'il y a des liens très forts entre la monarchie et la république », précise-t-il.
D'où l'importance à ses yeux que la France se réconcilie avec son histoire ainsi qu'avec ses racines chrétiennes. « La France est multiple. Est-ce que la France peut se penser sans son empreinte catholique qui l'a façonnée pendant des siècles ? La réponse est non. On ne refait pas le match historique. Cela ne veut pas dire que tout le monde doive aller à l'église, mais que la France est impensable sans cette part catholique qui a aussi façonné la littérature, l'histoire, l'art, la philosophie et tout le reste ».

D'où l'importance également, à ses yeux, de poser des questions aux musulmans « dans le respect fraternel pour savoir pourquoi l'islamisme connait une expansion qui aujourd'hui encore, malheureusement, est extrêmement forte. Mais il ne faut pas se méprendre : ces djihadistes sont aussi les enfants des totalitarismes mis en place par l'Occident. Ce sont des hybrides », estime l'essayiste pour qui l'Europe a un grand rôle à jouer.
« Le problème de l'Europe c'est qu'elle a renoncé à fabriquer du religieux. C'est un espace de commerce et de paix qui n'a pas de surmoi. On a du mal à penser à un avenir. Comme il n'y a pas de culte d'Europe, il n'y a pas de frontières de l'Europe, d'armée de l'Europe, de sens de l'Europe », déplore Jean-François Colosimo.
Et pourtant, note-t-il évoquant la cruauté, l'inhumanité du nazisme et le drame de la Shoah, « la conscience de l'Europe s'est faite sur la compréhension de la capacité que nous avons à devenir barbare. L'Europe n'a aucune envie de revenir en arrière. C'est cela le pacte européen... »

Les prochains « Rendez-vous des idées » sont programmés les 14 et 28 novembre prochains.
Le 14 novembre avec Jean-Louis Thiériot, essayiste, historien et député de Seine-et-Marne, auteur de De Gaulle, le dernier réformateur (éditions Tallandier).
Le 28 novembre avec Bruno Alomar, économiste, ancien haut fonctionnaire à la Commission européenne, auteur de La réforme ou l'insignifiance. 10 ans pour sauver l'Union européenne.

Abonnez-vous Les républicains magazine Toute l'actualité politique des républicains