Le Rendez-vous des idées revient avec Mathieu Bock-Côté

Publié le 30/05/2019

Le sociologue Mathieu Bock-Côté était l’invité, le 29 mai dernier, du Rendez-vous des idées pour présenter son dernier ouvrage, L’Empire du politiquement correct, paru en mars dernier aux éditions du Cerf.

Aux côtés de Guillaume Larrivé, député de l’Yonne et secrétaire général délégué au projet des Républicains, ainsi que d’Annie Genevard, vice-présidente de l’Assemblée nationale et secrétaire générale des Républicains, près de 200 personnes étaient présentes.

Trois jours après les élections européennes, Mathieu Bock-Côté a décelé « une certaine beauté dans l’idée de voir des gens qui, malgré les mauvais jours, demeurent fidèles à leur engagement, à ce combat politique qui est aussi un combat intellectuel ; un combat pour une certaine vision du monde, un combat pour une certaine idée du bien commun ».

Mathieu Bock-Côté a d’abord présenté les critères de la respectabilité médiatique. Certaines idées sont « naturellement avantagées par le système médiatique » ; d’autres pensées sont « toujours invitées à se justifier d’exister ou de s’affirmer ». Le mot « politiquement correct » ayant été galvaudé, Mathieu Bock-Côté en propose une histoire et une définition : le politiquement correct est le « dispositif médiatique inhibiteur qui pousse à l’exclusion, à la disqualification morale, à la psychiatrisation de ceux qui, d’une manière ou d’une autre, n’applaudissent pas la course folle de la modernité vers le culte incandescent de la diversité ». La diversité est présentée par le politiquement correct, non pas comme la fructueuse diversité des idées ou comme la diversité des cultures et des civilisations, mais comme la « déconstruction de toute norme commune ».

En ne se ralliant pas au politiquement correct, on devient vite « suspect, controversé, voire sulfureux ou nauséabond ». « On bascule dans l’argument olfactif ; on pensera ainsi du nez. » Ces disqualifications envoient un signal. Elles accordent à certains hommes politiques ou intellectuels le rôle d’« infréquentables de service » : « il n’est plus possible d’exister autrement que dans le mauvais rôle qui nous est réservé par le système médiatique ».

Mathieu Bock-Côté relève aussi « la multiplication des termes en « phobie » ». Cette « psychiatrisation du désaccord » est profondément anti-pluraliste. « Lorsqu’on « phobise » l’adversaire, c’est qu’on refuse de débattre avec lui. » La diabolisation réactive à tout bout de champ la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. La fascisation et la nazification de l’adversaire peuvent être plus ou moins subtiles : « les heures les plus sombres » sont régulièrement évoquées pour empêcher le débat.

Mathieu Bock-Côté donne un conseil aux hommes politiques : « les journalistes qui sont devant eux n’ont pas le monopole de l’interview qu’ils mènent » ; « lorsque les journalistes font les militants en maniant des concepts chargés idéologiquement, il n’est pas interdit de le faire remarquer ».

Mathieu Bock-Côté s’interroge ensuite sur le clivage entre « progressistes » et « lépreux populistes ». Sommes-nous condamnés à choisir entre « démocratie libérale » et « démocratie dite illibérale » ? Sommes-nous appelés à choisir entre « société ouverte » et « société fermée » ? Il relève d’abord que quiconque s’oppose à la « mutation de la souveraineté sous le signe du gouvernement des juges » est présenté comme « populiste ». « Parce que la notion de « gouvernement des juges » n’est pas particulièrement désirable, on appelle cela « État de droit ». Évidemment l’État de droit en lui-même est désirable mais la définition qu’on propose aujourd’hui de l’État de droit consiste à vider la souveraineté populaire de toute substance. J’aime l’État de droit mais j’aimerais qu’on le définisse avant de me dire ce que je dois embrasser. » Aux yeux du politiquement correct, toute définition substantielle du peuple relèverait également de la démocratie illibérale ou du populisme. Le populisme n’est plus défini comme un « style démagogique histrionique », mais comme un ensemble d’éléments « qui hier encore étaient consubstantiels à la démocratie libérale ». Mathieu Bock-Côté rappelle ainsi que le général de Gaulle n’était pas « une sorte de semi-patriote tiède se contentant de définir la nation par l’attachement aux valeurs républicaines » ; il avait une définition charnelle de la France, il était porteur d’un « patriotisme tragique », ce qui passerait aujourd’hui pour « populiste ». « La démocratie libérale rejette aujourd’hui les fondements symboliques qui lui ont permis hier de se sauver lorsqu’elle était mise en danger par les totalitarismes. » Mathieu Bock-Côté s’alarme ainsi que l’on concède au « populisme » le monopole sur certaines valeurs fondatrices de notre société.

Il considère le clivage progressistes/populistes comme « mensonger », en invoquant la figure de Raymond Aron : « nous n’avons pas à choisir entre les droits individuels et l’identité nationale, entre le respect de l’État de droit et l’exercice du gouvernement ». Comme le relevait Marcel Gauchet, nous sommes victimes d’un « retournement de la démocratie contre elle-même ». Il faut, selon Mathieu Bock-Côté, « réconcilier ce qui est aujourd’hui exagérément dissocié ».

Mathieu Bock-Côté conclut en défendant la notion d’identité nationale qu’il définit comme « une culture propre, une manière d’habiter le monde, condition de l’accès à l’universel ». « L’identité est l’autre nom de la condition de la démocratie : malgré nos désaccords, nous sommes capables de dire « nous » ensemble. » « En disqualifiant la légitimité même de l’identité nationale, on participe d’un terrible appauvrissement du monde. » En voulant « arracher l’individu à toutes ses appartenances pour lui permettre d’être absolument libre », on le condamne en réalité à « grelotter dans un monde beaucoup trop froid pour lui ». « Aucun mouvement politique qui cherche à répondre aux aspirations fondamentales des peuples occidentaux, aucun parti responsable ne doit rejeter cette question identitaire. Elle est d’autant plus fondamentale dans des sociétés fragmentées comme les nôtres. »

Guillaume Larrivé enjoint à lire ou relire « un texte qui a juste cent ans, La Crise de l’esprit de Paul Valéry » : il nous rappelle que « nous autres civilisations, nous sommes mortelles » ; « nous savons maintenant que l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde ». Guillaume Larrivé conclut ainsi : « La France aussi peut être engloutie. Cent ans après, dans un contexte historique différent, cette conscience de la fragilité, du caractère périssable de la nation, elle doit - nous la droite - nous habiter. La France est mortelle… Si on ne s’occupe pas de notre nation, si on l’abandonne à des gestionnaires au petit pied post-nationaux qui considèrent que « tout se vaut », le relativisme du « en même temps », de ceux qui veulent concilier « et la gauche, et la droite », et ceux qui disent blanc et ceux qui disent noir, dans une espèce de brouet où l’on juxtapose des intérêts contradictoires et où l’on n’avance à rien, si ce n’est vers l’abîme. Oui, l’histoire est tragique. Nous avons été attaqués. Nous avons des ennemis ; nous ne sommes pas paranoïaques mais nous avons des ennemis. Nous avons donc le devoir de défendre ce qui nous est cher et ce qui nous est cher, c’est la nation française. »

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