Le Rendez-vous des idées se confronte à l'affolement du monde

Publié le 07/03/2019

Les rapports de puissance façonnent la géopolitique de notre monde dominé par les États-Unis, le réveil de la Chine et la montée en puissance de la Russie. L'Europe semble déboussolée. Guillaume Larrivé, pour le onzième Rendez-vous des idées a accueilli le regard lucide de Thomas Gomart, directeur de l'IFRI.

Ascension de la Chine, unilatéralisme des Etats-Unis, fragmentation de l'Europe, retour de la Russie, interrogations sur l'énergie et le climat, sanctions économiques, guerre du cyber et de l'espace, pression démographique et migratoire, menaces nationalistes, alliances fragilisées, affaiblissement des démocraties libérales… autant de sujets abordés mercredi soir lors du onzième Rendez-vous des idées mis sur pied par Guillaume Larrivé, Secrétaire général délégué chargé du projet des Républicains qui, très régulièrement, accueille au siège national intellectuels, philosophes, essayistes, experts de tous horizons pour permettre aux Républicains de jeter un regard lucide sur le monde et d'élaborer le projet politique.

Ce mercredi, avec son double regard d'historien et de spécialiste des relations internationales, Thomas Gomart, directeur de l'Institut français des relations internationales (IFRI) a éclairé l'assistance sur la transformation inédite des rapports de force internationaux résumés dans son dernier ouvrage L'Affolement du monde. 10 enjeux géopolitiques (éditions Taillandier).

Particulièrement « frappé par une impression d'absence de contrôle du monde », Thomas Gomart détermine trois causes principales à l'affolement du monde qui a la particularité de « déboussoler l'Europe » : la fin du mythe de la convergence depuis la crise économique de 2008 ; la succession des crises économiques et la réelle tension « entre la conscience de plus en plus partagée d'un système fini en matière de ressources naturelles et d'illimité en matière technologique ».
Mais cet affolement du monde provient également des nouveaux rapports de force entre ce que Thomas Gomart dénomme « le triangle stratégique Chine/Etats-Unis/Russie » qui concentre à lui seul 40% du commerce extérieur de l'Europe

« La Chine s'est plus qu'éveillée ! Depuis 40 ans, elle connaît une croissance extrêmement forte et cette croissance économique alimente une ambition stratégique qui doit aboutir en 2049 pour le centenaire de la République populaire de Chine », observe le directeur de l'IFRI qui expose les conséquences économiques, politiques et stratégiques de cette montée en puissance de la Chine. Sur le plan économique, le déplacement du centre de gravité de la production de richesses et de valeurs. Sur le plan stratégique, le déplacement du centre de gravité vers la mer de Chine « avec le risque de situations tendues dans les années à venir entre la Chine et les Etats-Unis mais également entre la Chine, le Japon, la Corée du Sud et la Corée du Nord ». Quant aux conséquences politiques, Thomas Gomart note que « la Chine défend le principe de la mondialisation économique. Mais c'est un régime autoritaire qui est en train de se resserrer et elle invente également un autoritarisme numérique qu'elle ambitionne d'exporter ».
 
« La montée en puissance de la Chine devait s'accompagner, avec son entrée dans l'OMC en 2001, par une libéralisation de son économie et un assouplissement de son régime politique. Mais, observe Thomas Gomart, cela s'est arrêté en 2008 au moment de la crise financière car cette montée en puissance s'est accélérée et la Chine dissimule de moins en moins ses ambitions de puissance classique, c'est-à-dire, de retrouver la centralité historique qui a toujours été la sienne ».
Quelles conséquences, pour l'avenir, pour les autres hyper-puissances et pour l'Europe ?

« Pour l'hyper-puissance américaine, cela signifie une nécessité de repenser son leadership et de repenser son système d'alliance avec, soit une opposition frontale comme semble le vouloir Donald Trump, ou d'inventer une existence avec la Chine qui ne sera pas comparable à ce que l'on a connu pendant la Guerre froide entre l'URSS et les Etats-Unis dans la mesure où la Chine est le premier partenaire économique des États-Unis mais également son principal rival stratégique », constate le directeur de l'IFRI.

L'Europe, qui a cru bénéficier des dividendes de la paix, est, pour sa part, « déboussolée » dans la mesure où elle pensait que le monde évoluerait à son image, tiraillée qu'elle est également en raison des histoires de ses Etats et de leurs positionnements géographiques, entre les Etats-Unis, la Chine et la Russie. « L'Europe se rend compte qu'elle était une bulle qui est en train d'éclater par un environnement beaucoup plus brutal et beaucoup plus violent que ce à quoi elle s'était préparée. Les Européens n'ont cessé de diminuer leurs dépenses militaires depuis la chute du mur de Berlin alors que dans les autres régions du monde on assiste à des phénomènes d'armement ou de réarmement tout à fait significatifs. Aujourd'hui, ou l'on se cache sous la table ou on y voit une opportunité stratégique », pique Thomas Gomart qui pointe le risque pour l'Europe « de devenir un objet stratégique plutôt qu'un sujet stratégique », analyse-t-il alors que de grands enjeux sont d'ores et déjà ouverts dans les « espaces communs » que sont le numérique, « dans lequel les Européens sont pris en étau par les actuelles plateformes numériques américaines et l'arrivée des chinoises », mais également dans l'énergie, la transition écologique, le naval, l'espace, la sécurité militaire...

Alors, à la veille des élections européennes, quelles solutions peut trouver l'Europe pour jouer sa partition dans le concert mondial ? Thomas Gomart ne veut pas apporter de réponse politique mais pose son regard et son analyse constatant qu'« il y a une demande d'Europe à laquelle nous ne savons pas répondre aujourd'hui ». 

« L'Europe, explique-t-il, est un prototype politique d'intégration régionale supranationale, de mise en commun d'un certain nombre de compétences qui est un modèle pour d'autres régions du monde. Si ce modèle venait à échouer ce serait un élément de déstabilisation et un encouragement à un retour précipité vers le nationalisme le plus étroit ».

Le directeur de l'IFRI attire l'attention sur l'effet « trompe-l'œil » et la « focalisation » qui occupent beaucoup la France et l'Europe lesquels craignent la menace venant du Sud. « Le djihadisme est une menace de tout premier plan et la lutte contre le terrorisme absorbe beaucoup de ressources. Mais on a plus à s'inquiéter des menaces venant du triangle Chine/Etats-Unis/Russie et le retour de la compétition des puissances pour laquelle nous ne sommes pas assez préparés », estime Thomas Gomart qui esquisse cependant une piste : « L'Europe est la seule échelle valable pour ambitionner l'avenir, à moins de se voir comme un isolat qui se soustrait au monde. Il nous faut d'urgence une politique à 360°, capable de penser ce qui va se passer dans nos futures relations avec les États-Unis, la Chine, la Russie, l'Afrique... », glisse-t-il

Ce qui a poussé Guillaume Larrivé, en conclusion de ce onzième Rendez-vous des idées, à exhorter l'Europe à se réveiller !
 

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Il y a huit ans, Laurent Wauquiez fut l'un des premiers à dénoncer les dérives de l'assistanat et à proposer l'instauration de contreparties au versement du RSA. Huit ans plus tard, Edouard Philippe a évoqué cette idée. Idée immédiatement rejetée par son propre gouvernement...
Nous croyons à la politique sociale par le travail, pas à la politique sociale par l'assistanat ! L'un des grands maux de notre pays est d'enfermer dans l'assistanat de trop nombreux Français en ne valorisant pas assez la reprise d'un travail.
Nous demandons que soit modifiée la loi pour conditionner à au moins 5h d'activités d'intérêt général par semaine le versement du RSA.

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