15 novembre 2018

« Semer les racines de l’avenir ». La formule est de Jean-Louis Thiériot, avocat, essayiste et député les Républicains de Seine-et-Marne depuis juillet dernier. Si elle invite à la réflexion après la lecture de son dernier ouvrage De Gaulle, le dernier réformateur, elle correspond également et parfaitement à la philosophie des Rendez-vous des Idées qu’a mis en place depuis le début de l’année Guillaume Larrivé, Secrétaire général délégué au Projet et député de l’Yonne.

Comme tous ses prédécesseurs (Christian Saint-Etienne, Nicolas Baverez et Jean-François Colosimo), Jean-Louis Thiériot est venu apporter, mercredi soir, son obole intellectuelle à la construction du projet politique des Républicains. Celui qu’édifie, avec le concours des cadres et élus des Républicains, Guillaume Larrivé, toujours intéressé par les contributions que peuvent apporter des intellectuels, essayistes, philosophes si prompts à interpeller, mettre en perspective et à ouvrir d’autres champs de réflexions et des possibles.

Dans son ouvrage, Jean-Louis Thiériot aborde un aspect peu développé dans la vie politique de Charles de Gaulle, celui du réformateur. « Il a été le dernier réformateur  après Colbert, Napoléon I et Napoléon III », assure Jean-Louis Thiériot. « Plus près de nous, il y a eu la réforme pendant la cohabitation entre 1986 et 1988 », concède-t-il « mais de réforme globale il n’y a plus eue depuis celle de Charles de Gaulle quand il est arrivé aux affaires en 1958. »

« En 1958, l’inflation est à plus de 10%, le taux de croissance est inférieur à celui de nos voisins, le déficit budgétaire est important. C’est une situation de crise et quand Charles de Gaulle arrive aux affaires, il réforme en profondeur l’économie française », relate l’essayiste pointant l’un des succès de cette réforme. « Il ne l’a fait pas au nom de pures économismes mais à partir d’une philosophie simple : pour un pays puissant » dit Jean-Louis Thiériot du principal succès de la méthode du général de Gaulle qui  s’appuyait également sur la nécessité d’avoir « des finances en ordre, une monnaie stable qui permette une perspective à long terme ». Le tout grâce à un « homme de confiance », l’économiste et haut fonctionnaire Jacques Rueff (1896-1978) « l’un des rares économistes libéraux prônant l’ordolibéralisme et pour qui la libre entreprise est la seule condition pour développer efficacement l’économie », souligne Jean-Louis Thiériot.

En trois mois, une dizaine de personnes travaille autour de Jacques Rueff qui, de sa main, dresse un plan précis adopté par Charles de Gaulle. « Ce plan se déroule autour de trois axes: le rétablissement de la stabilité monétaire, la lutte brutale contre le déficit budgétaire et l’inflation - il réduit de 50% le déficit budgétaire ! - et l’ouverture de l’économie française à la concurrence étrangère », résume, le députe essayiste, saluant ce « plan sans demi-mesure ». Ce qui lui fait dire que « lorsque l’on veut faire de Charles de Gaulle un anti-européen, on se trompe. Mais ce n’était pas pour autant un Européen naïf. Quand il y avait des enjeux essentiels, il montait au créneau », souligne Jean-Louis Thiériot aux yeux de qui, reprenant la remarque de Jean Guyot (1921-2006), membre de la commission autour de Jean Rueff, « 1958 a marqué l’irréversibilité du choix européen de notre pays ».

Autre aspect important du succès de ce plan, « la mise en place massive de 31 ordonnances avant l’installation même de la nouvelle Chambre, pourtant toute acquise en 1959 à l’UNR de Charles de Gaulle. Ces 31 ordonnances mettent en musique la réforme... sur 6 mois », apprécie Jean-Louis Thiériot qui retient de ce succès 7 maximes d’actions : partir d’une situation économique difficile ; réformer l’économie au nom de ce qui dépasse l’économie (au nom de la grandeur de la France) ; confier à un stratège, une éminence grise, le soin de penser à une réforme d’ensemble loin des contingences de la politique quotidienne ; réformer énergiquement, vite, en rompant avec les habitudes ; distinguer entre le service extraordinaire et le service ordinaire ; planifier le conflit social et intégrer le plan politique et le plan électoral.

De la volonté de réforme de Charles de Gaulle, Jean-Louis Thiériot retient également celle de l’aménagement du territoire « menée dans la durée ». «  La France d’aujourd’hui a été dessinée par Charles de Gaulle avec un outil essentiel, la DATAR (Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale). « A l’époque, le pays était marqué par une réalité : Paris ou le désert. Charles de Gaulle a donné une volonté politique pour rééquilibrer l’espace français. Les métropoles d’équilibre l’ont été par sa volonté d’y transférer des activités économiques, volonté incarnée par Olivier Guichard », souligne Jean-Louis Thiériot, notant que Charles de Gaulle « trouvait nécessaire d’avoir une administration de mission à côté d’une administration de gestion ».

Emmanuel Macron a-t-il entendu ces maximes, interroge en conclusion le député de Seine-et-Marne. « Si la situation économique est difficile alors que la crise française n’est pas forcément européenne », Jean-Louis Thiériot cherche « la grande idée qu’Emmanuel Macron porte au nom de ce qui dépasse l’économie outre de dire qu’il n’y a pas de civilisation française ».
Plus inquiétant encore, l’auteur de De Gaulle, le dernier réformateur s’interroge sur « la cohérence et la logique d’ensemble » des réformes qu’aurait lancées Emmanuel Macron. « Si des réformettes vont dans le bons sens (SNCF, loi PACTE...), la mère de toutes les batailles, c’est la bataille budgétaire. Or, nous n’avons toujours rien entendu sur la réforme de la dépense publique, sur la réforme de l’Etat. (…) A ce stade, les réformes de fond n’ont pas été faites. Et à deux ans d’une élection présidentielle qui peut maintenant croire qu’une réforme de fond peut être faite ? », questionne Jean-Louis Thiériot pour qui « la belle collection de maximes tirées de l’expérience réformatrice réussie de Charles de Gaulle sont autant d’idées pour participer au redressement de notre pays ».

Les prochains « Rendez-vous des idées » sont programmés les 28 novembre et 5 décembre prochains, à 18h30 au siège des Républicains. Le 28 novembre avec Bruno Alomar, économiste, ancien haut fonctionnaire à la Commission européenne, auteur de La réforme ou l'insignifiance. 10 ans pour sauver l'Union européenne. Le 5 décembre avec François-Xavier Bellamy, Normalien, agrégé de philosophie, autour de son dernier ouvrage Demeure aux éditions Grasset.

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