03 avril 2018

Si le projet de loi « Evolution du logement et aménagement numérique (ELAN) » comporte quelques mesures sociales encourageantes - la demande faite aux bailleurs sociaux de céder certains de leurs logements et l'obligation qui sera la leur de revoir la situation de leurs locataires tous les six ans -, pour autant le compte n'y est pas. Force est de le constater: le gouvernement a conçu un projet de loi particulièrement déconnecté des urgences territoriales et sociales d'un grand nombre de quartiers urbains de notre pays.

En fragilisant l'équilibre financier de très nombreux bailleurs sociaux sans aucune concertation avec les élus locaux, l'Etat risque non seulement de mettre à mal le choc d'offre, qu'il appelle pourtant par ailleurs de ses vœux, mais avant tout de se priver d'acteurs de proximité précieux dans de très nombreux quartiers.

Alors que certaines cités sont devenues de véritables poudrières, le gouvernement n'a pas non plus jugé utile d'agir dans ce projet de loi contre la ghettoïsation urbaine. En Île-de-France, le conseil régional a pourtant montré l'exemple en décidant de ne plus financer de logements sociaux dans les communes qui en comptent plus de 30% afin de briser cette spirale infernale que certains maires idéologues avaient créée en faisant augmenter le taux de logements sociaux jusqu'à 70% dans leurs communes.

Le Gouvernement n'a, enfin, manifestement pas non plus pris la mesure de la nécessité de désenclaver les quartiers urbains les plus en difficulté. Le nouveau plan national de rénovation urbaine a pris un retard considérable et alors que le président de la République avait publiquement annoncé doubler ses crédits de 5 à 10 milliards d'euros, ce sont, en réalité, seulement... 15 millions d'euros qui ont été effectivement votés dans la loi de finances 2018. Les moyens de l'Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU), véritable outil de mixité sociale conçu par Jean-Louis BORLOO, sont, par conséquent, aujourd'hui en grand danger.

Abandonnés aux trafics malgré des élus locaux très souvent courageux, de nombreux quartiers à la dérive produisent de la délinquance, de la criminalité, du communautarisme et un profond sentiment de déclassement. En ne saisissant pas ce projet de loi pour aider les acteurs de terrain à lutter contre la ségrégation urbaine et ses conséquences, le Gouvernement démontre, une nouvelle fois, sa déconnexion avec les classes moyennes et les Français les plus fragiles.

Geoffroy DIDIER
Secrétaire Général Délégué, responsable du porte-parolat
Député européen

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