Nicolas Baverez au « Rendez-vous des idées » : « La France doit retrouver le fil conducteur de son histoire »

Publié le 20/09/2018

« Renouveler le logiciel de la droite ». Voilà la tâche à laquelle s'est assignée notre famille politique depuis l'élection de Laurent Wauquiez. Et pour coordonner ce long travail, le président des Républicains a missionné Guillaume Larrivé, député de l'Yonne et Secrétaire général délégué au projet. Lequel a lancé avant les vacances d'été un cycle de débats intitulé les « Rendez-vous des idées » qui a pour objectif d'inviter régulièrement dans des réunions publiques qui se déroulent au siège national « des figures qui éclairent le débat public ».

Pour la seconde édition de ces « Rendez-vous des idées », Guillaume Larrivé avait pour invité, ce mercredi soir, Nicolas Baverez, essayiste, docteur en histoire et agrégé de sciences sociales, pour parler de son dernier livre : Violence et passions. Défendre la liberté à l'âge de l'histoire universelle.

Dans son exposé, Nicolas Baverez constate que les idéologies du vingtième siècle sont mortes, mais que les passions nationales et religieuses sont de retour. Et avec elles les guerres civiles et les guerres de religion dont la sauvagerie est sans limite. Cette violence, en empruntant tous les canaux de la mondialisation, en se libérant de tout cadre et de toute règle, pénètre jusqu'au cœur des sociétés développées, notamment par les réseaux sociaux. Pour permettre à la France et à l'Europe de reprendre en main leurs destinées, il propose un réarmement économique, politique, militaire et moral ».

« Si après la Seconde guerre mondiale, nous avons eu l'illusion que les guerres, les crises étaient en dehors de l'histoire, nous nous retrouvons aujourd'hui dans un moment d'accélération autour de la mondialisation qui mêle des forces d'intégration et de fragmentations politiques, culturelles, religieuses avec des valeurs irréductiblement différentes », observe Nicolas Baverez. « Nous vivons tous une histoire universelle mais à l'intérieur de cette histoire universelle des gens vivent dans des horizons de temps différents », note-t-il, faisant référence, notamment, à la Russie, à la Turquie et l'Iran qui « renouent avec des formes d'impérialisme », à l'Afrique qui « cherche à décoller comme l'Europe au 18ème siècle », au monde arabo-musulman qui « vit au temps des guerres de religion du 15ème siècle ».

Bref, un « « un monde éclaté » qui se traduit par des disruptions parfois irréversibles (crise de 2008, surgissement de l'Etat islamique, « démocratures » (contraction entre démocraties et dictatures), crise des migrants, Brexit, élection de Donald Trump... ). « Tous ces chocs créent un environnement nouveau », relève Nicolas Baverez qui pointe la « remontée spectaculaire des risques » (économiques, financiers... ). « Mais, précise-t-il, les vrais risques sont politiques et géopolitiques ». Nicolas Baverez pointe, notamment, « le choc du populisme » à l'intérieur des démocraties, le « djihadisme qui essaime et qui se restructure comme un réseau social dans les pays développés », ainsi que les « démocratures », ces pays à l'image de la Turquie, avec à la tête un homme fort, pas de suffrages électoraux ou une manipulation des suffrages électoraux, un contrôle de la société, une répression, une agressivité extérieure... « Cela donne un contexte géopolitique, une configuration qui n'a jamais été aussi dangereuse », confie Nicolas Baverez.

A cela s'ajoute la démographie galopante non-homogène avec une « cohabitation potentielle entre peuples riches et surarmés et peuples pauvres et sous-armés ... qui ne se règlera pas dans le pacifisme », l'Occident qui perd le monopole du capitalisme... « Les États et les démocraties sont déstabilisés, l'Occident n'a plus le contrôle de l'histoire du monde », résume l'essayiste pour qui la France et l'Europe « se trouvent dans une situation difficile car elles subissent ».

Et de déplorer la « nouvelle occasion ratée » de la France après l'élection d'Emmanuel Macron. « La France a connu une amélioration de sa situation économique et une baisse du risque politique. Cette fenêtre n'a pas été utilisée. Nous sommes rattrapés par nos difficultés structurelles », pointe Nicolas Baverez, énonçant la faible croissance, le fort déficit, la dette colossale, la poursuite du décrochage de la compétitivité, des territoires divergents, des communautés qui n'ont plus grand chose à se dire... et des dépenses publiques qui ne cessent de croître.

« Le pari d'Emmanuel Macron », analyse Nicolas Baverez, « était basé sur l'amélioration de la situation économique par l'extérieur. Ce pari est terminé. Sa refondation de l'Europe autour de la France, l'Allemagne et de l'Italie ne correspond plus à la situation politique et aux attentes. Le pari d'avoir une relation privilégiée avec les hommes forts, c'est mort. Trump ne fera de cadeau à personne ».

Nicolas Baverez et Guillaume Larrivé

Nicolas Baverez se montre également très sévère avec le « programme flou et ambigu » et la politique du en même temps d'Emmanuel Macron. « Dans un environnement dur comme nous le connaissons en ce moment, son programme est en pesanteur. On ne peut pas baisser les impôts, le déficit et continuer à augmenter les dépenses publiques ». De même, il critique son « système autoritaire, technocratique où l'on ne dialogue ni avec les élus, ni avec les citoyens, ni avec les territoires ».

Nicolas Baverez délivre ses conseils. « Emmanuel Macron doit changer d'état d'esprit, faire une forme de reset, changer la stratégie, la logique de fonctionnement. La priorité de la France est de reconstituer une offre productive. On ne peut bouger le modèle français si on ne réforme pas l'Etat et si on ne baisse pas les dépenses publiques. Il faut réarmer le régalien. La France doit retrouver le fil conducteur de son histoire, lutter contre les causes du populisme, ne rien laisser sur les valeurs de la liberté », liste-t-il faisant bien mesurer à la droite, devant le danger d'avoir en France une situation à l'italienne, son obligation de « reconstituer une offre politique raisonnable ».

Quant à l'Europe et son rendez-vous crucial de mai 2019, le docteur en histoire trouve dangereux qu'Emmanuel Macron enferme le débat entre progressistes et populistes. « Les Européens vont penser que c'est un référendum sur l'immigration. Le résultat est connu par avance. Le débat n'est pas entre ces deux termes. Les attentes des Européens c'est avant tout une Europe de la sécurité. Il faut repenser la dimension de l'Europe par la sécurité. L'Europe doit se réarmer. On ne peut pas avoir une zone de libre circulation s'il n'y a pas un contrôle strict des frontières et une capacité de dire qui ou qui ne peut pas rentrer dans l'Union européenne », souligne-t-il.

Le prochain « Rendez-vous des idées » se déroulera le mercredi 17 octobre 2018 autour de Jean-François Colosimo, historien des religions, directeur général des éditions du Cerf et de son ouvrage : « Aveuglement : guerres, religions, civilisations »

Signez la pétition

Exigeons 5h d'activités d'intérêt général par semaine en contrepartie du RSA !

Il y a huit ans, Laurent Wauquiez fut l'un des premiers à dénoncer les dérives de l'assistanat et à proposer l'instauration de contreparties au versement du RSA. Huit ans plus tard, Edouard Philippe a évoqué cette idée. Idée immédiatement rejetée par son propre gouvernement...
Nous croyons à la politique sociale par le travail, pas à la politique sociale par l'assistanat ! L'un des grands maux de notre pays est d'enfermer dans l'assistanat de trop nombreux Français en ne valorisant pas assez la reprise d'un travail.
Nous demandons que soit modifiée la loi pour conditionner à au moins 5h d'activités d'intérêt général par semaine le versement du RSA.

Signez la pétition

Nos dernières actualités

Proclamation des résultats de l'élection du président

Proclamation des résultats de l'élection du président

Published on 16/10/2019

La Haute Autorité du Mouvement « Les Républicains »,

Christian Jacob : « Nous avons des fondamentaux solides »

Christian Jacob : « Nous avons des fondamentaux solides »

Published on 14/10/2019

Ce lundi matin, au lendemain de son élection à la tête de notre famille politique, Christi

Élection à la présidence : le beau succès de ce rendez-vous démocratique

Élection à la présidence : le beau succès de ce rendez-vous démocratique

Published on 14/10/2019

Dimanche 13 octobre autour de 20h30, Henri de Beauregard, président de la Haute Autorité d