Laurent Wauquiez face aux lecteurs du Parisien : « La défense des classes moyennes et des familles modestes est l'une de mes obsessions »

Publié le 14/12/2017

Face aux lecteurs du Parisien, le nouveau patron des Républicains dévoile sa personnalité, sa vision de « sa » droite, ses projets pour le parti et désigne clairement sa cible : Emmanuel Macron.

« Bonjour, je m'appelle Laurent. J'ai 42 ans, deux enfants et nous habitons au Puy-en-Velay ! » C'est un Laurent Wauquiez résolument décontracté qui s'est présenté, mercredi matin, au siège de notre journal. Arborant son inévitable parka rouge, le nouveau patron des Républicains a le tutoiement facile, et c'est par leurs prénoms qu'il interpelle les lecteurs du « Parisien » - « Aujourd'hui en France ».

A leurs questions directes, il a répondu, deux heures durant, sans pause, sans détour et avec un débit (très) soutenu. A la fin de l'entretien, celui qui se revendique comme un politique proche des gens -- à l'opposé du « déconnecté » Emmanuel Macron -- demande à ses intervieweurs d'un jour leurs coordonnées. Histoire de garder le contact et de prolonger l'échange. De quoi casser cette image clivante et peu rassurante qui lui colle à la peau. De là à dire que l'opération séduction en vue de sa conquête élyséenne est déjà lancée... il n'y a qu'un pas.

Sa personnalité, sa vision : « J'ai du tempérament et du dynamisme »

André Moukhine-Fortier, 58 ans, directeur d'école. Vous avez débuté auprès d'une figure historique du centre pour aller à la droite de la droite. Alors qui êtes-vous ? Un arriviste comme certains le prétendent ou un futur Jacques Chirac ?
Laurent Wauquiez. Moi, je veux être là pour dire les choses, quitte à secouer. J'ai du tempérament et du dynamisme. Je ne veux pas faire une droite filet d'eau tiède ! Alors qu'on me classe à la droite de la droite, ça me fait juste sourire ! Sur le plan social par exemple, je ne suis pas à la droite de la droite car la défense des classes moyennes et des familles modestes est l'une de mes obsessions. Moi, je veux juste proposer un autre chemin que celui de Macron et des extrêmes, celui d'une droite républicaine qui défend ses valeurs.

Jean-Luc Bergé, 62 ans, bouquiniste retraité. Vous pensez que c'est avec une image clivante et droitière que vous allez vous faire aimer ?
Je sens bien qu'il y a un tir de barrage contre moi en ce moment. Mais je ne suis pas là pour plaire. Je ne suis pas là pour faire plaisir au petit milieu médiatique. C'est pour cela que j'en prends plein la figure. Quand j'avais 28 ans et que je ne disais rien, j'étais le chouchou des médias. Quand maintenant j'assume mes idées, on veut me le faire payer.

Tristan Comte, 20 ans, étudiant Essec. Vous êtes surdiplômé et représentez une certaine élite sociale. En quoi êtes-vous légitime pour parler à cette « France des oubliés » comme vous dites ?
J'ai énormément travaillé, j'ai fait toutes les grandes écoles et j'en suis très fier, car c'était parfois dur et exigeant. Mais ce n'est pas pour ça que je suis obligé de défendre le système. Je suis même très lucide sur le fait qu'une partie des élites sont aujourd'hui coupées de la société. Après, faut-il venir de tel milieu pour s'adresser à ce milieu ? Je ne le pense pas. Moi, j'ai fait le choix d'habiter en Haute-Loire, là où habite ma mère, là où j'élève mes enfants. Et la Haute-Loire, c'est plutôt la France périphérique. Ce qui fait une très grande différence avec monsieur Macron, dont le parcours est très simple : Rothschild-Elysée-Bercy-Elysée.

Hélène Bizette, 29 ans, en recherche d'emploi. Allez-vous conserver votre mandat de président de région, en étant patron de LR ?
Bien sûr. Je me suis présenté à la présidence de la région Auvergne - Rhône-Alpes, ce n'est pas pour abandonner mes électeurs en plein chemin. C'est juste, pour moi, une question d'organisation de mon emploi du temps. Après, je rappelle que mes nouvelles fonctions à la tête des Républicains sont totalement bénévoles.

Sa ligne politique : « Je ne veux pas d'une armée de clones »

André Moukhine-Fortier. Quelles sont les différences fondamentales entre votre discours et celui de Marine Le Pen ?
C'est d'abord une vision du pays. Marine Le Pen, c'est le recroquevillement de la France sur elle-même. Alors que, moi, je ne veux pas ça. Il y a aussi des différences d'approches sur l'euro et sur l'Europe. Elle est totalement contre l'Europe, tandis que je veux seulement une Europe plus cohérente, avec moins de pays et un noyau dur d'Etats. Sur le social, je défends le social par le travail et je ne parle jamais d'assistés comme elle, mais je dénonce l'assistanat.

Tristan Comte. Le départ de Xavier Bertrand signe-t-il la fin de LR ?
Il est temps que la droite s'oxygène et fasse naître des nouvelles têtes et des nouveaux visages. On voit les mêmes à droite depuis trop longtemps. L'une des forces de Macron, c'est qu'il a complètement changé les choses. Vous ne connaîtrez pas tous ceux que je vais nommer dans mon équipe. La moyenne d'âge y sera de 40 ans, elle sera totalement paritaire. Il y aura des personnalités comme Virginie Duby-Muller, qui est une jeune députée de Haute-Savoie issue du milieu de l'entreprise, Mathieu Darnaud, un sénateur d'Ardèche, Fabien Di Filippo, d'à peine 30 ans, qui vient d'être élu député en Moselle.

C'est du jeunisme ?
Les Français en ont ras le bol de voir toujours les mêmes. Moi, j'ai le plus grand respect pour Jean-Pierre Raffarin, j'adore Jean-Pierre Raffarin, mais il y a un moment aussi où il faut une nouvelle génération. Je ne veux pas non plus d'une armée de clones. La vie, c'est le débat. Il y aura des gens qui sont issus du gaullisme social, il y aura des libéraux, des centristes...

Et Sens commun ?
Pas dans mon équipe rapprochée, mais je veux que Sens commun soit à bord parce qu'ils incarnent une sensibilité, qui n'est pas forcément la mienne mais qui représente quelque chose. Je veux que tout le monde soit respecté. Ce qu'on doit arriver à montrer c'est qu'En Marche ! nous a vendu le renouvellement mais il n'y a pas de débat chez eux. Leurs députés sont totalement coupés de la vie des Français. L'une a même déclaré qu'avec 5 000 EUR elle était obligée de manger des pâtes... Ils ne connaissent pas le pays. C'est aussi le point faible de Macron.

Jean-Luc Bergé. Votre parti est-il en meilleur état que le Parti socialiste ?
(Rires.) Oui, je crois. Mais il faut que le PS se reconstruise, je ne veux pas sa mort, c'est bien qu'il y ait une gauche.

Sur Macron

Franck Gayraud, 44 ans, chef d'entreprise. La force de Macron, c'est de vous ringardiser. Alors que vous avez fait plusieurs passages au gouvernement, comment pouvez-vous être crédible ?
Macron, ce n'est pas le renouvellement de la politique, c'est l'aboutissement de tout ce qui a mis la politique française dans le mur. Il n'y a pas de convictions, pas de valeurs, tout est « en même temps », on met ensemble des gens qui sont de purs opportunistes : entre un soutien de Hamon et un soutien de Sarkozy, il faudra m'expliquer quel est le point commun, sauf l'ambition et les trahisons. Je n'ai jamais entendu Emmanuel Macron exprimer sa vision de la société.

Et Johnny

Jean-Luc Bergé. Johnny chanteur de droite. En quoi vous vous reconnaissez ?
Moi, je suis un fan de Johnny Hallyday, j'ai plein de chansons de lui sur mon iPhone, mais je n'aime pas quand les politiques, pour faire populaire, font semblant d'être son meilleur ami depuis la maternelle. Je n'ai pas franchement l'impression que lui et Macron étaient des amis historiques. J'aime surtout ce qui s'est passé, j'ai senti qu'à ce moment-là les Français voulaient être ensemble, tous les Français. Un moment de communion, une façon de dire : « On est un peuple. » C'était la même chose pour la Coupe du monde.

Economie : « Qu’on sorte des 35 heures »

Renaud Moulas, 29 ans, patron d'une start-up. Comme Donald Trump, pensez-vous qu'il faut un protectionnisme économique ?
Je n'ai aucun problème avec ça. Les Etats-Unis ont mis en place une machine à broyer la concurrence et une machine à pomper, avec Internet, la valeur ajoutée de toute l'économie mondiale. Tout cela remonte aux Etats-Unis via le Luxembourg ou l'Irlande sans que personne ne paie d'impôt. En revanche, on assomme nos entreprises avec de la fiscalité. C'est fou. Je veux qu'on arrête d'être naïfs. Il faut créer un microclimat où on permet à nos entreprises de grandir, en leur assurant de manière prioritaire des commandes et des marchés publics. Ce qui suppose un changement complet d'approche par rapport au droit de la concurrence européen.

Franck Gayraud. Les ordonnances Travail vont dans la bonne direction ?
La France a besoin de grands pas. Le problème de la droite, c'est d'avoir fait des petits pas. Le problème de Macron, c'est d'avoir fait des tout petits pas. Ma conviction, c'est que si on veut reconstruire la droite, il faut avoir le courage d'aller jusqu'au bout de nos idées. Je veux que l'on sorte des 35 heures, que ça permette de dire aux gens : on partage le gain, la moitié pour la compétitivité de nos entreprises, l'autre moitié pour que ceux qui bossent aient un meilleur salaire.

Hélène Bizette. Je suis une enfant des aides sociales. Vous avez parlé de l'assistanat comme « cancer de la société ». Ce que vous dites est stigmatisant pour des gens comme moi. Vous voulez supprimer ces aides ?
Je suis attaché à ce qu'il y ait une solidarité nationale. L'une de nos erreurs pendant la campagne présidentielle, c'est d'avoir porté un projet qui remettait en cause l'assurance maladie. Une grande partie de la classe moyenne modeste est restée sur le carreau. Ma filiation est celle du gaullisme social. Mais notre système de solidarité s'est perdu. Car il n'est plus à même de remettre les gens sur le chemin du travail. Ce que je n'aime pas, c'est une conception du social qui se limite à verser le RSA sans rien demander à ceux qui le reçoivent. C'est un piège dans lequel on les enferme. Il faut demander un certain nombre d'heures de travail à ceux qui sont au RSA. Ce n'est pas une punition, c'est la meilleure façon de trouver un travail. Le vrai pari, c'est le social par le travail.

Laïcité : « La provocation, ce sont les prières de rue »

André Moukhine-Fortier. Un sujet grave, explosif, difficile à traiter, c'est la place de l'islam dans la République...
Il faut être très lucide et pas caricatural. Oui, il y a dans l'islam une composante intégriste qui cherche sans cesse à s'affirmer un peu plus et qui est en rupture forte avec certaines de nos valeurs. Notamment l'égalité de l'homme et de la femme et la laïcité. Des valeurs sur lesquelles, petit à petit, on a démissionné. Les prières de rue, par exemple. On se retrouve avec un système dans lequel on laisse les musulmans modérés sous l'emprise de l'islam intégriste.

Vous ne faites pas de provocation en installant des crèches de Noël au siège de votre conseil régional ?
Vous ne pensez pas que ce sont les prières de rue, la provocation ? Le problème de la laïcité, ce n'est pas de mettre une croix sur une statue de Jean-Paul II. Le problème de la laïcité, c'est le salafisme et le port de la burqa. Le problème de la laïcité, c'est l'impossibilité aujourd'hui d'enseigner la Shoah dans un certain nombre de classes en France car vous avez des gens qui la contestent. Je crois qu'on peut revenir à une République ouverte et où l'on adhère à la France.

Emmanuel Macron est trop complaisant sur ces sujets ?
Je n'ai entendu de sa part aucune condamnation claire du communautarisme. Je connais trop ce fonctionnement : on est complaisant, en espérant récupérer les voix de tel ou tel, au lieu de dire les choses. C'est la pire des trahisons pour un élu.

>> Lire l'interview sur LeParisien.fr

Signez la pétition

Exigeons 5h d'activités d'intérêt général par semaine en contrepartie du RSA !

Il y a huit ans, Laurent Wauquiez fut l'un des premiers à dénoncer les dérives de l'assistanat et à proposer l'instauration de contreparties au versement du RSA. Huit ans plus tard, Edouard Philippe a évoqué cette idée. Idée immédiatement rejetée par son propre gouvernement...
Nous croyons à la politique sociale par le travail, pas à la politique sociale par l'assistanat ! L'un des grands maux de notre pays est d'enfermer dans l'assistanat de trop nombreux Français en ne valorisant pas assez la reprise d'un travail.
Nous demandons que soit modifiée la loi pour conditionner à au moins 5h d'activités d'intérêt général par semaine le versement du RSA.

Signez la pétition

Nos dernières actualités

François-Xavier Bellamy : « Dans le dossier des retraites, il faut sortir de l'hypocrisie et de la démagogie »

François-Xavier Bellamy : « Dans le dossier des retraites, il faut sortir de l'hypocrisie et de la démagogie »

Published on 30/08/2019

Ce vendredi matin, François-Xavier Bellamy, député européen, était l'invité de France Info pour réagir à divers sujet

Jean Leonetti : « Sur la réforme des retraites, le président recule et élude la vérité »

Jean Leonetti : « Sur la réforme des retraites, le président recule et élude la vérité »

Published on 28/08/2019

Ce mercredi matin, Jean Leonetti, président par intérim de notre famille politique et mair

Guillaume Peltier : « Que la droite redevienne le grand parti du travail et de l'ordre »

Guillaume Peltier : « Que la droite redevienne le grand parti du travail et de l'ordre »

Published on 18/06/2019

Guillaume Peltier, premier vice-président des Républicains et député de Loir-et-Cher, étai