Laurent Wauquiez à Paris-Normandie : « Moi, je vais voir les Français directement sur le terrain »

Publié le 05/02/2019

Laurent Wauquiez était en déplacement ce mardi en Seine-Maritime, à Octeville-sur-Mer, puis au Havre et à Rouen pour une réunion publique. Dans un entretien à Paris-Normandie, le patron des Républicains revient sur le grand débat national et la loi anti-casseurs que ses troupes ne voteront pas.

Vous êtes ce mardi en Seine-Maritime dans le cadre de votre tournée des territoires. Quel est l'objectif de cette opération de terrain ?

Laurent Wauquiez. Ma conviction est assez simple. Si on veut débattre avec les Français, il faut aller discuter avec eux directement sur le terrain. Et la façon dont évolue le grand débat national me semble de plus en plus artificielle. En fait, c'est une succession de discussions dans des salles polyvalentes, plus ou moins mises en scène, plus ou moins spontanées, dans lesquelles le président de la République répond à des questions avec de longs monologues. Ce n'est pas ce qu'attendent les gens. Ce que veulent les Français, c'est de pouvoir exposer leur vie quotidienne, leurs difficultés et leurs attentes. Moi, je vais les voir directement sur le terrain. Aujourd'hui [hier lundi, N.D.L.R.] dans le Pas-de-Calais, où j'échange avec des commerçants et des pêcheurs. En Seine-Maritime, j'aurai un échange avec des agriculteurs. Dimanche, j'étais à Langres pour discuter des questions de santé. Moi, mon approche est de faire un tour de France complètement différent du grand débat où l'on va discuter directement sur les lieux de vie et les lieux de travail, de façon spontanée.

Pourtant, lors des réunions avec le président de la République ou le Premier ministre, comme à Sartrouville récemment, on a vu que les Français pouvaient s'exprimer comme ils le souhaitent.

Soyons sérieux ! J'ai assisté à ces grands débats. La plupart des participants étaient des élus et, ensuite, c'étaient des réunions habilement scénarisées et mises en scène. Qui a la probabilité lors de ces voyages de pouvoir parler spontanément au président de la République ? Personne ! Il n'y a pas de contact direct. Les Français ont besoin de pouvoir parler directement. Je vous donne un exemple : à Belfort, un retraité est venu me voir. Il était artisan, il avait 171 trimestres de cotisation. Il a travaillé toute sa vie et finit avec cinq cents euros de retraite. Il vient me voir en me disant que le coût d'une maison de retraite est de 2 500 euros par mois... Comment voulez-vous qu'il s'en sorte !

Comme président des Républicains, qu'allez-vous faire de ce contre-grand débat ?

Nous allons en sortir une contribution, qui sera la contribution des Républicains au grand débat. Je vois bien de plus en plus monter le risque que ce grand débat accouche d'une souris et que les propositions qui seront mises sur la table soient très éloignées des préoccupations des Français. On est en train de nous expliquer, par exemple, qu'en fait, si les Français sont descendus dans la rue, c'est parce qu'ils avaient une obsession : qu'on change les règles électorales de vote ! Ce n'est pas du tout ce que j'entends sur le terrain... J'ai entendu que la priorité, c'est le pouvoir d'achat, les classes moyennes, les retraités et la valorisation de la France qui travaille. Je vois bien le danger qu'au fond, on nous propose, en sortie de crise, des solutions qui n'auront rien à voir avec les priorités des Français. Nous serons donc très vigilants à ce que cela ne débouche pas sur un rideau de fumée où, à l'arrivée, les gens seront encore plus en colère parce qu'ils auront été trompés.

Si ce grand débat débouchait sur un référendum, auriez-vous le sentiment que c'est un écran de fumée ou, comme vous dites, qu'il a accouché d'une souris ?

Le sujet, ce n'est pas le référendum, c'est la question posée.

Mais êtes-vous favorable au principe du référendum ?

Je n'ai aucun problème en soi avec un référendum. En revanche, j'ai un problème avec le fait qu'on en profite pour mettre en avant des sujets qui vont servir de camouflage aux vrais sujets des Français. Le problème majeur de notre pays, c'est l'appauvrissement des classes moyennes et l'insuffisante valorisation du travail. Si jamais on nous fait un référendum sur la proportionnelle et un changement à la marge des institutions, on sera à côté du sujet et nous ne l'accepterons pas.

Sur quoi alors faut-il faire un référendum ?

Il faut faire un référendum sur un lien entre deux choses : d'une part, un plan de lutte contre le gaspillage de l'argent public et, d'autre part, un engagement sur des baisses de charges sur les entreprises et des baisses d'impôts sur les Français. J'ajoute un exemple frappant : la situation des retraités. Personne n'en parle ! Le président sous-estime le sujet. Or, les retraités ne sont pas des privilégiées. La hausse de la CSG n'a été suspendue que pour un temps et uniquement pour certains. La non-revalorisation des retraites au niveau de l'inflation est une honte. Je ne peux pas accepter que l'on oppose les retraités et les actifs. La dignité, c'est de respecter les gens qui ont travaillé toute leur vie et souvent dans des conditions très difficiles.

Est-ce une bonne idée de jumeler ce projet de référendum avec les Européennes, le 26 mai 2019 ?

Je n'y suis pas favorable parce que ça va aboutir à changer complètement les élections européennes qui vont en réalité se transformer en référendum pour ou contre Macron. Faire ce référendum le même jour que les Européennes est extrêmement dangereux.

Vous avez peur que cela occulte votre candidat, qui est une personnalité clivante ?

On a fait le choix d'un trio, d'une nouvelle génération, pour envoyer un message très clair : on écrit une nouvelle page. Il y a besoin de tirer les leçons des erreurs qui ont été faites par le passé, de changer tout cela, de passer à autre chose. C'est pourquoi j'ai voulu une nouvelle génération, chacun avec des profils différents. François-Xavier Bellamy, c'est la droite des valeurs. Agnès Evren est une femme qui a créé son entreprise. Arnaud Danjean [député européen depuis 2009, N.D.L.R.], c'est le spécialiste de la lutte contre le terrorisme. Il était juppéiste et il a refusé de suivre Alain Juppé dans sa démarche. Je ne regarde pas en arrière. On construit une nouvelle droite.

Y aura-t-il des Normands sur votre liste aux Européennes ?

Elle sera dévoilée courant mars.

Vous êtes à environ 12 % dans les sondages. Est-ce que la présence d'une liste gilets jaunes vous gêne ?

Pas du tout. Je considère qu'il est normal en démocratie que des gens puissent s'exprimer et se confronter au suffrage universel. Je préfère que les gilets jaunes s'engagent dans le suffrage universel plutôt que d'avoir les casseurs qui dénaturent le mouvement.

Vous soutenez toujours le mouvement ?

J'ai toujours dit que je considérais que les revendications qui étaient portées étaient justes au début mais qu'il est tout à fait inacceptable que, dans notre pays, on casse. S'exprimer, c'est un droit. Respecter, c'est un devoir. Qui va payer les dégâts à l'arrivée ? Une fois encore, ce sont les Français.

Un vote important est prévu ce mardi à l'Assemblée avec la loi anti-casseurs. Le groupe LR votera-t-il ce texte, dont l'origine revient au sénateur LR Bruno Retailleau ?

Sauf que le gouvernement a totalement dénaturé cette loi ! En réalité, elle permettra de ne rien faire. Elle a été vidée de sa substance. S'ils avaient gardé la loi telle qu'on l'a proposée, nous l'aurions votée. Par exemple, on ne pourra pas mettre de sanctions à quelqu'un qui vient manifester avec une arme par projection ou par jet ! Il n'y aura pas de listes nationales qui permettront d'interdire à des casseurs de manifester ! C'était pourtant l'objectif. En France, on peut interdire des hooligans dans les stades, mais on ne peut pas interdire des casseurs de manifester... Autre exemple : les policiers et les gendarmes ne pourront pas faire de fouilles des sacs et des véhicules pour vérifier que les gens ne viennent pas avec des armes dangereuses. C'est une loi qui est vide et qui montre une chose : cette majorité et ce gouvernement ne se donnent pas les moyens de rétablir l'ordre. Il est très inquiétant que dans un pays comme le nôtre, au bout de deux mois, on ne soit pas capable de restaurer l'ordre. Nous ne voterons pas une loi vidée de son sens.

L'article 2 de ce texte de loi doit permettre aux préfets d'interdire à tel ou tel de manifester. Il suscite la division dans la majorité. Mais selon vous, va-t-il dans le bon sens ?

Non car il est entouré de tellement de précautions, de tellement de contrôles et de conditions qu'il est inapplicable. On fait une loi pour faire de la communication mais cette loi ne permettra pas d'arrêter les casseurs qui ont fragilisé les commerces et dévaster un certain nombre de centres-villes. Ce n'est pas la bonne méthode. Et ce que l'on paye aujourd'hui, c'est la capitulation du gouvernement à Notre-Dame-des-Landes où on a laissé les zadistes gagner. On tend la main, on continue à faire de propositions. On dit au gouvernement qu'il faut mettre en place des peines plancher qui permettent de s'assurer que quand quelqu'un agresse un policier, un gendarme ou un pompier, il sera condamné à des peines minimales. Sinon, on n'arrivera pas à rétablir l'ordre.

Rouen et Le Havre : un jeu ouvert

Quelle stratégie Les républicains adopteront-ils pour les municipales à Rouen mais aussi au Havre, la ville du Premier ministre ? Il y a dix ans, Édouard Philippe y accueillait Laurent Wauquiez, alors jeune secrétaire d'État à l'Emploi.

À Rouen, souhaitez-vous pour les municipales de 2020 une union avec les centristes dès le premier tour comme le préconise Hervé Morin ?

Je suis ouvert à une chose très simple : je préfère rassembler. Pour les Européennes, nous avons fait un choix de rassemblement. Le choix que j'ai fait dans ma région, c'est un choix de rassemblement. Je connais très bien Hervé Morin et nous pouvons nous entendre. Mais à une condition : qu'on se rassemble autour d'une même vision. On ne fait pas un rassemblement où on achète des gens en leur proposant des postes comme l'a fait Emmanuel Macron... A l'arrivée, cela aboutit à une succession de débauchages et une armée de mercenaires.

Autre cas, celui du Havre, la ville du Premier ministre, Édouard Philippe. Son successeur, Luc Lemonnier, a pris ses distances avec les LR. Quelle sera votre stratégie là aussi ?

On n'y est pas ! Je souhaite que les électeurs aient toujours le choix et qu'il y ait une liste qui puisse défendre les valeurs auxquelles on est attaché. Ces valeurs, c'est une bonne gestion de l'argent public pour éviter une augmentation des impôts et une politique qui permette de prendre en compte les classes moyennes, qui sont celles auxquelles on demande beaucoup et auxquelles on ne donne rien. Si cette liste peut se faire dans le rassemblement, on la fera. Mais si on a face à nous des gens qui ne partagent pas les mêmes idées et les mêmes valeurs, alors on portera notre liste.

Estimez-vous que Luc Lemonnier porte ces valeurs-là aujourd'hui ?

La question va se poser et cela fera l'objet de discussions avec lui.

Souhaitez-vous une candidature de la présidente de la fédération des LR en Seine-Maritime, la sénatrice du Havre Agnès Canayer ?

La question se posera et on en discutera.

>> Lire l'interview sur Paris-Normandie.fr

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Exigeons 5h d'activités d'intérêt général par semaine en contrepartie du RSA !

Il y a huit ans, Laurent Wauquiez fut l'un des premiers à dénoncer les dérives de l'assistanat et à proposer l'instauration de contreparties au versement du RSA. Huit ans plus tard, Edouard Philippe a évoqué cette idée. Idée immédiatement rejetée par son propre gouvernement...
Nous croyons à la politique sociale par le travail, pas à la politique sociale par l'assistanat ! L'un des grands maux de notre pays est d'enfermer dans l'assistanat de trop nombreux Français en ne valorisant pas assez la reprise d'un travail.
Nous demandons que soit modifiée la loi pour conditionner à au moins 5h d'activités d'intérêt général par semaine le versement du RSA.

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