Laurent Wauquiez à Ouest-France : « L'Europe d'Emmanuel Macron, c'est toujours plus de l'Europe qui n'a pas marché »

Publié le 07/03/2019

Laurent Wauquiez est en déplacement en Ille-et-Vilaine ce jeudi 7 mars, en compagnie de François-Xavier Bellamy, Agnès Evren et Arnaud Danjean, qui conduisent la liste LR aux élections européennes. Stratégie et ambitions de campagne, enjeux pour l'Ouest, projections électorales, Grand débat national, prises de position à l'égard de Viktor Orban, le cas Raffarin : le président des Républicains confie ses intentions à Ouest-France.

Les trente premiers noms de la liste des Républicains aux européennes ont été dévoilés mercredi 6 mars. Qui portera vos couleurs dans l'Ouest ?

J'ai demandé à Alain Cadec de le faire. Il sera en très bonne position sur notre liste (en treizième position). L'objectif est qu'il puisse continuer à relier les enjeux de l'Ouest à Bruxelles, et plus particulièrement sur les sujets de l'agriculture et de la pêche.

Vous êtes en Ille-et-Vilaine ce jour, avec François-Xavier Bellamy. La campagne commence aujourd'hui ?

On est dans une période étrange, et que je regrette. Le président de la République, de par son comportement et ses politiques, a quand même mis le pays à feu et à sang, et la campagne pour les européennes s'en trouve décalée. Les Républicains se battront pour qu'on ne sorte pas du Grand débat sur un rideau de fumée, en mettant sous le tapis les préoccupations des Français.

À quoi pensez-vous ?

Je suis frappé de voir que le Président ne parle plus des retraités, alors qu'ils ont été les premiers sacrifiés. Toutes les mesures qui les ont appauvris sont toujours là, notamment la non-revalorisation de leurs pensions au niveau de l'inflation. Nous lutterons également contre le gaspillage de l'argent public et pour qu'on baisse les impôts, parce qu'il y a trop d'impôts sur les classes moyennes en France.

Et pour les européennes ? Sur quels grands thèmes allez-vous faire campagne ?

L'Europe d'Emmanuel Macron, c'est toujours plus de l'Europe qui n'a pas marché. Toujours plus de bureaucratie européenne, d'élargissement, de fédéralisme… Nous voulons, nous, renouer avec l'ambition européenne des débuts, mais changer tout ce qui ne marche plus. Arrêter tout élargissement. Tous les candidats qui seront sur ma liste s'engageront à voter contre tout élargissement à l'Union européenne. Je suis convaincu que l'élargissement a affaibli l'Union européenne. Quand on a trop de pays autour de la table, on arrive plus à décider. Aujourd'hui, ceux qui gagnent sont ceux qui veulent bloquer l'Europe. Je veux également retrouver la préférence européenne aussi bien pour notre agriculture que pour nos entreprises. J'ai été frappé de voir qu'il n'a pas dit un mot sur la politique agricole dans sa tribune, alors que c'est l'un des principaux budgets européens. Les Républicains s'engageront à se battre pour garder le budget agricole, dont une baisse serait un drame pour nos agriculteurs. Nos compatriotes ne veulent pas l'agriculture spéculative de l'Amérique latine, ils ne veulent pas la viande avariée de Pologne, il faut défendre nos exploitations familiales et l'agriculture de notre pays. Il faudra aussi assurer la protection de nos frontières face aux défis de l'immigration massive. Et que l'Europe se réapproprie son histoire, ses racines et son identité. Elle ne vient pas de nulle part, ce n'est pas juste une construction technocratique, telle que donne le sentiment de la vivre Emmanuel Macron dans sa tribune. C'est aussi une civilisation. Je pense qu'on a fait une grande erreur quand on a refusé d'inscrire les racines chrétiennes dans la constitution européenne. Et je suis très préoccupé par les attaques répétées du gouvernement contre les catholiques.

À quoi faites-vous allusion ?

Aux propos de Marlène Schiappa assimilant à des terroristes islamistes ceux qui ont défendu leur vision de la famille. Au député Aurélien Taché faisant un parallèle entre serre-tête et voile islamiste. Au fait qu'Emmanuel Macron soit resté totalement silencieux lors des saccages récents d'églises. Les Français ne sont pas contre l'Europe, mais ils ne croient plus à ce qu'elle est devenue. Ils ne veulent ni du « contre l'Europe » de Marine Le Pen, ni du chèque en blanc à Bruxelles que signe Emmanuel Macron. Ils nous disent : « refaites l'Europe qu'on aimait », celle qui nous parlait, qui avait du sens. Quand il n'y avait pas trop de pays. Quand elle s'incarnait dans des projets et ne se perdait pas dans des normes. Je voudrais la relancer par deux grands chantiers. Un : couvrir la totalité du continent en téléphonie mobile 4G et accès à internet haut débit. Deux : je propose de faire de la recherche sur les maladies neurodégénératives et Alzheimer une grande cause européenne pour les cinq années à venir. C'est cette Europe-là qui parle aux Français, et qu'il faut d'urgence retrouver.

Quelle est votre position concernant Vicktor Orban ? A-t-il toujours sa place au PPE ?

L'Europe, c'est discuter avec des gens qui ne sont pas nécessairement d'accord avec vous. Il faut comprendre qu'un pays comme la Hongrie, traversé de façon très importante par des flux migratoires, n'a pas forcément la même approche que nous. Mais il y a des lignes rouges : le respect de la démocratie, de l'état de droit, la liberté de nos universités… Tant qu'Orban respecte cela, je considère qu'il a évidemment sa place au sein du champ démocratique européen. Mais on ne peut pas accepter que ces lignes rouges soient franchies. Nous serons amenés à discuter avec l'ensemble des partis du PPE de ce qu'est la position de notre groupe le concernant. Mon souhait restant que notre famille garde son unité.

Quel score visez-vous le 26 mai ?

Je veux faire mentir les sondages. Nous étions crédités de 8 % des intentions de vote le mois dernier, aujourd'hui, on est à 14 %. Je suis convaincu que les Français ne veulent pas être enfermés à nouveau dans un duel Marine Le Pen contre Emmanuel Macron. S'ils votent pour LREM, ça veut dire qu'ils font un chèque en blanc à Emmanuel Macron. Le lendemain de l'élection, il nous expliquera que les Français lui font une confiance aveugle et qu'il peut poursuivre sa politique. Il faut pouvoir lui dire que ça suffit tout en disant « oui » à l'Europe. Notre liste est la seule à pouvoir le faire. Et c'est nous qui, demain, formerons le noyau dur de ceux qui refonderont l'Europe. Pas lui.

Comment cela ?

Il a isolé la France par son attitude. Il nous a coupés de l'Italie, l'Allemagne ne nous écoute plus, les pays du Benelux sont extrêmement critiques, les pays nordiques ont été très froids quand ils l'ont accueilli, et il est allié à une toute petite minorité à l'échelle européenne. Le danger, c'est que les voix qui se porteront sur sa liste ne soient perdues pour l'influence de la France, parce que son groupe n'en aura aucune. Alors que le groupe clé pour l'influence française, ce sera celui auquel nous sommes rattachés, le PPE.

Le soutien de Jean-Pierre Raffarin à Emmanuel Macron vous a surpris ?

J'ai tendu la main à Jean-Pierre Raffarin pendant un an en lui proposant d'apporter ses contributions, alors qu'il participait déjà à des réunions de préparation des européennes aux côtés d'Emmanuel Macron.

Sera-t-il exclu du parti ?

En faisant le choix de soutenir la liste d'Emmanuel Macron, il me paraît évident qu'il n'est déjà plus aux Républicains. Je ne veux pas reconstruire l'Europe en regardant dans le rétroviseur, mais en regardant vers demain, avec des gens comme François-Xavier Bellamy, ou Arnaud Danjean, qui représentent une nouvelle génération. Une page se tourne. C'est forcément douloureux, mais c'est aussi une clarification indispensable.

Cette « clarification » sera-t-elle la dernière ?

On est en reconstruction. Les Français sont très troublés : Emmanuel Macron les a déçus, ils sentent pour une grande majorité d'entre eux que Marine Le Pen peut être un chaos, et la droite, au moment de l'élection présidentielle, les a beaucoup écœurés. Ce que je veux qu'ils comprennent, c'est que je construis une nouvelle alliance de la droite et du centre qui doit reposer sur des propositions très simples, sur lesquelles on ne bougera pas. Les choses sont désormais assez simples. On a d'un côté un Emmanuel Macron qui a constitué un attelage très hétéroclite, avec des gens qui pensent des choses très différentes, autour d'un « en même temps » qui, je le crains, ne permettra pas de faire avancer le pays ; de l'autre, une gauche qui n'arrive pas à se reconstituer, ce que je regrette, parce que je pense que la démocratie française en a aussi besoin… Tout cela fait de la droite le seul pôle d'opposition républicain. J'essaye de faire en sorte qu'elle soit responsable. Et les Français doivent lui donner sa chance.

Responsable ? Qu'entendez-vous par là ?

Contrairement à Marine Le Pen et à Nicolas Dupont-Aignan, j'ai refusé de jouer la politique du pire dans la crise des Gilets jaunes. Dès que j'ai vu les manifestations dériver dans la violence, j'ai dit stop. Et j'ai demandé à mon parti de participer au Grand débat, parce que je ne veux pas que nous soyons dans des oppositions sectaires.

Comment vivez-vous le procès en « insincérité » qui vous est souvent fait ?

Je demande aux Français de ne pas me juger sur le jeu du buzz médiatique ou des petites phrases qui affaiblissent la politique, mais sur les visions et les convictions que j'essaye de porter. Il m'est arrivé de faire des erreurs, mais je n'ai jamais trahi mes convictions. Ma politique est faite de constance et de valeurs. On peut ne pas être d'accord avec moi, mais je n'ai pas changé de discours. Et je n'ai pas trahi ma famille politique.

>> Lire l'interview sur Ouest-France.fr

Signez la pétition

Exigeons 5h d'activités d'intérêt général par semaine en contrepartie du RSA !

Il y a huit ans, Laurent Wauquiez fut l'un des premiers à dénoncer les dérives de l'assistanat et à proposer l'instauration de contreparties au versement du RSA. Huit ans plus tard, Edouard Philippe a évoqué cette idée. Idée immédiatement rejetée par son propre gouvernement...
Nous croyons à la politique sociale par le travail, pas à la politique sociale par l'assistanat ! L'un des grands maux de notre pays est d'enfermer dans l'assistanat de trop nombreux Français en ne valorisant pas assez la reprise d'un travail.
Nous demandons que soit modifiée la loi pour conditionner à au moins 5h d'activités d'intérêt général par semaine le versement du RSA.

Signez la pétition

Nos dernières actualités

Discours de Laurent Wauquiez lors du Conseil national à Lyon

Discours de Laurent Wauquiez lors du Conseil national à Lyon

Published on 16/03/2019

Seul le prononcé fait foi

Mes amis,

Pour la France : transformer l'Europe

Pour la France : transformer l'Europe

Published on 16/03/2019

Le 26 mai prochain, vous voterez pour désigner les 79 députés qui représenteront la France au Parlement européen

François-Xavier Bellamy aux Echos : « L'Europe n'est pas une organisation comme les autres : c'est une histoire, des racines, une civilisation »

François-Xavier Bellamy aux Echos : « L'Europe n'est pas une organisation comme les autres : c'est une histoire, des racines, une civilisation »

Published on 15/03/2019

François-Xavier Bellamy, tête de liste des Républicains aux européennes, dévoile le projet du parti avant le Conseil