Laurent Wauquiez : « Il existe un autre chemin pour l'Europe »

Publié le 11/03/2019

En réponse à la lettre et aux propositions du président Emmanuel Macron, le chef des Républicains considère que l'UE a échoué. Les nations doivent être son socle et la faire changer de cap.

Après avoir vanté une « souveraineté européenne », Emmanuel Macron nous invite maintenant à une « renaissance » : les postures peuvent varier, passant du fédéralisme à la protection, mais la volonté d'enfermer le débat européen dans un choix binaire reste intacte.

Il s'agit de tout résumer à une alternative entre proeuropéens et antieuropéens, progressistes et nationalistes, sauveurs et destructeurs, sans rien entre les deux. Tocqueville avait compris le danger mortel de ne plus offrir de choix qu'entre les ennemis et les partisans de la République, lui qui mettait en garde contre le risque de faire danser les démocraties au-dessus d'un volcan. Avec ce manichéisme, le président fait courir à notre démocratie et à l'Europe un lourd danger.

D'un côté, Marine le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ont toujours pour horizon la déconstruction de l'Union européenne, lorsqu'ils proposent respectivement de « reconquérir notre souveraineté monétaire » ou de « dénoncer les traités européens ». Il suffit de voir la chute dans laquelle le Royaume-Uni est entraîné pour saisir que là serait pour la France une sortie « braudélienne » de l'histoire. L'écrivain Elias Canetti l'avait intuitivement perçu : dans les époques de démesure, l'horizon européen est une protection indispensable contre la folie des temps qui viennent. De l'autre côté, la réponse d'Emmanuel Macron fait preuve de la même cécité face à l'impasse dans laquelle se situe l'Europe. Plutôt qu'une remise en question, une fuite en avant avec toujours plus de l'Europe qui n'a pas marché. Plus de bureaucratie, plus d'institutions ou d'agences – comme si une agence pouvait sauver la démocratie ! –, plus d'élargissements en direction des Balkans, comme il l'a appelé de ses voeux [lors du sommet de l'UE] à Trieste.

Ce qui est frappant, ce sont ces slogans incantatoires répétés sans discontinuer depuis des années : refonder l'espace Schengen, créer une Europe sociale… Des mots qui finissent par ne plus rien dire dans l'ère du soupçon. Des signaux multiples auraient pourtant dû alerter quant à la stérilité de cette approche. En deux ans, Emmanuel Macron n'est parvenu à aucun progrès sur la scène européenne ; aucune des idées du discours de la Sorbonne ne s'est traduite en actes. Pire, la France a rarement été aussi isolée et l'accueil glacial de sa tribune n'en est qu'un symptôme supplémentaire.

Car si la France veut refonder l'Europe, elle doit d'abord se redresser. Notre gestion économique calamiteuse, notre incapacité à nous réformer et à réduire l'excès de dépense publique font de la France l'homme malade de l'Europe. Et il est impensable que nos partenaires puissent recevoir les leçons d'un président responsable cette année du déficit public le plus élevé de toute la zone euro. Si la France veut refonder l'Europe, elle doit commencer par nettoyer ses écuries.

Mais il y a plus. Il faut changer de façon radicale notre approche du débat européen. Au milieu des années 1990 s'est ouvert un grand schisme. Un nombre croissant de Français et d'Européens votent contre le projet européen qui leur est présenté. Au lieu de chercher à le comprendre, on a pris ce vote pour ce qu'il n'était pas, un vote contre l'Europe. Les Français ne sont pas contre l'Europe ; ils sont contre ce qu'elle est devenue. Ils ne veulent pas la sortie de l'Europe ; ils veulent changer l'Europe. Ils le crient de plus en plus fort depuis des années. Et la seule réponse qu'on leur apporte, c'est soit toujours plus de l'Europe que vous ne voulez pas, soit plus d'Europe du tout. Il est temps de sortir de cette binarité stérile.

D'abord, l'Europe ne doit pas être le nom d'un vide. N'oublions pas qu'elle est une civilisation dont le mode de vie est aussi précieux que les valeurs. L'Europe ne vient pas de nulle part : elle est le fruit de trois traditions, gréco-latine, judéo-chrétienne et des Lumières. Dans une mondialisation déséquilibrée, nous portons une voix unique qu'il faut transmettre aux générations à venir. Ce combat est d'autant plus important face à la montée de l'islamisme qui menace les fondements de notre civilisation, que ce soit la liberté de conscience, la foi dans le progrès ou l'égalité entre les femmes et les hommes. Comment peut-on faire une tribune pour l'Europe sans même en dire un mot ?

Ensuite, prenons acte que l'Europe, parce que l'histoire des hommes est ainsi faite, ne pourra être conforme au rêve de Victor Hugo. Vouloir construire une Europe fédérale sur les décombres des nations est une profonde erreur. Quand le président n'évoque qu'une fois seulement la France en s'adressant aux citoyens européens, quand il parle de « souveraineté européenne », il se trompe de cap. C'est une faute de vouloir se débarrasser de la France dans l'Europe. L'Europe doit et devra s'appuyer sur les nations pour grandir et réussir. Redonnons au projet européen des pierres d'angle.

D'abord, il faut exclure tout nouvel élargissement. L'Europe y a perdu sa cohérence et sa capacité d'action. Il faut également organiser l'Europe en blocs de coopération, car aujourd'hui les pays qui ne veulent plus avancer bloquent tout l'édifice. Ensuite, il faut rompre avec cette passion du juridisme que notre esprit cartésien a exportée à Bruxelles. L'Europe des normes doit céder la place à l'Europe des projets. Acceptons que la Commission perde des compétences normatives mais soit directement pilote de grands projets d'infrastructures, tels que le Lyon-Turin ou la couverture du continent européen en 5G. Que l'on consacre nos énergies à une généralisation du programme Erasmus et à la recherche médicale, notamment contre Alzheimer. Le président écrit d'ailleurs une tribune sur l'Europe en ne mentionnant pas une fois l'agriculture, notre grande politique européenne dont le budget doit être préservé pour assurer notre souveraineté alimentaire.

L'Europe doit aussi assumer le rapport de force avec les géants du XXIe siècle. Notre droit de la concurrence est totalement inadapté. Cessons de privilégier l'intérêt potentiel du consommateur en ouvrant toujours plus notre marché intérieur, pour enfin privilégier nos emplois et les stratégies qui feront grandir nos champions. Quand le président se découvre partisan de la préférence européenne, je suis heureux de constater que celui qui a bradé Alstom à l'américain General Electric corrige son approche et rejoint nos positions.

Enfin, il nous faut revenir à la grande leçon du philosophe anglais Thomas Hobbes (1588-1679): une construction politique doit apporter un surcroît de protection et défendre ses frontières. Contrairement à ce que dit Emmanuel Macron, cela ne peut consister à répartir les migrants entre les pays européens. Il faut garantir à chaque Etat-membre la liberté d'accueillir qui il veut sur son sol.

Contre l'immigration de masse, nous proposerons une double protection : une protection aux frontières européennes pour ramener tous les bateaux de passeurs sur les côtes africaines, et une protection aux frontières nationales pour empêcher les entrées illégales en France. Emmanuel Macron passe à côté de ce défi majeur des décennies à venir, car il n'y a à ses yeux ni raisons ni moyens d'arrêter l'immigration de masse.

Pour nous redonner un avenir, il ne peut s'agir de poursuivre, plus vite, plus loin, ce qui a échoué. Il faut trouver un autre chemin. C'est indispensable pour notre démocratie. C'est indispensable pour l'Europe. L'enjeu de l'élection à venir au mois de mai n'est pas de savoir qui des extrémistes irresponsables ou des autoproclamés progressistes l'emportera, mais de sortir les Français et les Européens de cette impasse manichéenne dans laquelle on veut les enfermer. Oui, un autre choix est possible.

>> Lire la tribune sur LeMonde.fr

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Exigeons 5h d'activités d'intérêt général par semaine en contrepartie du RSA !

Il y a huit ans, Laurent Wauquiez fut l'un des premiers à dénoncer les dérives de l'assistanat et à proposer l'instauration de contreparties au versement du RSA. Huit ans plus tard, Edouard Philippe a évoqué cette idée. Idée immédiatement rejetée par son propre gouvernement...
Nous croyons à la politique sociale par le travail, pas à la politique sociale par l'assistanat ! L'un des grands maux de notre pays est d'enfermer dans l'assistanat de trop nombreux Français en ne valorisant pas assez la reprise d'un travail.
Nous demandons que soit modifiée la loi pour conditionner à au moins 5h d'activités d'intérêt général par semaine le versement du RSA.

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