23 juillet 2018

Président des Républicains, Laurent Wauquiez a confié dans une interview accordée au Figaro combien, dans l'affaire Benalla, « l'absence de sens de l'État, le dédain des usages républicains les plus élémentaires et un amateurisme inquiétant ne peuvent rester sans réponse ». Considérant qu' il y a eu « un pacte du silence qui va du ministre de l'Intérieur à l'Élysée », « une chaîne de complicité mise en place au cœur de l'État », Laurent Wauquiez estime qu'Emmanuel Macron « doit rendre des comptes aux Français ».

Comprenez-vous l'affaire Benalla ?

Polémiquer pour nuire au pouvoir n'est pas ma conception de la politique. Si les faits avaient été immédiatement révélés par l'Élysée, je ne serais pas intervenu. Mais l'absence de sens de l'État, le dédain des usages républicains les plus élémentaires et un amateurisme inquiétant révélés par cette affaire ne peuvent rester sans réponse. Que fait un personnage comme cela auprès d'Emmanuel Macron ? Venu du PS, déjà licencié par Arnaud Montebourg, un homme sur lequel on en apprend chaque jour un peu plus. Comment le président a-t-il pu lui confier de telles responsabilités ? L'État a le monopole de la violence légitime pour protéger les Français, c'est une responsabilité immense, il faut choisir avec discernement tous ceux qui ont un rapport avec l'usage de la force publique. Aucune légèreté n'est permise. Combien y a-t-il de Benalla dans la macronie ? Le président a-t-il un goût particulier pour les entourages sulfureux, comme au temps des cabinets noirs ?

Comprenez-vous le silence de l'Élysée ?

Le président se contente de balayer d'un revers de main : « Je n'ai pas d'explication à donner, c'est mon bon plaisir. » Ce silence en dit plus que tous les discours. Il s'y mêle de la morgue et du mépris.

Peut-on parler de scandale d'État ?

Le vrai scandale, ça n'est pas Benalla, c'est l'Élysée, l'Élysée qui fait le choix de la dissimulation. Si vos confrères n'avaient pas enquêté, il est évident que rien ne serait sorti. On cherche aujourd'hui à camoufler une affaire d'État derrière une procédure bien tardive de licenciement. Benalla rendra des comptes à la justice, mais Emmanuel Macron, lui, va devoir rendre des comptes aux Français. Il y a eu un pacte du silence qui va du ministre de l'Intérieur à l'Élysée, une chaîne de complicité mise en place au cœur de l'État. Qui était au courant ? Quand ? Pourquoi la justice n'a-t-elle pas été saisie ? Pourquoi a-t-on été jusqu'à instrumentaliser la police pour étouffer l'affaire ? De quels secrets Benalla est-il le détenteur pour avoir été ainsi protégé ?

Appelez-vous à la démission de Gérard Collomb ?

Aucun fusible ne fera oublier que tout a été piloté depuis l'Élysée. Emmanuel Macron était au courant lui-même depuis le début, comme son directeur de cabinet l'a lui-même avoué. On récompense même Benalla en lui octroyant un logement de fonction après l'affaire. Il y a aujourd'hui à l'Élysée un sentiment de favoritisme aveugle et d'impunité presque infantile.

Qu'est-ce que cette affaire dit, selon vous, de la pratique actuelle du pouvoir ?

Sous couvert d'un nouveau monde, cette affaire montre qu'Emmanuel Macron a en réalité recours aux pires pratiques de l'ancien temps. Cette République soi-disant irréprochable cachait une République de nervis. C'est le révélateur d'un ressort profond du rapport au pouvoir d'Emmanuel Macron. Pour lui, il n'y a pas de limites : donner des leçons à une retraitée sur la CSG, avoir la même familiarité avec les joueurs de foot ou avec le Pape, faire descendre à toute allure le bus des Bleus sur les Champs-Élysées, organiser un concert à l'Élysée avec des paroles obscènes, etc. L'exercice jupitérien du pouvoir conduit à cela. Ce sont aujourd'hui les outrances du macronisme qui viennent d'éclater au grand jour.

La République est-elle inaltérable comme l'a assuré Emmanuel Macron ?

Mais qu'est-ce que cela veut dire ? «La république est inaltérable et donc je peux tout me permettre »? Mais c'est tout l'inverse. La République est précieuse et fragile. C'est pour cela qu'elle a besoin de constance et d'un comportement qui inspire le respect. Dans les quartiers, dans le respect pour les forces de l'ordre, dans la conception du pays, comment faire respecter les règles si le président de la République et son entourage se permettent tout ? C'est un désastre pour l'autorité du président ; sa parole est durablement discréditée. Comment pourra-t-il encore parler d'exemplarité, comment pourra-t-il encore faire la leçon à un jeune qui l'appelle Manu ? On demande aux Français de respecter les lois, mais lui-même ne se fixe aucune règle. Montesquieu l'avait parfaitement compris dans L'Esprit des lois : pour que la démocratie tienne, il faut un principe de vertu. S'il ne tient pas, tout s'effondre. Il a pris rapidement acte de ses prérogatives. Mais a-t-il pris acte de ses responsabilités ?

Le macronisme est-il altéré selon vous ?

Très tôt j'ai eu des doutes forts sur la conception du pouvoir d'Emmanuel Macron. Cette affaire marque la fin de son discours sur la République exemplaire. Les Français comprennent que tout ceci n'était que communication et illusion. Derrière le décor de théâtre de la macronie, il y a de sombres coulisses. Jupiter, ce n'est plus le dieu qui agit, c'est le dieu qui se croit tout permis et se permet tout.

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