Laurent Wauquiez : « La droite n'est pas à vendre à la découpe à LREM ou au RN »

Publié le 04/06/2019

Dans un entretien au Figaro, le président démissionnaire de LR fait le bilan de son action à la tête du parti. « Si la droite n'oublie pas ses convictions ni ce qu'elle est, elle se reconstruira », affirme-t-il.

Vous avez annoncé dimanche sur TF1 votre démission de la présidence de LR. Pourquoi acceptez-vous cette dernière interview ?

C'est peut-être paradoxal mais je veux partager un espoir. Je crois en l'avenir de la droite même si tous les signes aujourd'hui montrent l'inverse : les âmes mortes chancellent ; les esprits perdent leur sang-froid. On n'est sûrement pas au bout des épreuves, je le sais bien. Mais j'appelle à garder l'espoir. Je suis convaincu qu'il y aura une reconstruction, même si cela prendra du temps. Pour cela, il y a néanmoins une condition essentielle : on a besoin d'une droite de convictions. La solution ne viendra pas d'une droite qui se dilue et ne dit plus rien. « L'adversité et les tribulations ont du bon parce qu'elles mettent à l'épreuve. Les attaques préparent aussi les renaissances », explique Péguy. Pour moi, cette phrase résume tout. Si la droite n'oublie pas ses convictions ni ce qu'elle est, elle se reconstruira. Et je le souhaite de tout cœur.

Qu'est-ce qui vous a finalement conduit à démissionner ?

Cette campagne, on l'a portée tous ensemble mais je savais que les victoires seraient collectives quand les défaites sont solitaires. J'étais le président de notre famille politique et c'est à moi qu'il revient de prendre mes responsabilités. Je me suis demandé au cours de cette semaine qui a été difficile quelle était la meilleure solution pour la reconstruction de la droite. Était-ce que je prenne du recul ? Ou au contraire fallait-il à tout prix que je reste sur le navire ? J'ai consulté très largement les uns et les autres, j'ai essayé de mettre les bonnes volontés autour de la table, j'ai regardé si c'était possible. Mais j'ai vu le danger du retour de la guerre des chefs, le désir de revanche et au fond un état d'esprit que j'ai connu par le passé et qui m'a écœuré, comme pendant l'affrontement Copé-Fillon ou pendant la présidentielle. Je me suis dit tout sauf ça car je sais à quel point cela est mortel. J'en ai tiré la conclusion que si ma présence était un obstacle, alors il fallait partir. J'espère que ma démission permettra de sortir de la querelle des personnes et de travailler sur le fond. Au fond, il y a deux chemins pour la droite. Entre le reniement et les convictions, j'ai clairement choisi.

Mais vous ne remettez pas en cause votre ligne politique malgré le résultat ?

Comment croire que l'on peut se reconstruire si on se met à dire, au lendemain d'une élection, l'inverse de ce qu'on a porté pendant des semaines ? Je fais partie de ceux qui disent la même chose avant et après une élection qu'on la gagne ou qu'on la perde. Et je me refuse à cette idée qu'on rajoute à la défaite le déshonneur du reniement. Je ne renie pas ce que nous avons porté avec François-Xavier Bellamy, je ne renie pas la campagne que l'on a faite. Ce qui a tué la droite, c'est le sentiment qu'elle remet en cause sa ligne tout le temps, qu'elle n'a plus de colonne vertébrale ni de constance. Ça ne servirait à rien. La droite ne se reconstruira pas en vendant ses convictions pour se racheter de la défaite des européennes. Le problème, ce n'est pas la ligne, c'est que les gens ne nous croient plus. Il faut d'abord des paroles claires. Ensuite de la constance dans les idées que l'on défend. Et surtout il faut des actes forts là où nous sommes en responsabilité, notamment dans les collectivités locales.

Ne manquait-il pas une autre jambe pour accompagner la ligne conservatrice que vous défendiez ?

Je ne sais pas ce que ça veut dire de choisir entre deux jambes. Évidemment que la droite doit à la fois parler d'économie et de régalien, à la fois de social et de notre identité. J'ai été un des premiers à parler de la dérive de l'assistanat par rapport au travail et à poser la question des classes moyennes ; je me suis inquiété très tôt de la montée de l'islamisme. Mais au nom de quoi faudrait-il choisir entre l'un et l'autre ? Est-ce que ça veut dire que parce qu'on est attentif à la dérive de l'islamisme, on ne doit pas avoir de discours sur la baisse des impôts ?

Certains vous reprochent pourtant d'avoir parlé beaucoup d'identité et d'héritage sans vous adresser aux classes urbaines, aux jeunes, aux femmes.

Les classes urbaines ne seraient pas préoccupées par les questions d'immigration ? Les jeunes et les femmes ne seraient pas préoccupés par le communautarisme ? Je ne crois pas à ça, je ne crois pas que l'avenir de la droite se fasse dans un dilemme où on se coupe de la moitié de ce que l'on est et de ce que l'on croit. La droite doit assumer la totalité de son corpus et son identité politique.

Vous n'avez pas du tout parlé d'écologie. Le regrettez-vous ?

Oui, c'était une erreur. La droite doit rapidement s'en saisir et sortir de sa torpeur. L'écologie, c'est le territoire, un héritage, une transmission. Ce sont des questions qui sont profondément portées par la droite. C'est à nous de sortir l'écologie d'un discours uniquement de gauche pour construire un discours positif.

Beaucoup d'électeurs LR ont voté LREM ou RN. Que s'est-il passé ?

On nous a annoncé depuis deux ans la fin de l'opposition entre la gauche et la droite. Cette mécanique a consisté à réduire la démocratie à deux nouveaux pôles : les populistes contre les progressistes. Le résultat, c'est une politique triste parce que l'on vote principalement contre, contre Emmanuel Macron ou contre Marine Le Pen. Derrière, il reste un goût d'amertume dans la bouche. Les électeurs LR qui ont voté RN savent aussi qu'il y a toute une partie du RN qui lorgne l'extrême gauche et que le discours économique n'est pas sérieux. De l'autre, il y a un doute profond qui reste dans les têtes des électeurs de droite sur la réalité du macronisme. Bien sûr que pour quelqu'un de droite, l'effet d'optique et de comparaison avec François Hollande a créé un trouble. Mais une fois qu'on accepte de regarder la réalité du pays en face, ce qu'on voit n'est pas satisfaisant : dérive de la dépense publique, laxisme sur le régalien, et une pensée libertaire. Il y a trop de parfum de gauche pour que cela réponde aux aspirations d'un esprit de droite. Voilà pourquoi je crois profondément à l'avenir de la droite en France.

En quoi LR justement peut-il être utile dans le débat ?

Ni LREM ni le RN ne peuvent redresser le pays. L'un parce qu'il s'arrête à mi-parcours, l'autre parce qu'il est discrédité par ses excès. Je crois profondément qu'il y aura un retour à une attente d'autre chose que l'affrontement stérile entre Emmanuel Macron et les extrêmes. Pour ça, il y a des conditions essentielles dans la façon dont la droite doit se reconstruire. Si la droite se conçoit comme un supplétif d'En marche, soit en créant un grand parti mou de centre droit, soit en cédant aux sirènes des extrêmes et en courant derrière le RN, alors elle sera morte. Le macronisme comme l'extrême droite sont en train de fracturer le pays en opposant les uns aux autres. Je le dis à mes amis : il ne faut pas baisser les bras, il ne faut pas renoncer.

Qu'est-ce qui va se passer désormais à la tête de LR ?

La reconstruction durable des Républicains ne peut pas se faire sans ses militants, ses bénévoles et ses élus de terrain.

L'avenir de LR passe-t-il par un autre parti de droite ?

L'avenir de la droite n'est pas dans un parti attrape-tout qui ne dit plus rien. L'avenir de la droite n'est pas de se reforger en cherchant des alliances parce que l'on n'aurait pas le courage de se poser les questions de fond. La droite n'est pas à vendre à la découpe à LREM ou au RN. Il faut repartir du cœur de la politique : quel est le sens de l'intérêt général que nous portons, que faire pour que la France ait un avenir ? Nous devons réaffirmer ce que nous sommes. Si on est à droite, c‘est parce que nous sommes attachés à l'identité de la France. Comment le faire ? En remettant le travail au cœur de la société française. Car c'est le seul moyen de redresser notre économie, de redonner du pouvoir d'achat. Mais plus fondamentalement le travail est une valeur, que nous défendons par opposition à l'assistanat. La droite, c'est la défense du travail.

Reconnaissez une part personnelle dans cet échec ?

Je me suis posé beaucoup de questions cette semaine. Cela a été évidemment éprouvant sur un plan personnel. Parfois, j'ai un caractère trop emporté, je le reconnais. Parfois, j'aurais dû avoir une parole moins directe, je l'admets. Prendre du recul me fera sûrement du bien. Mais il y a une chose qu'on ne peut pas me reprocher : depuis des années, je porte les mêmes convictions. J'aimerais que cette part de vérité me soit reconnue. Les gens jugeront sur la durée.

La présidentielle de 2022, vous y pensez encore ?

Aujourd'hui, devant l'immensité de la tâche de reconstruction qui est celle de la droite, vous ne croyez pas qu'il serait indécent pour quiconque de penser à une ambition présidentielle ? À la place qui sera la mienne, je soutiendrai toutes les initiatives qui permettront de reconstruire la droite à laquelle je crois.

>> Lire l'interview sur LeFigaro.fr

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Exigeons 5h d'activités d'intérêt général par semaine en contrepartie du RSA !

Il y a huit ans, Laurent Wauquiez fut l'un des premiers à dénoncer les dérives de l'assistanat et à proposer l'instauration de contreparties au versement du RSA. Huit ans plus tard, Edouard Philippe a évoqué cette idée. Idée immédiatement rejetée par son propre gouvernement...
Nous croyons à la politique sociale par le travail, pas à la politique sociale par l'assistanat ! L'un des grands maux de notre pays est d'enfermer dans l'assistanat de trop nombreux Français en ne valorisant pas assez la reprise d'un travail.
Nous demandons que soit modifiée la loi pour conditionner à au moins 5h d'activités d'intérêt général par semaine le versement du RSA.

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