16 avril 2018

Dans une interview au JDD, le président des Républicains étrille un chef de l'État qui « s'adresse uniquement à ceux qui n'ont pas de problèmes ».

Comment avez-vous jugé la prestation d'Emmanuel Macron, jeudi au 13 h de TF1 ?

Ce qui me frappe, c'est qu'Emmanuel Macron ne ressent pas le pays et ne comprend pas la France. Il ne comprend pas le ras-le-bol des classes moyennes : il augmente les impôts de 4,5 milliards d'euros cette année, il n’a pas un mot sur leur appauvrissement. Il ne sait pas non plus ce que c'est, d'être un retraité en France avec 1200 euros. Il s’était engagé à ce que seuls les retraités les plus aisés paieraient la hausse de la CSG : c’est faux. Il a menti. Et il ne comprend pas plus les millions de Français obligés de prendre leur voiture pour aller travailler, parce que tout le monde n'a pas le métro. L'augmentation de la fiscalité sur l'essence et des prix des contrôles techniques, ainsi que les 80 km/heure généralisés le montrent : il est déconnecté de la vie quotidienne de nos compatriotes. Le candidat de la feuille de paie est en train de devenir le président de la feuille d'impôt !

Il a donc tout faux, à vous entendre ?

Mon opposition est très déterminée, mais en aucun cas sectaire. Ainsi, je soutiens la réforme de la SNCF qui, même si elle est incomplète, va dans la bonne direction. Si j'étais parlementaire, je la voterais. Faut-il que l'Etat reprenne la dette de la SNCF ? Cela reviendrait à dire que ce sont encore les Français qui vont payer. Sur ce sujet, comme sur beaucoup d'autres, le macronisme est un illusionnisme. Quel est le projet de redressement de la SNCF? Quelle vision pour les petites lignes ou les investissements stratégiques ? Je soutiens la réforme du statut des cheminots, mais il n'y a aucun projet en face pour l'entreprise. On ne peut pas dire aux Français : "rien ne va changer à la SNCF, mais vous allez payer la dette". Avec Macron, les mots peuvent être séduisants, mais dès qu'on gratte le vernis, les doutes assaillent. Ainsi, il n'y a pas d'économies sur les dépenses publiques.

Macron a démenti être le "président des riches", en assurant que les riches n'avaient « pas besoin » d’un président...

Voilà une grande phrase... qui ne veut rien dire ! Regardons les faits : 42% des allègements d'impôts sont concentrés sur les 5% les plus riches. Je n’ai pas de problème à ce qu’On supprime l'ISF, mais ce qui me gêne c’est qu’on ne fait rien pour l'impôt sur le revenu. Les catégories les plus frappées par les hausses d'impôts, ce sont les classes moyennes. Je sens se creuser dans notre pays un gouffre entre une France connectée à la mondialisation, qui réussit, et une autre France qui a le sentiment d'être abandonnée et laissée à quai. Emmanuel Macron s'adresse uniquement à ceux qui n’ont pas de problème, il n’a pas compris qu’il fallait réunir les deux France. Vous aviez dénoncé une « haine de la province » chez Macron. Il répond que les territoires ruraux ne sont pas abandonnés et que les dotations des petites communes n'ont pas baissé... Ma différence avec Emmanuel Macron, c’est que je ne suis pas passé de l'Elysée à Bercy puis de Bercy à l'Elysée. Moi, c'est Haute-Loire et Auvergne-Rhône Alpes. Oui, les dotations des collectivités ont encore baissé cette année. Oui, il y a plus de 1000 fermetures de classes en zone rurale. Oui, 1100 km de petites lignes ferroviaires sont menacées de fermeture. Oui, il s'apprête à réinjecter des milliards d'euros sur les banlieues alors qu'il n'y a aucune politique pour les campagnes. Ce n’est pas avec une gentille interview dans une classe rurale que vous répondez à ces problématiques.

Concernant les retraités et la CSG, le président a dit « merci » aux « anciens ». Ceux-ci l'ont ils compris ?

Donner une leçon de macroéconomie à des retraités qui ont peur pour leur pouvoir d’achat et leur dire merci avec un sourire, c’est indécent. Il a tort de stigmatiser les retraités, qui ne sont pas des privilégiés et qui ont travaillé dur. Et où en est-on de la réforme des régimes spéciaux de retraite ? Nulle part. C’est facile de demander aux retraités de payer la CSG, mais où sont les efforts pour traiter les vrais problèmes ?

Face au terrorisme, le président fait-il preuve de l'autorité nécessaire ?

Il sous-estime gravement l'ampleur de la menace que représente l’intégrisme islamique. Il explique que c'est une extraordinaire performance d'avoir fermé trois mosquées, alors qu'on estime à plus d'une centaine les mosquées salafistes en France. On a expulsé 20 étrangers radicalisés alors qu'ils seraient plus de 3000 selon le ministère de l'intérieur ! Il veut « réguler » les financements étrangers de mosquées quand il faudrait les interdire. Depuis trois ans, avec constance, nous mettons des propositions très concrètes sur la table : l'expulsion des fichés S étrangers; l'interdiction du retour des djihadistes en France ; le placement en rétention administrative des individus radicalisés les plus dangereux, la création d’ un délit d'incitation à la haine contre la France.

Mais des arguments de droit s'opposent à ces mesures, notamment la nécessité d'une décision de justice...

Ce n'est pas à la lutte terroriste de s'adapter au droit, mais au droit de s'adapter à la lutte contre le terrorisme. Aujourd'hui, nous faisons comme si nous n‘étions pas en guerre. Alors que nos ennemis, eux, nous font la guerre. Mais Emmanuel Macron persiste dans l'aveuglement. Il n'est absolument pas à la hauteur du défi.

Quelle est votre position sur la loi asile immigration, en débat à l'Assemblée ?

Alors que nous n’avons jamais accueilli autant d'immigrés, 262 000 en 2017, il n'y a aucune volonté sérieuse d’en diminuer le nombre. La France est soumise à une pression communautariste comme jamais. Et que fait le gouvernement ? Il propose d'étendre encore le regroupement familial : des mineurs pourront faire venir non seulement leurs parents, mais aussi les frères et sœurs. C'est totalement déraisonnable.

Que pensez-vous de l’évacuation de Notre-Dame-des-Landes ?

Notre-Dame-des-Landes, c’est le symbole de la capitulation de la République. Encore heureux qu'on évacue la zone : on a tout cédé aux zadistes ! On a abandonné le projet qu'ils combattaient. Et après seulement trois jours, la préfète annonce qu'on arrête les évacuations! Ce n'est pas sérieux. Je le dis à nos compatriotes : ne vous laissez pas abuser par de belles paroles, regardez les faits. Eux ne mentent pas.

Avec un président qui ne cesse de tirer des bords entre droite et gauche, votre parti n'a-t-il pas une difficulté à s'opposer, notamment sur les sujets économiques ?

Soyons clairs : on n'est pas de droite quand on augmente les impôts, quand on ne baisse pas le nombre de fonctionnaires, quand on baisse la garde sur le régalien, et quand on accueille autant d'étrangers dans le pays. Oui, la droite est sortie en ruines de l'élection présidentielle. Mais je veux rebâtir une droite avec une colonne vertébrale. Moi, je ne fais pas dans le : "en même temps". Je ne cherche pas à plaire à tout le monde comme le président. Je ne crois pas que l'ambiguïté permanente soit notre horizon. Je veux dire tout haut ce que les Français pensent tout bas.

Mais il reste difficile, pour la droite, de s'opposer par exemple à la privatisation de la Française des Jeux ou d'Aéroports de Paris...

Tout ce qui permet de renforcer l'initiative privée, nous le soutenons. Mais là, j’ai le sentiment que l'on brade, à la hâte, parce qu'on n'est pas capable de faire le ménage dans la dépense publique. On a besoin d'un Etat stratège, pas d'un président qui vend le pays aux enchères.

Que pensez-vous de la future réforme constitutionnelle ?

Il s'agit en réalité de payer le soutien apporté pendant la présidentielle à Emmanuel Macron par François Bayrou, en lui donnant la proportionnelle. Ni plus, ni moins. Si on fait une réforme constitutionnelle, je demande qu’on fasse bouger les lignes sur deux sujets qui concernent vraiment les Françaisla lutte contre le terrorisme et l’inscription du service minimum dans la Constitution pour ne pas subir ce blocage du pays par les syndicalistes.

Faut-il « réparer » le lien qui serait « abîmé » entre l’Eglise et l’Etat, à en croire le président ?

Qu'on s’adresse aux catholiques dans notre pays, tant mieux. Mais j'ai un sentiment étrange de duplicité : je mets en garde contre de belles paroles... avec un risque de réveil brutal. La réalité, c'est qu'il s'apprête à mettre en place la PMA, à l'opposé des valeurs défendues par nombre de catholiques. Je n'aime pas ces numéros d'équilibriste. A force de tout vouloir faire en même temps, le danger, c'est de tromper tout le monde.

Quand Macron s'adresse spécifiquement aux catholiques ou aux retraités, ne chasse-t-il pas sur vos terres ?

Vous me demandez si son obsession c’est d’asphyxier la droite et s’il pratique une politique de marketing pour séduire telle ou telle catégorie d'électeurs? Il m'arrive parfois de le penser... Mais les Français décryptent mieux que personne les stratégies politiciennes. Sur la durée, c'est toujours la vérité qui l'emporte.

Quand on lui a demandé ce que lui inspiraient vos propos, enregistrés à votre insu, à l’EM Lyon, Macron a répondu qu’il ne vous trouvait pas « inspirant ». Il vous inspire, lui ?

Je pense surtout qu'il inspire de moins en moins les Français. Et vous, où en est votre projet? Quand je suis arrivé à la tête des Républicains, il n'y avait plus d'alternative crédible face à Macron. Mon premier travail a été de restaurer une parole d'opposition. Ensuite, j'ai voulu que Les Républicains sortent de l'ambiguïté : une droite qui soit à droite. Mais je souhaite que quand on s'oppose, on propose. C'est notre différence fondamentale avec l'extrême gauche ou l'extrême droite: quand les Français nous regardent, ils se disent qu'ils peuvent nous confier le destin du pays.

Soutenez-vous les frappes en Syrie ?

Si l'usage d'armes chimiques est avéré, Bachar el Assad devra répondre de ses actes. La CPI existe précisément pour cela. Mais je ne crois pas à l'utilité de frappes punitives. Frapper pour frapper, pour donner le sentiment de faire quelque chose, sans qu'il y ait une quelconque stratégie derrière, je n'en comprends ni l'utilité, ni le sens. La priorité du président à l’international doit être de lutter contre les islamistes. Notre priorité absolue, c'est d'empêcher Daech de pouvoir contrôler un pays. La CPI, ça existe.

Allez-vous exclure Thierry Mariani ?

J’ai toujours été sans ambiguïté : pas d’alliance avec le Front national. C’est la ligne des Républicains. La position de Thierry Mariani est totalement isolée dans notre famille, et s’il devait passer aux actes, il ne ferait plus partie de notre mouvement

Emmanuel Macron sera ce soir (dimanche) sur BFM : quelle question aimeriez-vous lui poser ?

Il y a sur notre sol des étrangers fichés pour radicalisme. Le droit le permet, rien ne s'y oppose, pourquoi refuse t-il de le faire alors que c'est le bon sens ?

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