Avec Jérôme Fourquet, le quinzième Rendez-vous des idées s'est intéressé à la France fragmentée

Publié le 05/04/2019

Directeur du département Opinion de l'institut de sondages IFOP, Jérôme Fourquet était, mercredi soir, l'invité du quinzième Rendez-vous des idées. L'occasion, autour de son livre L'archipel français, de dresser le panorama des bouleversements qui ont transformé profondément la société française depuis quatre décennies.

Ce mercredi soir, Guillaume Larrivé était entouré de très nombreux parlementaires dont les sénateurs Muriel Jourda (Morbihan), Guillaume Chevrollier (Mayenne), Sébastien Meurant (Val-d'Oise), les députés Valérie Boyer (Bouches-du-Rhône), Josiane Corneloup (Saône-et-Loire), Isabelle Valentin (Haute-Loire), Charles de la Verpillère (Ain), Didier Quentin (Charente-Maritime) et Raphaël Schellenberger (Haut-Rhin) pour accueillir Jérôme Fourquet.

Celui qui est également expert en géographie électorale offre dans son dernier ouvrage, L'archipel français (éditions du Seuil) - qui vient de recevoir, samedi dernier, le Prix 2019 du livre politique - une véritable boîte à outils « de nature à expliquer, éclairer ce qu'est devenue la société française ».

S'appuyant sur des cartographies électorales, sur l'anthroponymie attachée à l'étude de l'évolution des prénoms, sur des sondages mesurant les comportements, les attitudes, les croyances, les évolutions, Jérôme Fourquet dresse un vaste panorama de la société française depuis les quatre dernières décennies sur les plans idéologiques, anthropologiques, sociaux etc. Avec un constat général, « celui d'une archipelisation de la société française qui s'explique par une fragmentation sans précédent de notre tissu social et culturel. La France ne forme plus une seule communauté mais est devenue un ensemble d'îles et d'îlots tel une nation multiple et divisée », explique le sondeur.

Chiffres à l'appui, que cela soit ceux de l'INSEE ou de l'église catholique, Jérôme Fourquet constate un « grand basculement anthropologique ». Avec l'effondrement, notamment, de deux socles qu'il qualifie de « matrice catho-républicaine » que sont l'église catholique et son pendant, « l'Église rouge », à savoir le parti communiste français. « Le catholicisme structurait en profondeur notre vision du monde, notre rapport à notre corps et organisait une série de pratiques. Cette matrice catholique qui était très prégnante est en déclin », constate Jérôme Fourquet pointant la « déchristianisation de la société française ». « Nous sommes arrivés au stade terminal de cette déchristianisation. Les catholiques existent toujours mais le bloc catholique n'est plus en mesure de peser significativement sur les choses ou d'imprégner en profondeur les façons de vivre », souligne-t-il. Et pour mieux illustrer son propos, il l'accompagne de statistiques sur le prénom Marie donné à 20% des filles française dans les années 1900 (10% à Paris et 47% dans le Morbihan) contre moins de 1% en 2016. Et évoque également la progression du nombre de naissances hors mariages (de 10% à 40% en un demi-siècle), la préférence pour l'incinération à l'enterrement, l'évolution de la société face à la PMA... De même, « le pôle républicain et laïc dont le Parti communiste français a été le cœur battant est également en crise. Avec lui, il y avait une sociabilité, une organisation. Les communistes ne sont que l'ombre de ce qu'ils étaient et ne pèsent plus non plus sur la marche de la société », constate l'invité.

À cet effondrement du socle catholique français, cette dislocation du Parti communiste, Jérôme Fourquet ajoute d'autres faits qui ont conduit à cette « atomisation de la société », phénomène selon lui « irréversible », comme la fin de la conscription, la chute « drastique » du nombre d'enfants envoyés en colonies de vacances, la « spectaculaire » diversification des prénoms, l'attrait des grands médias qui, hier, « donnaient une grille de lecture commune et agrégeaient des groupes d'opposition. Cela donnait un univers commun ». Depuis les réseaux sociaux sont arrivés...

« Tout se disloque sous ou avec le concours du développement de l'individualisme qui a fait sauter des cadres de notre société », constate encore Jérôme Fourquet qui n'oublie d'évoquer combien, depuis les années 70, la société est confrontée à des phénomènes migratoires massifs qui ont abouti à ces modifications ethno-culturels. « 18% des naissances en 2016 portent des noms arabo-musulmans. La société française a toujours été diverse mais désormais elle n'est plus homogène sur le plan culturel. L'immigration a provoqué une hétérogénéité démographique que le pays n'a jamais connue. La France est devenue une société multiculturelle », remarque le sondeur.

Jérôme Fourquet pointe également la « sécession » entre les élites et les catégories populaires. « Aujourd'hui, on a des élites qui, de par leur nombre important et suffisamment concentrées, vivent de plus en plus en vase clos et de moins en moins en contact avec le reste de la population. Une homogénéisation des territoires s'effectue au moment où des institutions qui permettaient de se frotter aux autres, comme le service militaire, ont disparu. Une partie de ces élites qui vit comme des touristes dans leur propre pays s'est coupée de la société française. Elle se trouve plus d'affinités avec des personnes partageant le même métier à Berlin, Londres ou Bruxelles qu'avec des concitoyens à Saint-Fargeau », note Jérôme Fourquet rappelant combien l'Église catholique et le Parti communiste permettaient des « brassages sociaux en silo et non en millefeuille comme aujourd'hui ».

Et à côté de la sécession des élites, Jérôme Fourquet évoque en parallèle l'«autonomisation » des catégories populaires, celle des caristes, des familles monoparentales, des employés de la logistique « qui a rejailli dans le mouvement des gilets jaunes et qui a adressé un énorme bras d'honneur à la France d'en haut » sur fond de frustration. « La consommation est devenue l'alpha et l'oméga de l'épanouissement. Vous pouvez avoir objectivement un niveau de vie meilleur que celui de vos parents et ressentir l'inverse. C'est une machine à frustration énorme », note Jérôme Fourquet pointant au passage le « degré d'aveuglement » de la société qui, par exemple, propose la météo des neiges alors que 5% de la population va au ski !

Pour Jérôme Fourquet, l'élection présidentielle « était tout sauf un accident. Avec cette élection, nous avons eu une mise en conformité du paysage électoral. La bipolarité laïcs contre catholiques s'est effondrée comme un château de cartes. 2017 a été le point de bascule », relate le sondeur se remémorant un certain nombre de « secousses majeures », pas forcément entendues. Que cela soit, dans les années 1982-1983, l'« irruption » de l'extrême-droite et l'« apparition au grand jour » de la population immigrée avec "la Marche des beurs" (Marche pour l'égalité et contre le racisme); 1992 et le traité de Maastricht « qui vient fracturer les deux blocs politiques historiques avec la France du oui et la France du non » ; les émeutes de 2005 dans les banlieues ; 2015 avec les attentats. 

Si le clivage droite-gauche n'a pas encore disparu, « il n'est plus le clivage central », note Jérôme Fourquet évoquant un « paysage électoral instable ».

« Si le paysage est en décomposition politique, la recomposition n'est pas achevée », reprend Guillaume Larrivé. « Nous ne sommes pas condamnés à la répétition du 2nd tour de l'élection présidentielle et c'est la raison pour laquelle nous, les Républicains, refondons notre parti, nous recréons un espace qui n'est ni la soupe macroniste, ni la brutalité extrémiste », note le Secrétaire général délégué au projet pour qui « l'important est la capacité de réconciliation de la nation, de réunification des territoires, de réconciliation de la France d'aujourd'hui et d'hier. C'est pour cela que l'on croit à la force de l'idée nationale », conclut-il.

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Exigeons 5h d'activités d'intérêt général par semaine en contrepartie du RSA !

Il y a huit ans, Laurent Wauquiez fut l'un des premiers à dénoncer les dérives de l'assistanat et à proposer l'instauration de contreparties au versement du RSA. Huit ans plus tard, Edouard Philippe a évoqué cette idée. Idée immédiatement rejetée par son propre gouvernement...
Nous croyons à la politique sociale par le travail, pas à la politique sociale par l'assistanat ! L'un des grands maux de notre pays est d'enfermer dans l'assistanat de trop nombreux Français en ne valorisant pas assez la reprise d'un travail.
Nous demandons que soit modifiée la loi pour conditionner à au moins 5h d'activités d'intérêt général par semaine le versement du RSA.

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