02 août 2018

Dans une interview publiée ce jeudi dans Le Figaro, Jean Léonetti, Vice-président délégué des Républicains et maire d'Antibes estime que l'affaire Benalla révèle « la faute de l'Élysée de se voir comme un pouvoir solitaire et déconnecté du réel ». « Le pouvoir ne pourra plus nous servir sa "République exemplaire" », estime le 1er Vice-président des Républicains qui ne voit pas d'avenir à la réforme constitutionnelle « dont l'objet est d'affaiblir les pouvoirs du Parlement »...

LE FIGARO. - Qu'a changé l'affaire Benalla dans les rapports entre la majorité et l'opposition de droite ?

Jean LEONETTI. - C'est un vrai tournant qui met fin à une forme d'attentisme, de bienveillance, notamment dans les rangs de la droite, à l'égard d'Emmanuel Macron. Beaucoup se sont dit: « On va lui donner sa chance, après tout, il est jeune... » Il est désormais bien clair qu'au-delà de ce jeunisme, il y a surtout beaucoup d'amateurisme. Le pouvoir ne pourra plus nous servir sa « République exemplaire » et son « nouveau monde ». On sort d'une période d'un an où le peuple, lui aussi, a donné sa chance au président. Il voulait regarder avant de juger. Cette période est désormais terminée, et l'affaire Benalla a démontré que le nouveau monde, c'est l'ancien en pire. En tant que force d'opposition, nous entrons désormais dans une nouvelle phase, celle d'une opposition proposante qui continuera à faire son travail de critique.

Cette affaire a en tout cas déjà fait une victime: la révision constitutionnelle, dont le calendrier a été reporté.

On peut considérer que cette réforme est une victime collatérale de l'affaire Benalla. Mais pas seulement. Son report « sine die » est également lié à une perte de crédibilité plus générale de l'exécutif. Plus les mois passent, plus le président est bunkérisé et plus la majorité est caporalisée. Cela ne donne pas une bonne image de la démocratie.

Les agissements de M. Benalla révèlent la faute de l'Élysée de se voir comme un pouvoir solitaire et déconnecté du réel. Après n'avoir eu de cesse de casser les corps intermédiaires, le chef de l'État attaque désormais nommément la presse et l'opposition. Comment, dans ce contexte, faire adopter une révision constitutionnelle dont l'objet est, en plus, d'affaiblir les pouvoirs du Parlement ? Le président doit comprendre que la Ve République, ce n'est pas le pouvoir d'un seul. Cette quête de pouvoir absolu va lui coller à la peau.

Dans les rangs de la majorité, beaucoup poussent pour que les discussions sur le premier volet de cette réforme institutionnelle reprennent dès septembre. Y êtes-vous favorable ?

Je ne vois pas d'avenir à cette révision constitutionnelle. Aborder cette réforme, en septembre, dans le contexte actuel, est une erreur. J'y suis opposé. La révision constitutionnelle n'était pas prioritaire hier, elle l'est encore moins aujourd'hui. Elle n'est pas au cœur des attentes des Français, contrairement à la croissance, la baisse du chômage où l'impératif de baisse de nos dépenses publiques. Contrairement à la révision constitutionnelle impulsée par Nicolas Sarkozy en 2008, qui a redonné plus de pouvoir au peuple et au parlement, celle-ci n'apporte pas plus de démocratie.

Si les discussions reprennent bien à la rentrée, faudra-t-il que ce soit sur des bases nouvelles ?

Le climat est différent. Le président du Sénat, Gérard Larcher, est un homme intelligent et averti, sa parole aura encore plus de poids à la rentrée. Avant cette affaire, nous avions un peu l'impression qu'il y avait un marché de dupes entre le pouvoir et l'opposition, qui se voulait constructive. Nous sommes en faveur d'une réduction du nombre de parlementaires. Mais quand on voit les réussites auxquelles mène la proportionnelle en Italie ou en Allemagne, on se dit qu'il serait temps d'avoir la sagesse d'avancer désormais sur les réformes qu'attendent réellement les Français.

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