11 juillet 2018

Dans une interview accordée au Parisien, Gérard Larcher, président "les Républicains" du Sénat et sénateur des Yvelines revient sur le discours du président de la République devant le Congrès, lundi, qui « tenait plus d'un catalogue, sans véritable colonne vertébrale, sans cap. Il ne comprend pas non plus la méthode de l'exécutif pour refonder le modèle social « alors que les syndicats, le patronat et le Parlement en ont déjà discuté pendant des mois ». Une semaine après le Conseil national qui s'est tenu à Menton, Gérard Larcher se félicite du projet européen des Républicains qui « défendra une ligne pro-européenne, une Europe qui protège, innove, qui répond à la politique unilatéraliste des États-Unis, qui libère de la technostructure, et une Europe aussi qui fait confiance aux nations. »

Qu'avez-vous pensé du discours d'Emmanuel Macron devant le Congrès, lundi ?

J'ai trouvé qu'il tenait plus de la réponse à une interview du 14 Juillet que du discours d'un président de la République à la représentation nationale. J'ai apprécié, c'est vrai, que le chef de l'État rende hommage au bicamérisme. Mais à un moment où la cohésion européenne est menacée, où notre pays est soumis à de très fortes tensions, ce discours, long, tenait plus d'un catalogue, sans véritable « colonne vertébrale », sans cap. Je regrette aussi qu'il n'y ait pas eu un mot sur la Nouvelle-Calédonie alors que ses habitants sont à la veille d'un référendum capital.

Emmanuel Macron souhaite, dès le Congrès prochain, pouvoir dialoguer avec les parlementaires. Y êtes-vous favorable ?

Cette idée lancée de façon totalement impromptue bouleverserait tout l'équilibre de la Ve République. Elle reviendrait à reconnaître le cumul entre les fonctions du Président de la République et du Premier ministre. Et je suis contre un tel cumul. Notre président de la République est un arbitre et doit le rester pour ne pas être ballotté par les combinaisons politiques du moment. Le Premier ministre dirige l'action du gouvernement et doit rester le seul responsable devant le Parlement.

Le président veut refonder le modèle social à la française. Vous êtes d'accord avec lui ?

Il est urgent de redéfinir l'État Providence. Notamment sur la question délicate de la pauvreté. C'est la méthode que je ne comprends pas. Reconvoquer les partenaires sociaux le 17 juillet pour parler du chômage ou de la formation, alors que les syndicats, le patronat et le Parlement en ont déjà discuté pendant des mois ! C'est rabaisser le dialogue social. Sur les retraites, la politique familiale, la dépendance, le logement, la politique de la ville, le Sénat a travaillé et produit des rapports sur la plupart de ces questions. Un nouveau contrat social, oui, et je suis prêt à y participer dès maintenant. Mais à condition de donner toute leur place aux partenaires sociaux et au Parlement.

Sur l'Europe, le président vous a convaincu ?

Il résume la question européenne à une confrontation entre progressistes et nationalistes. Pas un mot sur le Brexit ! Pas un mot sur les difficultés de la chancelière allemande. Alors que l'Europe est soumise à une crise migratoire qui peut amener à sa déconstruction, il nous parle de « déportations de migrants à travers l'Europe. » Si on continue à défendre une vision aussi simpliste, on court le risque de voir les peuples se réveiller. Et moi, je ne veux pas me réveiller Hongrois, Slovène, Autrichien ou Italien. Je suis favorable à renforcer les moyens de Frontex, à ce que l'Europe se mette d'accord sur un droit de l'asile, à ce que l'Europe protège plus et mieux. Je ne suis pas pour une Europe fédéraliste.

L'examen de la réforme constitutionnelle a commencé ce mardi à l'Assemblée. Quelle est votre position aujourd'hui sur le sujet ?

Il y a quatre principes sur lesquels je ne transigerai pas. Tout d'abord, les droits du Parlement. Je ne laisserai jamais toucher au droit d'amendement ni aux prérogatives de la Commission mixte paritaire. Il n'est pas question non plus d'abandonner le département (ou les collectivités à statut spécifique) comme territoire d'élection. Troisièmement, il est indispensable que le nombre de sénateurs soit inscrit dans la Constitution. Si je ne suis pas opposé à la diminution du nombre de parlementaires, elle doit se réaliser en tenant compte de la juste représentation des territoires. Enfin, je m'oppose vigoureusement au projet agité actuellement qui consisterait à renouveler en totalité le Sénat en 2021 alors que la moitié des sénateurs ont leur mandat qui s'achève deux ans plus tard.

Un vote favorable de votre part est possible ?

Je pense qu'il y a un réel dialogue entre l'Assemblée nationale et le Sénat. J'observe que Richard Ferrand, le président du groupe LREM au Palais Bourbon, Marc Fesneau, président du groupe MoDem, l'un et l'autre rapporteurs de la réforme des institutions ainsi que François de Rugy, le président de l'Assemblée nationale, sont attentifs à ce qu'on puisse trouver un point d'équilibre. Je sais que mes collègues LR de l'Assemblée ne sont pas favorables à la proportionnelle. Je me suis rendu dès hier (NDLR : ce mardi) devant les groupes LR et centristes du Sénat, je rencontrerai tous les autres présidents de groupes du Sénat. J'irai la semaine prochaine devant le groupe LR de l'Assemblée. Je pense que si les conditions préalables sont respectées et uniquement à cette condition, on peut arriver à une réforme positive.

Que pensez-vous de la façon dont Laurent Wauquiez dirige "les Républicains" ?

Je pense que le Conseil national de Menton marque un tournant. Car Laurent Wauquiez montre sa volonté de rassembler, notamment sur sa vision de l'Europe. Une vision qu'il a clarifiée et qui s'écarte de toute ligne eurosceptique. Wauquiez défendra une ligne pro-européenne, d'une Europe qui protège, innove, qui répond à la politique unilatéraliste des États-Unis, qui libère de la technostructure, et une Europe aussi qui fait confiance aux nations.

>> Lire l'interview sur LeParisien.fr

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