26 janvier 2018

Geoffroy Didier, Secrétaire Général Délégué à la Communication et responsable du porte-parolat des Républicains, Député Européen, Conseiller Régional d’Ile-de-France, est l'un des piliers de l'équipe mise en place par Laurent Wauquiez à la tête des Républicains. Avant le conseil national du parti, samedi, il détaille pour le JDD la stratégie pour s'opposer à Emmanuel Macron.

Geoffroy Didier est désormais un habitué de la ligne Paris-Bruxelles. Depuis presque deux mois, il est en effet vice-président de la région Ile-de-France et député européen. Un cumul des mandats dont il compte bénéficier jusqu'en 2019 comme la loi le lui autorise. Dans le TGV, il travaille ses dossiers mais aussi pour son parti. Depuis le 13 décembre, il est en effet secrétaire général adjoint à la stratégie de la communication et en charge du porte-parolat des Républicains. Cet ancien soutien de Juppé et proche de Valérie Pécresse a obtenu ce poste-clé après être devenu, à la surprise générale, le directeur de campagne de Laurent Wauquiez lors de la campagne interne pour la présidence du parti. Comme son nouveau patron, il est un proche de Brice Hortefeux . Avant le premier conseil national de LR de l'ère Wauquiez, samedi, Geoffroy Didier explique au JDD comment son camp compte redevenir un opposant crédible à Emmanuel Macron.

Laurent Wauquiez semble avoir une tâche lourde devant lui. Comment va-t-il pouvoir rassembler, alors qu'une partie des cadres du parti ont déjà pris leurs distances avec lui ?
Souvent, ceux qui n'ont rien à dire n'ont qu'un seul mot à la bouche : rassemblement. Or, le vrai rassemblement, ce ne peut pas être le point de départ, ou la posture de base. C'est, au contraire, un aboutissement, le produit d'un leadership, le résultat d'un projet fédérateur et d'une méthode, celle du respect mutuel. Il n'y aura rassemblement demain que si la droite est efficace et authentique aujourd'hui. Un exemple : samedi, nous réunissons le conseil national des Républicains [qui va entériner la nouvelle équipe, NDLR]. Pendant des années, ces réunions étaient ennuyeuses et surtout artificielles. J'assistais du fond de la salle à une succession sans fin de discours de chapeaux à plumes qui faisaient semblant de s'aimer le temps d'une après-midi. Ça, c'est fini ! Samedi, nous offrirons aux Français pour la première fois depuis bien longtemps l'image d'une droite nouvelle, avec une équipe jeune et totalement renouvelée, et une légitimité que Laurent Wauquiez est allé chercher pour nous tous dans les urnes.

Jean Leonetti sera le président du conseil national de LR. La nomination à ce poste de Valérie Pécresse n'aurait-il pas eu plus de poids et permis un meilleur rassemblement ?
Si Valérie Pécresse n'a pas souhaité de fonction dirigeante, elle n'a pas pour autant quitté Les Républicains! Je souhaite que son mouvement d'idées Libres !, que je soutiens et dont je suis membre, fasse partie intégrante des Républicains. L'objectif qu'elle a affiché est utile: faire venir de nouvelles personnes qui ne seraient pas venues sans ce mouvement.

Certains, comme Nadine Morano, estiment au contraire que le mouvement Libres est une menace pour l'intégrité du parti...
Je suis bien trop attaché à ma liberté pour vouloir caporaliser les esprits des autres. Nous nous nous sommes tous fixés une limite évidente : ne jamais jouer contre notre camp. Nous avons trop subi les divisions de nos prédécesseurs. On a envie de jouer collectif.

Les Républicains ont-ils perdu beaucoup de militants en 2017 ?
Compteur à l'appui, l'élection de la présidence des Républicains suscite de nouvelles envies militantes. C'est précisément le moment de s'engager : nous allons écrire une nouvelle page de l'histoire de la droite française. Nous ne serons pas parfaits, nous commettrons des erreurs, nous n'avons pas la science infuse, ce n'est pas grave. L'essentiel, c'est que dans notre démocratie, il existe à nouveau un contre-pouvoir, autre que les extrémismes de Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon. Désormais, le pouvoir est sous surveillance. Désormais, une alternative républicaine se dessine. Qui peut nous le reprocher ? Je vais plus loin : de nombreux Français qui ont voté Emmanuel Macron ne se sentent plus tout à fait à l'aise. Ils s'interrogent : où Emmanuel Macron veut-il nous emmener ? A-t-il de réelles convictions, un début de vision ? Son credo du "en même temps" est surtout le reflet d'une culture, celle de l'ambiguïté. L'action publique nécessite pourtant de véritables choix, parfois douloureux. Le pragmatisme dont Emmanuel Macron semble vouloir faire preuve est un outil de travail, en rien un projet de société.

Avec la loi immigration-asile par exemple, Emmanuel Macron a pourtant une position très ferme, reprenant des propositions que votre camp défendait jusqu'à peu...
Au contraire, vous prenez là un exemple parfait de ce que je veux vous démontrer. D'un côté, le gouvernement présente un texte d'une apparente fermeté, séduisante à droite. De l'autre côté, il fait voter au même moment à sa majorité En Marche une augmentation annuelle de l'assistance médicale aux sans-papiers de 110 millions d'euros, une sous-budgétisation des centres de rétention qui permettent de reconduire les clandestins, et le financement de seulement 15.000 de ces reconduites, alors que les gouvernements de droite en réalisaient 30.000 chaque année. Les actes sont l'inverse des mots. Les politiques sans les moyens derrière, cela n'existe pas. Notre devoir est de lancer l'alerte.

Si vous étiez parlementaire du Sénat ou de l'Assemblée, pourriez-vous toutefois voter ce projet de loi immigration-asile ?
Je dis que les discours sont bons, mais que ça ne suit déjà plus derrière. Pire : au-delà de la communication qui brille, on n'a en fait jamais autant renoncé à des projets d'avenir. Emmanuel Macron avait pourtant fait un serment aux Français: "Moi, je fais ce que je dis." Observez les faits. Durant la campagne, il avait promis qu'il ferait Notre-Dame-des-Landes. Renoncement. Il avait aussi déclaré qu'il soutiendrait l'exposition universelle. Renoncement. Il avait dit qu'il doublerait les crédits de rénovation urbaine de 5 à 10 milliards. Renoncement. Seuls 15 millions d'euros ont été concrètement mis sur la table! Je crains qu'Emmanuel Macron soit en train de devenir un marchand d'illusions.

La droite aurait-elle pu signer la circulaire de Gérard Collomb sur les contrôles dans les centres d'hébergement d'urgence ?
Oui. Distinguer les réfugiés politiques des migrants économiques, c'est même la base de tout contrôle des flux migratoires. Mais pourquoi les associations se révoltent-elles ? Parce qu'aussi nécessaire que soit la maîtrise des flux migratoires, on ne doit pas prétendre vouloir "trier" des êtres humains. L'action publique, c'est assumer des choix politiques, qui peuvent être difficiles, mais c'est tout autant les mettre en œuvre avec humanité, tact et un peu de cœur.

Etudiant, vous avez enseigné à des détenus de la maison d'arrêt de Nanterre. Comment voyez-vous le conflit social du personnel pénitentiaire ?
Les médias mettent un coup de projecteur passager sur les prisonniers et les gardiens, alors qu'ils subissent ce quotidien depuis des années. Bien sûr, la construction de prisons est une urgence. Mais la droite est court-termiste. Contrairement à ce qui a été fait par la droite puis sous la gauche, ce sont les courtes peines qui peuvent être les plus utiles. Mais à une condition : que les prisons deviennent humaines. Si nous voulons que la prison devienne efficace, nous devons garantir l'encellulement individuel pour ceux qui le souhaitent et tout faire pour que les détenus n'aient pas la rage en sortant de prison. Concrètement, je propose la mise en place d'un système de bonus-malus où les remises de peine seront accordées selon l'effort effectué par le prisonnier à préparer sa réinsertion dans la société : accepter de recevoir un enseignement, se préparer à passer diplômes, être volontaire pour des travaux d'intérêt général. Plutôt que l'école du crime, les prisons doivent devenir celle de la seconde chance.

Emmanuel Macron est discret sur ce dossier. Devrait-il davantage intervenir sur les sujets de société ?
Le problème d'Emmanuel Macron est qu'il appréhende ces défis de société comme des dossiers. Il n'a jamais été élu local, n'a sans doute pas participé à des associations, ni eu à vivre ce que beaucoup de Français subissent. Ce n'est pas un jugement de valeur, c'est un constat : il ne sait pas ce que signifie devoir baisser les yeux sur les quais du RER le matin, n'a jamais été témoin des entraves à la loi sur la burqa, ou ne voit pas, par exemple, que dans de nombreux quartiers, des marchands de sommeil exploitent la misère humaine. Il ne saisit pas l'ampleur de ce qui se trame dans les recoins les plus sombres de la République. Il faut le voir pour le croire, et le savoir pour agir.

Comme il l'a demandé à ses équipes, Laurent Wauquiez veut "monter le son" contre Emmanuel Macron. L'opposition frontale est-elle une bonne stratégie ?
Ne comptez pas sur moi pour m'opposer de manière systématique. Lorsqu'Emmanuel Macron ira dans le sens de l'intérêt général, je le soutiendrai, tout simplement parce que je veux la réussite de mon pays. Mais ce serait trop facile de nous faire croire que nous devons dire amen à tout. Je le dis aux donneurs de leçons de morale : préférez-vous que le recours demain s'appelle les Républicains ou le Front national ? Ceux qui condamnent Laurent Wauquiez à l'avance nous imposeraient comme seule alternative l'extrémisme. Un comble, pour de prétendus champions du front républicain.

Un "shadow cabinet" va être constitué au sein de LR. Concrètement, à quoi va-t-il servir ?
Chaque membre de ce "shadow cabinet" aura la responsabilité de concevoir de nouvelles propositions concrètes. A chaque domaine d'action publique, un responsable politique. Une droite efficace, c'est avant tout une droite lisible.

Vous êtes devenu député européen en décembre [Geoffroy Didier a remplacé Constance Le Grip, devenue député de l'Assemblée nationale en juin dernier, NDLR]. Dans un an et demi, auront lieu de nouvelles élections européennes. Craignez-vous un regain des partis eurosceptiques à cette occasion ?
J'ai la ferme intuition que nous disposons d'un espace politique immense entre les deux extrêmes : d'un côté, l'idéologie du repli défendue par le Front national et ses satellites, de l'autre côté, La République en marche qui veut diluer les peuples dans une Europe fédérale et sans frontières.

Les hésitations d'Alain Juppé sur le sujet et son rapprochement, sur le plan des idées, avec Emmanuel Macron vous font-ils craindre un nouveau schisme de votre parti ?
Depuis l'élection présidentielle, il y n'a eu en fait que très peu de départs, ou alors surtout des départs à la retraite. Quant à Alain Juppé, j'ai un grand respect pour l'homme. S'il souhaite porter le projet d'une Europe fédérale, je serai, en revanche, en désaccord avec lui sur cette idée. La nouvelle droite sera ferme sur ses convictions, mais respectueuse des idées de chacun.

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