06 décembre 2018

La 6ème édition du Rendez-vous des Idées a accueilli, mercredi soir au siège des Républicains, devant une forte affluence, le jeune philosophe et essayiste François-Xavier Bellamy autour de son dernier ouvrage Demeure : Pour échapper à l'ère du développement perpétuel

L'occasion pour l'auteur de prendre du recul sur l'actuelle loi universelle de l'injonction du changement pour le changement et du mouvement pour le mouvement, qui a la particularité de déstabiliser les peuples. L'occasion également de nous faire prendre conscience de la nécessité d'avoir un cap, une vision, un but, de donner du sens à l'action politique, conditions indispensables à la stabilité. Et de nous apporter un éclairage sur les raisons de la colère des Gilets jaunes, sorte de révolte contre ce que Guillaume Larrivé qualifie de « bougisme macronien »...

Secrétaire général délégué des Républicains et député de Yonne, Guillaume Larrivé, s'attache, dans la mission qui est la sienne à construire le projet politique de notre famille, d'inviter régulièrement des personnalités lors de débats publics au siège des Républicains qu'il a baptisé le Rendez-vous des idées.

Tour à tour, essayistes, philosophes, intellectuels, historiens, économistes, experts sont invités (et seront invités) à venir exposer leurs visions, expériences, parfois dans un propos libre ou, le plus souvent, autour d'un de leurs ouvrages.

C'est ainsi que ce mercredi soir, Guillaume Larrivé a accueilli devant un peu plus d'une centaine de personnes François-Xavier Bellamy, jeune philosophe et essayiste de 33 ans mais également maire-adjoint de Versailles (Yvelines).

Malgré un contexte particulier lié à l'actualité des Gilets Jaunes, Guillaume Larrivé avait tenu à maintenir cette 6ème édition du Rendez-vous des idées pour poursuivre le travail de réflexion des Républicains mais également parce que le récent essai de François-Xavier Bellamy (Demeure : Pour échapper à l'ère du développement perpétuel) présageait en quelque sorte la colère, le tumulte et le chaos actuels.

L'auteur s'interroge en effet sur la nouvelle ère de notre civilisation « caractérisée par cette fascination de la modernité. Il y a même une injonction à réformer, à remplacer perpétuellement l'ancien par le nouveau, à faire du mouvement la loi universelle », note-t-il. « Si la vie est évolution, si l'économie est croissance, si la politique est progrès, tout ce qui ne se transforme pas doit disparaître. S'adapter, se réformer, rester dynamique, voilà nos vertus cardinales ; la mode remplace tous nos critères, le flux prend la place de l'être, et le chiffre de la lettre », constate en substance François-Xavier Bellamy, n'oubliant pas de rappeler qu'« à l'âge classique, le changement était une transition entre deux moments de stabilité ». Et de nous faire toucher du doigt que la fascination pour le mouvement a peut-être fait oublier que « l'essentiel de nos existences se trouve peut-être bien plus dans ce qui est reçu et transmis, que dans ce qui est transformé ».

Alors que notre civilisation « traverse un moment de crises profondes » (économie, écologie, dette, éducation, inter-générations, rapport à l'État... ), « jamais dans l'histoire nous n'avons eu autant la globalité de la crise » estime François-Xavier Bellamy pour qui « ce qui fait l'essentiel de la crise c'est l'absence de sens dans la politique, l'absence d'idées ».

Mais aussi l'absence de vision, de cap. « On a fait du mouvement le totem de l'action, de l'activité politique. On est entré dans le triomphe de la modernité. Mais on est incapable de savoir où l'on va », observe François-Xavier Bellamy, complètement stupéfait que l'« accomplissement de cette fascination pour le mouvement se soit achevée à travers un mouvement qui s'appelle "En Marche". Le mouvement ne peut pas être à lui même son propre but. C'est comme si vous croisiez une personne dans la rue et à la question "où allez-vous ?" il vous réponde "ce qui compte pour moi c'est d'être en marche" », moque François-Xavier Bellamy.

« Pour que le mouvement ait un sens il faut savoir vers où l'on se dirige, donc vers quelque chose qui ne bouge pas », relève l'invité, prenant exemple sur le randonneur en montagne ou celui qui effectue un pèlerinage. « L'effort a un sens si l'on connaît la destination et que, parvenu à ce point, on pourra s'arrêter de marcher. C'est là que l'on la certitude d'avoir fait un progrès. Chaque jour on avance. Mais être en marche pour être en marche est une forme de défaite de la politique ».

Pour François-Xavier Bellamy, la question essentielle à se poser est « quelle destination voulons-nous proposer ? Quel but collectif ? Quelle aventure partager ? » Autant de questions que les gouvernants actuels ne mettent pas dans leurs priorités, plus préoccupés à « se moderniser pour rester dans la compétition mondiale, à courir de plus en plus vite parce qu'il faut courir plus vite sans savoir où l'on va. La réforme n'a de sens que si l'on construit un projet plus juste, avec des hommes plus accomplis, plus heureux. L'injonction au changement peut être mal reçue », assure François-Xavier Bellamy.

Ce qui nous ramène à l'actualité des Gilets jaunes. « Les Gilets jaunes sont des personnes à qui l'on dit qu'il faut changer sinon ils resteront des ploucs, des ringards, qu'ils fument des clopes et qui roulent au diesel. On leur demande de changer mais ils sont dans l'incapacité de changer car on ne leur offre aucune alternative. Et en plus, on les méprise, on les insulte en disant qu'ils ne changent pas assez vite ».
L'auteur de Demeure voit là « le trait de la politique occidentale : la colère des élites, des gouvernants contre le peuple. Quand ils disent qu'on est des "Gaulois", des "réfractaires", qu'on est "irréformables", cela exprime cette colère contre une population qu'ils ne comprennent pas, laquelle population aspire à demeurer ». Selon lui, les Gilets jaunes « ne revendiquent pas l'émancipation de l'individu, la mobilité mais de rester là où ils sont, ce qu'ils sont et que leur monde reste vivable et humain ».

Contre ce « bougisme macronien », Guillaume Larrivé perçoit le rôle et la place « pour une droite qui aime la Nation, lieu de notre demeure commune, qui aime préserver ce qui a de la valeur et qui ferait sienne cette adage : "conserver ce qui vaut, réformer ce qu'il faut" ».

L'occasion pour le Secrétaire général délégué au Projet de fustiger le « refus du pluralisme » de l'actuel exécutif qui « conduit à la destruction de la paix civile. Dès lors qu'il n'y a qu'une seule forme, qu'on insulte la différence, en réalité ceux qui ne sont ni obscurs, ni illégitimes, s'expriment dans la rue, parfois dans la violence », observe Guillaume Larrivé pour qui la responsabilité des Républicains « est décisive dans ce moment pour conserver la Nation, débattre pacifiquement, démocratiquement dans le cadre de nos institutions et non aux carrefours ».

François-Xavier Bellamy acquiesce. « Il y a besoin de retrouver une démocratie qui soit un débat d'idées, un projet qui puisse parler à tous les citoyens et susciter une adhésion », encourage-t-il.

Et le philosophe de conclure : « Ce qui compte c'est de faire de tous les maux que traverse notre monde un engagement, et une espérance. Ce n'est pas une sorte d'optimisme béat. C'est quand les choses semblent aller mal que l'on peut faire une occasion d'espérance. De ce point de vue là, notre monde est une très belle occasion d'espérance. Et plus que jamais, nous avons besoin du sens des mots, du sens d'une parole qui se partage » ajoute-t-il en forme de conclusion.

Abonnez-vous Les républicains magazine Toute l'actualité politique des républicains