François-Xavier Bellamy au JDD : « Macron aussi, c'est la politique de la peur »

Publié le 11/03/2019

Le candidat des Républicains aux européennes, François-Xavier Bellamy, se confie dans le JDD à deux mois du scrutin.

Surtout, ne pas se laisser abuser par sa voix paisible et son regard d'eau claire, encore moins par son allure d'étudiant trop sérieux. François-Xavier Bellamy, 33 ans, est un jeune homme aussi pressé qu'empressé, un faux calme dans la tempête des ambitions politiques. Et s'il dément avoir un "plan de carrière", il savoure l'occasion offerte de prendre sa part à la reconstruction de la droite. Déjà, il a su habilement esquiver les attaques qui ont suivi sa désignation, sans abjurer ses convictions de catholique fervent. La composition de la liste des Républicains pour les européennes s'est faite sans lui ? Tant mieux, il n'a guère envie de passer pour un politicien marchandeur. Et voilà qu'une brise sondagière commence à le pousser.

Certes, ce jeune professeur (de philo) n'est encore qu'un outsider, pour ne pas dire un novice. Mais dans cette campagne, ses adversaires ne le seront-ils pas aussi ? S'il veut contribuer à l'émergence d'une droite rénovée, Bellamy doit livrer bataille à la fois contre Emmanuel Macron et contre Marine Le Pen. Et s'il veut s'imposer parmi les siens, il doit apprendre à porter des coups autant qu'à en recevoir. Peut-il être le Macron de la droite ? Laurent Wauquiez ne doit pas être pressé de le savoir. Et lui ?

Vous sentez-vous un homme politique ou un intellectuel qui fait de la politique ?
Je suis d'abord un enseignant. Ma vraie passion, c'est l'expérience de la transmission ; c'est ce qui a décidé de mes choix. La politique n'a jamais été un plan de carrière pour moi.

L'engagement à droite, c'était une évidence pour vous ?
Que signifie être de droite ? Ma génération a du mal à se reconnaître dans les étiquettes installées. Pourtant, contrairement à Emmanuel Macron, je ne crois pas à la fin des clivages. Pendant des décennies, soit on voulait une économie administrée et on était à gauche, soit on voulait de la liberté et on était à droite. Comme plus personne ne rêve du modèle soviétique, le clivage droite-gauche revient sans doute à sa signification initiale : d'un côté, une vision qui ­insiste sur le mouvement, la projection vers un avenir réputé par principe meilleur ; de l'autre, une sensibilité, dans laquelle je me reconnais, qui considère que nous héritons toujours d'équilibres complexes, et que la politique suppose d'agir à partir de ce qui nous précède.

Êtes-vous un conservateur ?
Ce mot ne saurait suffire aujourd'hui. Pour moi, c'est vrai, l'essentiel en politique n'est pas de transformer le réel, mais de transmettre ce qui mérite d'être sauvé. La préoccupation écologique, par exemple, est conservatrice, puisqu'il s'agit de préserver un bien fragile. Mais pour que le monde reste vivable, il faudra être imaginatif et inventif : la crise exclut l'immobilisme.

Pensez-vous avoir un rôle à jouer dans la reconstruction de la droite ?
La droite a besoin de se reconstruire en effet, et j'espère pouvoir y contribuer autant que je le pourrai, notamment sur le terrain de la ­réflexion. C'est cet enjeu que ­Laurent ­Wauquiez m'a indiqué quand il m'a expliqué pourquoi il pensait à moi pour conduire cette liste.

La réduction des inégalités est-elle un objectif politique pour vous ?
L'un des premiers buts de la politique, c'est de lutter contre l'injustice. L'une d'entre elles, je la vis comme enseignant : la France est le pays de l'OCDE le plus inégalitaire sur le plan éducatif – ça devrait nous empêcher de dormir ! Des milliers d'élèves subissent la double peine : à la précarité sociale s'ajoute la relégation scolaire. C'est pour ces déshérités que j'ai toujours voulu agir.

En quoi ne vous reconnaissez-vous pas dans les étiquettes habituelles ?
L'opposition entre progressistes et populistes est un empêchement de penser. À entendre Emmanuel Macron, il y aurait d'un côté ceux qui veulent aller de l'avant et de l'autre ceux qui voudraient revenir en arrière. Prenez le récent clip de campagne d'En marche. Il s'ouvre sur ces mots : "Vous n'avez pas le choix." Formule extraordinaire ! Le seul choix possible serait donc d'être En marche, comme si le reste relevait d'une forme de bêtise ou de méchanceté. C'est très loin de ce que devrait être le débat politique.

Pour autant, ne vous sentez-vous pas plus proche d'un social-démocrate allemand que d'un dirigeant de l'extrême droite italienne ?
Je refuse de voir la politique se réduire à cette équation.

Parfois, on y est obligé, par exemple au second tour d'une élection...
Justement ! Le danger qui guette notre démocratie, c'est que nous soyons condamnés à un deuxième tour perpétuel entre Macron et Le Pen. Un double rejet, ce n'est pas un choix. La politique n'est pas un combat entre ennemis, mais un débat entre des visions concurrentes. Si Macron met en scène son opposition avec Marine Le Pen, c'est parce qu'il voudrait n'avoir d'autre adversaire que le populisme. Il ­dénonce une politique de la peur, il a raison. Mais son clip de campagne, qui commence par des battements de cœur sur une musique d'apocalypse, c'est aussi une politique de la peur ! Où est le choix ? Où est le débat entre projets ?

Avez-vous des modèles politiques ?
Winston Churchill, pour son courage, sa lucidité devant le danger. Nous lui devons sans doute la survie de nos démocraties en Europe.

Mais après la guerre, il a perdu les élections...
Voilà exactement ce qui devrait inciter Emmanuel Macron à plus d'humilité : dire que la seule alternative à sa majorité c'est le chaos, c'est lui ouvrir la porte, car le pouvoir use et finit toujours par se perdre : toute démocratie vit d'alternance.

Le catholicisme a-t‑il une importance dans votre engagement politique ?
Bien sûr. Mais ce que le christianisme a apporté à notre civilisation, c'est aussi la distinction du spirituel et du temporel. Le sens de la politique, c'est de servir de son mieux le bien de la société, pas de défendre les valeurs d'une communauté. Il faut une cohérence entre ce qu'on pense et ce en quoi on croit, mais c'est sur le terrain de la raison qu'est possible le débat public. Je ne suis pas du tout d'accord avec Emmanuel Macron quand il invite les chrétiens à s'engager en politique au seul titre de leur communauté – dans son discours au collège des Bernardins. Une cité n'est pas une addition de communautés.

Avez-vous jugé injuste les critiques sur vos positions contre l'avortement ?
Ce qui m'a frappé, c'est la démesure des critiques. J'ai juste dit qu'en sortant de l'idéologie on pourrait penser une politique de prévention qui prenne mieux en compte le bien des femmes. On peut être en désaccord avec cela, mais que Mme [Agnès] Buzyn en déduise que je ne suis pas un républicain, c'est délirant ! Ne remplaçons pas la critique par l'anathème, et essayons de remettre un peu de raison dans le débat politique...

Emmanuel Macron propose de renforcer les frontières extérieures de l'Europe et de "remettre à plat" l'espace Schengen. Vous signez ?
Non, je ne signe pas de chèque en blanc ! "Remettre à plat Schengen", oui ; mais pour faire quoi ? "Harmoniser les procédures d'asile", bonne idée, mais sur quelles bases ? Notre projet est clair : mettre fin à l'impuissance européenne face au défi migratoire. Dans sa lettre, Macron n'en parle pas : à aucun moment il ne dit qu'il faut stopper une immigration de masse.

Et vous, comment feriez-vous ?
Nous ne voulons ni l'illusion d'un repli nationaliste – ce que proposent Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan –, ni le transfert de notre souveraineté vers un échelon européen – comme le veut Emmanuel Macron. Nous voulons construire une double protection. Oui, il faut protéger les frontières de l'Europe – nous proposons nous aussi de donner plus de moyens à Frontex et d'instaurer une politique d'asile coordonnée. Mais il faut aller plus loin. Les ­demandes d'asile doivent être traitées hors d'Europe, dans des pays tiers sûrs. Entrer illégalement en Europe ne doit jamais être un moyen de s'y établir. Et chaque pays doit garder la maîtrise de sa politique migratoire : mettre en place des mécanismes de quotas, ce serait acter notre impuissance collective.

Voulez-vous fermer les frontières nationales ?
Le contexte terroriste permet actuellement aux pays qui le souhaitent de déroger à Schengen. Il faut prolonger cette clause pour que les États puissent exercer des contrôles à leurs frontières quand c'est nécessaire, et simultanément instaurer une vraie politique de défense des frontières extérieures de l'Europe, notamment en ­Méditerranée pour pouvoir reconduire systématiquement les bateaux des passeurs dans leur port d'origine ou dans un port tiers. C'est par cette stratégie globale qu'on mettra fin à leurs activités criminelles, qui prospèrent sur notre passivité, et qu'on pourra accueillir dignement ceux qui ont vraiment besoin de notre solidarité.

Vous rêvez d'une Europe forteresse, abritée derrière des murs ?
Mais les murs d'une maison sont la condition de l'accueil. Pour ­accueillir quelqu'un chez soi, encore faut-il avoir un chez-soi ! L'anxiété de la société française vient de là : il y a une différence majeure entre le choix d'ouvrir la porte à quelqu'un qui vous demande d'entrer et le fait de ne plus avoir de porte à ouvrir parce que de toute façon plus rien ne protège l'entrée. Dans une telle situation, vous ne pouvez que subir. L'idéologie qui condamne les frontières menace paradoxalement la possibilité même de l'ouverture.

Renforcer les convergences sociales et fiscales en Europe, comme le propose le chef de l'État, vous êtes pour ?
Il faut travailler à une plus grande cohérence. Mais pour proposer ce travail à nos partenaires, nous devons d'abord faire enfin le chemin courageux qu'ils ont suivi. Au moment du passage à l'euro, l'Allemagne s'est réformée en profondeur et la France est passée aux 35 heures... Résultat : notre modèle social conjugue une pression fiscale et des déficits records avec une crise sociale profonde, dont témoignent les Gilets jaunes. Quel pays européen pourrait avoir envie de s'aligner sur nous ? Il y a un an et demi, ­Emmanuel Macron proposait une grande réforme de la zone euro ; mais quelle crédibilité peut-il avoir pour cela dans une zone euro dont nous sommes les derniers en matière de déficit public ? Il n'en parle plus aujourd'hui...

Il avance en revanche l'idée d'une "banque européenne du climat". Qu'en pensez-vous ?
S'il suffisait de dépenser de l'argent public pour mener une politique écologique, la France serait un paradis climatique ! Loin d'une technostructure supplémentaire, nous devons travailler en revanche à mieux coordonner les investissements au niveau européen, et surtout à rééquilibrer l'économie de la mondialisation : l'Europe a un rôle historique pour cela. Nous proposerons des mesures fortes en ce sens.

Quand votre parti dévoilera-t‑il son projet européen ?
Le 16 mars, lors du conseil national. Nous ferons plusieurs dizaines de propositions concrètes pour l'avenir de l'Europe.

Aborderez-vous les questions de société ? Par exemple, faudrait-il une position européenne sur la gestation pour autrui (GPA) ?
L'Europe doit agir là où elle est le plus efficace ; ce n'est pas à elle de définir ce qu'est une famille. En revanche, nous avons un travail à mener au niveau européen sur des sujets qui touchent à la dignité humaine ou à la bioéthique : oui, nous proposerons donc une action pour définir une politique globale de refus de la marchandisation du corps.

Jean-Pierre Raffarin soutient la liste LREM. Est-ce un mauvais coup pour vous ?
Ce n'est pas une surprise. Il participait déjà à des réunions de travail avec Emmanuel Macron. Que chacun fasse ses choix, c'est légitime.

Si votre liste fait moins de 15% le 26 mai, ce sera un échec ?
Nous ne ferons pas moins de 15%, vous verrez !

>> Lire l'interview sur LeJDD.fr

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Exigeons 5h d'activités d'intérêt général par semaine en contrepartie du RSA !

Il y a huit ans, Laurent Wauquiez fut l'un des premiers à dénoncer les dérives de l'assistanat et à proposer l'instauration de contreparties au versement du RSA. Huit ans plus tard, Edouard Philippe a évoqué cette idée. Idée immédiatement rejetée par son propre gouvernement...
Nous croyons à la politique sociale par le travail, pas à la politique sociale par l'assistanat ! L'un des grands maux de notre pays est d'enfermer dans l'assistanat de trop nombreux Français en ne valorisant pas assez la reprise d'un travail.
Nous demandons que soit modifiée la loi pour conditionner à au moins 5h d'activités d'intérêt général par semaine le versement du RSA.

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