Alstom, la France, l'Europe

Publié le 11/02/2019

Après plusieurs mois de négociations, la Commission européenne a rejeté la fusion entre les deux champions du ferroviaire, le français Alstom et l'allemand Siemens. Ce rejet n'est pas seulement un échec pour le gouvernement ; il est aussi le symptôme d'une politique de concurrence européenne devenue inadaptée aux défis industriels d'aujourd'hui.

Alstom, c'est d'abord le symbole d'une faillite, celle de la politique industrielle de François Hollande et d'Emmanuel Macron. Alors qu'en 2004 Nicolas Sarkozy avait réussi à sauver ce fleuron français, en faisant entrer l'Etat à son capital, le groupe a été vendu à la découpe sous les quinquennats suivants. La branche énergie a été cédée à l'américain General Electric en 2014, alors même qu'une proposition industrielle avec l'allemand Siemens et profitable pour Alstom était sur la table ; et en 2017, le projet d'une fusion entre égaux de sa branche transport avec Siemens s'est discrètement transformé durant les négociations en prise de contrôle de Siemens sur Alstom. Le gouvernement aurait dû montrer plus de fermeté et s'engager au capital du nouvel ensemble comme il en avait la possibilité, pour éviter ce déséquilibre dangereux pour notre politique industrielle.

Pourtant, il est bien sûr indispensable de pouvoir construire une alliance solide sur le ferroviaire afin de s'adapter au nouveau contexte de l'économie mondiale. Notre droit de la concurrence a été conçu pour éviter la constitution d'un acteur dominant sur le marché intérieur européen. La concurrence est bien sûr utile quand une saine compétition conduit les entreprises à produire mieux et au prix le plus juste ; mais aucun dogme ne doit nous conduire à affaiblir nos entreprises sur des marchés mondiaux. C'est aussi la Commission qui avait conduit à privilégier une cession de la branche « énergie » à GE plutôt qu'une fusion avec Siemens en 2014, pourtant plus favorable à nos intérêts stratégiques nationaux et européens, puisqu'elle aurait permis alors de faire émerger un champion européen allemand côté énergie et un champion européen français côté ferroviaire. Désormais, c'est une entreprise américaine qui produit les turbines à vapeur de nos centrales nucléaires...

Acteurs mondiaux. Le droit de la concurrence européen a été écrit pour un monde désormais révolu, dans lequel la compétition se jouait essentiellement au sein de la sphère occidentale où les règles étaient globalement partagées. Aujourd'hui, nos entreprises sont en concurrence avec des acteurs de niveau mondial, en particulier chinois et américains, soutenus par des Etats interventionnistes, qui se développent sur des marchés fermés et peuvent assez librement accéder à notre marché intérieur. Cette nouvelle donne fait peser une menace existentielle sur l'économie européenne. Dans ce contexte, il devient chaque jour plus évident que l'articulation entre la politique de la concurrence et la politique commerciale de l'Union européenne n'est plus adaptée : on ne peut pas d'un côté empêcher la constitution de champions européens au nom de la concurrence, et de l'autre laisser entrer les champions extra-européens au nom de l'ouverture commerciale. Une vision naïve de la mondialisation condamne à terme nos entreprises et nos emplois.

Il faut réagir vite, pour éviter de laisser l'industrie européenne subir encore de nouvelles défaites... Ce n'est pas tant la Commission qui est en cause, puisqu'elle a pour mission d'arbitrer en respectant le droit actuel, que le droit européen lui-même. Le prochain mandat européen sera donc décisif pour retrouver une vraie politique de la concurrence, qui puisse servir efficacement notre rayonnement économique. Deux réponses différentes doivent être apportées : dans les secteurs où le marché est mondial, il faut assouplir notre politique de concurrence, tandis que dans les secteurs où les marchés sont davantage régionaux, il faut rendre plus restrictive notre politique commerciale.

Ce n'est pas seulement une question industrielle ; il nous faut une vision stratégique pour mieux configurer l'avenir de la mondialisation, et garantir qu'elle ne sera pas l'occasion de notre sortie de l'histoire. Un autre projet de société pour l'Europe est possible : redonner toute sa place à l'échange local et régional, afin que les individus puissent se réapproprier leur destin ; faire davantage coïncider la production et la consommation au sein de notre marché commun pour que mondialisation cesse de rimer avec délocalisation et désastre écologique ; focaliser le libre-échange sur les secteurs où les marchés sont à l'évidence mondiaux, afin de rester en pointe dans la compétition internationale.

Il y a urgence. Notre campagne européenne, nous l'avons commencée à Belfort : l'annonce récente du PDG américain de General Electric de supprimer 470 postes en France menace 146 emplois dans cette seule ville. Or l'industrie représente beaucoup plus qu'une activité économique : c'est aussi la transmission de savoir-faire, un patrimoine et une excellence française, une fierté partagée par ceux qui la font vivre, et toute une structuration de la vie sociale et locale. L'échec du gouvernement sur ce dossier menace encore un peu plus ce tissu fragilisé, qui a fait la force de la France. Nous avons besoin de l'Europe pour le reconstruire et le faire rayonner encore longtemps dans le monde ; mais si nous ne savons pas rompre avec cette dramatique naïveté, le projet européen restera durablement discrédité.

François-Xavier Bellamy, adjoint au maire de Versailles, Agnès Evren, vice-présidente de la région Ile-de-France, et Arnaud Danjean, eurodéputé sortant, occupent les trois premières places de la liste Les Républicains pour les élections européennes.

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Il n’y a jamais eu autant d’immigrés en France. Au cours de la première année du mandat d’Emmanuel Macron, la France a délivré 262 000 titres de séjour, un record depuis 43 ans. De surcroît, notre pays a régularisé 180 000 immigrés clandestins depuis 2012.
Nous apprenons que le gouvernement prépare la régularisation de 10% des sans-papiers présents en France. Le gouvernement refuse de confirmer ou d’infirmer cette information. Les Français ont le droit de savoir combien de clandestins seront admis à séjourner en France.
Revenons au bons sens : l’immigration illégale est illégale et il ne peut y avoir de prime à l’illégalité. Quand une personne entre illégalement en France, elle ne doit pas y rester.

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