François Baroin au JDD : « A partir des municipales, nous reconstruirons la droite »

Publié le 04/11/2019

Il revient. François Baroin, président de l ’Association des maires de France (AMF), en retrait de la politique partisane depuis la fin 2017, livre cette semaine son nouvel ouvrage, Une histoire sentimentale (Albin Michel). Un deuxième tome en forme d’hommage à la France des territoires et des élus locaux, piliers de la République. Un cri d’alarme sur la montée des communautarismes et des populismes. Et aussi, à cinq mois de municipales qu’il espère bonnes pour Les Républicains, une manière de se repositionner aux avant-postes du jeu politique national.

Dans votre livre, et comme dans le premier tome, vous clamez votre attachement aux élus. Depuis 2017, il ne s’est rien passé dans les relations entre le pouvoir central et les maires ?

Ce livre montre que la difficulté des relations entre le pouvoir central et les maires est structurelle depuis la Révolution française. En cette période, il faut montrer qu’il existe des invariants historiques. Et l’invariant numéro un, c’est une ultracentralité, qui dans le meilleur des cas accompagne les territoires et dans le pire ne les prend absolument pas en compte.

Le désamour entre État et maires, c’est donc une vieille histoire ?

Oui, mais aujourd’hui l’Etat est endetté et n’a plus les moyens de garantir l’équité territoriale. Pire : il peut dans certaines conditions amplifier le handicap, le figer ou le scléroser. Santé, économie, formation professionnelle, emploi, tourisme, culture, sport, logement: ce sont autant de sujets que le local pourrait traiter, dans certaines circonstances, mieux et plus rapidement au côté ou en lieu et place de l’Etat. Nous aspirons aujourd’hui à une nouvelle étape de décentralisation : un transfert de compétences, d’effectifs, de moyens.

Comment expliquer que jamais cette rupture n’avait semblé aussi irrémédiable que sous Macron ?

Le Président n’est pas responsable de tous les maux. Mais il à réussi à susciter une forte opposition en un temps très court. Et il est arrivé dans une période d’extrême sensibilité et de tensions préexistantes avec l’État. Nous avoir mis dans le même sac que les corps intermédiaires est une faute de carre : nous, élus, sommes issus du suffrage universel. Et puis, ce que les élus n’acceptent plus, c’est que l’Etat s’arroge le droit de supprimer des impôts qui n’étaient pas les siens. Je pourrais parler des APL, de la méthode sur les contrats aidés, de la suppression delà taxe d’habitation... Le Président est l’incarnation de la République, mais nous en sommes les fantassins. Nous sommes sa garde nationale. Et cette garde a servi dans la résolution de la crise des Gilets jaunes.

Êtes-vous convaincu par le virage du Président après la crise ?

Ça va mieux, mais à quel prix ? La République déstabilisée. Il nous a alors dit « je vous ai compris » et a promis, pour la deuxième partie de son mandat, une grande oeuvre de décentralisation. Le texte « Engagement et proximité », qui vise à encourager les élus à s’engager, va dans la bonne direction. On nous promet plus de respect, plus de considération. Mais nous sommes aussi des chefs d’entreprise. Et on ne peut nous flatter tout en supprimant les recettes qui donnent de l’autonomie de gestion aux collectivités.

La décentralisation que vous demandez est-elle suffisante ?

Si on ne passe pas par cette étape, on aura un Etat surendetté, qui s’appuiera sur des taux bas pour gérer sa dette et se montrera incapable de conduire les réformes structurelles, avec des forces centrifuges que l’on observe à nouveau dans plusieurs régions.

Vous pointez les attitudes « complaisantes » de certains maires face au communautarisme...

C’est l’addition de petits accommodements silencieux avec le communautarisme, depuis trente ans, qui fait que le mur est aujourd’hui plus difficile à franchir. Le communautarisme ne concerne d’ailleurs pas exclusivement l’islam. Il consiste à calquer chez nous le modèle américain, dans lequel l’intérêt général est l’addition des intérêts particuliers. C’est le strict opposé du modèle républicain. La liberté, l’égalité, la fraternité sont des valeurs, mais aussi des règles. La loi de 2004, dont je suis à l’origine, avait abouti à l’interdiction du foulard à l’école et des signes religieux dans les sanctuaires républicains, et avait montré la capacité de la République à s’imposer. On nous avait expliqué que c’était impossible, que les rentrées scolaires seraient épouvantables. En réalité, on n’en a plus jamais parlé.

Faut-il aller plus loin aujourd’hui ?

Le débat actuel sur le voile va se poursuivre, inévitablement, avec des provocations, des tests, des reculs. C’est pourquoi le Président devrait s’inspirer très rapidement de ce qu’avait à l’époque fait Jacques Chirac pour éviter un débat qui peut déraper et être mal vécu par les musulmans, dont l’immense majorité pratiquent leur culte en toute sérénité. Jacques Chirac avait créé la commission Stasi, une commission transparente, qui travaillait à livre ouvert, avec un objectif fixé : arriver à une loi. Une commission de ce type pourrait aujourd’hui travailler sur une définition des secteurs sur lesquels s’exerce un service public, les sorties scolaires, mais pas seulement : les équipements sportifs, les piscines, etc. Il ne faut pas se focaliser sur le voile ou sur cette altercation entre un élu du RN et une mère voilée. Il serait tout aussi choquant qu’un accompagnant scolaire arbore un tee-shirt à l’effigie d’un leader politique ou d’une organisation syndicale. Le vrai sujet, c’est celui du principe de neutralité du service public.

Les municipales de mars seront-elles bonnes pour la droite ?

Je suis plutôt confiant. Depuis 2014, nous avons une génération d’élus locaux de grand talent qui ont fait un très bon travail ; ils auront donc de bons résultats. Nous devons sortir de cette dualité dangereuse, lepénisme-macronisme. Les électeurs doivent savoir qu’il y a une relève, une alternance possible pour la droite et le centre autour de LR. Le scrutin municipal doit donc être l’occasion d’un vrai rebond.

Nombre de maires LR ont pourtant déjà rejoint En marche...

Je le dis avec une forme de malice : pour nombre d’entre eux, c’est une double peine. Certains élus ont quitté notre famille et voient arriver face à eux un candidat issu de leur nouvelle famille ! C’est pourquoi je ne doute pas que leur famille d’origine les accueillera avec joie. L’herbe est toujours plus verte de l’autre côté, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’il s’agit de gazon synthétique... Surtout, analyser le rapport de forces politique à partir du résultat des européennes est une faute. Même si, c’est vrai, tout est à reconstruire dans notre famille, soyons lucides et honnêtes avec nous-mêmes. C’est à partir des municipales, je l’espère, que cette reconstruction pourra commencer.

Avec ce livre, ne vous installez-vous pas aux avant-postes pour préparer la reconquête de LR ?

J’ai énormément appris à la tête de l’AMF, où mon mandat s’achève dans un an. Oui, j’ai des choses à dire. Mais il y a d’autres moyens de les dire que de s’inscrire dans une trajectoire partisane. Un livre, une candidature à une élection locale, par exemple.

Vous entrez pourtant, avec Christian Jacob, dans les instances de LR...

Pas dans des fonctions exécutives ! Christian Jacob est un ami. Il m’a demandé de l’aider. Mais vous ne me verrez pas matin, midi et soir évoquer tous les sujets.

Jacob est-il là pour préparer le parti pour votre candidature à la présidentielle ?

Christian Jacob est là pour engager le rassemblement et construire les fondations d’une alternance. Personne ne peut parler à ma place. C’est une décision personnelle. Et le jour où j’aurai à faire part d’une décision, je reviendrai vous le dire.

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