20 mars 2017

Dans un entretien au Point, Éric Woerth détaille le projet économique et social de François Fillon : des réformes immédiates destinées aux classes moyennes et aux entreprises.

C'est décidément une campagne électorale insaisissable et inédite. Pendant que sur les plateaux de télévision des soutiens de François Fillon entonnent "l'air de la Calomnie" (acte I, scène 8 du Barbier de Séville) pour expliquer que leur champion sera bientôt innocenté par la justice, d'autres travaillent dans l'ombre pour ajuster le programme du candidat et lui restaurer la crédibilité dont il était crédité à la fin de l'année dernière.

Éric Ciotti s'est attaché aux questions de sécurité, de terrorisme et de police. Éric Woerth, quant à lui, met en musique les propositions sur la fiscalité, la réduction des déficits, la réforme du code du travail, la relance de l'économie et la réduction du chômage. Sans doute les questions les plus importantes aux yeux des électeurs d'avril et de mai prochains, qui se sentent englués depuis quinze ans dans une crise dont ils ne voient pas l'issue.

Mais lorsque l'on aborde les thèmes qui touchent à l'impôt, à la Sécurité sociale, au droit du travail, il est facile de raser gratis, de promettre tant et plus sans se soucier que les cadeaux irresponsables d'aujourd'hui creusent les déficits de demain... Woerth, qui a complété et paufiné les propositions déjà développées par François Fillon lors des primaires de la droite et du centre, dévoile l'ensemble des réformes qui seront mises en place en cas de victoire de l'ancien Premier ministre. Une feuillle de route sérieuse et cohérente qui ne jette l'anathème sur aucune profession ni catégorie de citoyen.

Le Point.fr : Pourquoi la baisse des cotisations salariales n'est-elle que forfaitaire et plafonnée à 350 euros par an ?

Éric Woerth : Depuis cinq ans, les Français sont matraqués fiscalement par le gouvernement de François Hollande. Il faut aujourd'hui un geste fort et immédiat en faveur de leur pouvoir d'achat : nous allons donc restituer presque 8 milliards d'euros aux Français. Nous réaliserons un abattement de cotisations sociales forfaitaire qui s'appliquera à tous les salariés, mais qui privilégiera surtout les bas salaires. Il s'agit d'une mesure en faveur des travailleurs, car François Fillon veut récompenser le travail. Concrètement, chaque salarié bénéficiera de 350 € chaque année directement sur sa feuille de paie, et jusqu'à 700 euros par an pour un couple, ce qui équivaut à la facture moyenne d'électricité d'un ménage.

Supprimer 500 000 postes de fonctionnaires en cinq ans, comme le martèle François Fillon, est-ce vraiment un objectif raisonnable ?

Ce que nous voulons avant tout, c'est construire le service public de demain, plus moderne, plus proche des citoyens, en phase avec l'évolution du numérique. Un service public avec une plus grande valeur ajoutée pour la population. Pour cela, il faut réduire le poids de la fonction publique, avec un objectif : moins d'emplois publics mais plus de service public. À travers cette ambitieuse réforme, nous voulons des fonctionnaires plus heureux à leur poste et mieux payés. Parce qu'il y a aujourd'hui un pacte implicite de paupérisation de la fonction publique mis en place par François Hollande et poursuivi par Emmanuel Macron. François Fillon, lui, veut le remplacer par un pacte explicite de progrès pour la fonction publique, avec des agents publics mieux qualifiés, de meilleures qualités de vie au travail et de meilleures rémunérations.

Les trois fonctions publiques doivent contribuer à l'effort de réduction du déficit public. Mais il ne s'agit pas d'un simple exercice comptable avec de grossiers coups de rabot. L'emploi public sera préservé dans les armées, les forces de l'ordre et la justice, au cœur des missions de l'État. L'engagement a aussi été pris de préserver l'emploi public outre-mer.

Supprimer 500 000 postes en cinq ans, c'est non seulement raisonnable, mais surtout c'est nécessaire. Et cela représente en réalité une réduction de seulement 8 % des emplois publics sur cinq ans. Pour y parvenir, nous augmenterons le temps de travail, en passant de manière progressive à 39 heures. Cet effort de réduction portera sur l'ensemble des emplois publics et pas uniquement sur les emplois occupés par des fonctionnaires. Concrètement, aucun agent public ne perdra son emploi, puisque nous suivrons le rythme naturel des départs. Entre 2018 et 2022, les départs de fonctionnaires et de contractuels seront en effet supérieurs à 1 million. Il s'agira donc de remplacer en moyenne « un départ sur deux », à l'échelle des trois fonctions publiques. Cela veut dire que sur la période, la fonction publique continuera de recruter largement, entre 500 000 à 600 000 personnes.

La pression fiscale s'établit désormais à 48 % du PIB. Comment peut-on la diminuer sans que les déficits ne se creusent ?

Depuis 2012, la pression fiscale bat tous les records avec 50 milliards d'euros de hausse des prélèvements obligatoires. Du jamais-vu contre le pouvoir d'achat des Français et la compétitivité des entreprises. C'est pour cela que nous baisserons les charges sociales et les impôts de 50 milliards dès 2018, aussi bien pour les ménages que pour les entreprises. Face à cela, nous engagerons 100 milliards d'euros d'économies sur le quinquennat. C'est moins de 10 % de l'ensemble de la dépense publique. C'est exigeant oui, mais absolument rien d'impossible ou de brutal. Ce qui est brutal, c'est la situation économique d'aujourd'hui.

Et pour réduire la dépense publique, il y a plusieurs leviers à actionner : relever l'âge de la retraite à 65 ans, passer aux 39 heures dans les fonctions publiques, ou encore maîtriser les dépenses de santé.

Le projet de François Fillon pour réduire le déficit de la branche maladie de la Sécurité sociale est-il toujours de limiter le remboursement des "petits risques" ?

Non, François Fillon ne veut pas limiter le remboursement des soins des Français, bien au contraire. Son projet a été beaucoup caricaturé notamment par ceux qui estiment qu'il ne faut rien changer. Et ne rien changer, c'est mettre en danger la pérennité de notre modèle social.

Nous avons deux visions qui s'affrontent : ceux qui veulent privatiser l'Assurance maladie et ceux qui veulent qu'elle rembourse tout. En réalité, il faut conserver les deux piliers du financement de notre Sécurité sociale en les améliorant. Mieux rembourser et mieux soigner : c'est ce que nous voulons pour les Français. Ce n'est pas normal que de nombreuses personnes renoncent à se rendre chez le dentiste, à porter des lunettes ou une prothèse auditive parce que c'est trop cher.

François Fillon souhaite que l'Assurance maladie rembourse la totalité du coût des lunettes pour les enfants et vise un zéro reste à charge pour les dépenses de santé les plus coûteuses , grâce à un nouveau partenariat entre la Sécurité sociale et les organismes complémentaires. Une agence dédiée contrôlera l'évolution des cotisations des complémentaires, la maîtrise de leurs frais de gestion, la clarté des contrats, ainsi que la qualité et la sécurité des prestations remboursées.

Nous garantirons à chaque Français une prise en charge par le professionnel de santé le plus adapté à son besoin médical, grâce au développement des parcours de soins. Pour cela, Il faut décloisonner l'ensemble des acteurs de santé (l'hôpital public, les cliniques, la médecine de ville…) pour plus de coordination. Il est urgent également de revaloriser la médecine libérale, maillon essentiel de notre système de santé. En outre, François Fillon mettra en place une politique de prévention majeure face à l'évolution fulgurante des maladies chroniques. Et à chaque étape, les professionnels de santé - médecins libéraux, infirmières, dentistes ou encore pharmaciens - seront consultés et écoutés, car ils sont au cœur de l'évolution de notre système de santé.

Emmanuel Macron veut supprimer la taxe d'habitation pour 80 % des Français. Pourquoi n'avez-vous pas retenu cette mesure simple et forte ?

Parce que c'est un marché de dupe et une proposition électoraliste. Il dit vouloir supprimer 10 milliards d'euros de taxe d'habitation sur 22 milliards d'euros, il restera donc toujours 12 milliards aux Français à payer. Et quant aux 10 milliards restant, il faudra bien que quelqu'un les paie. Mais ça, Emmanuel Macron ne nous le dit pas. En réalité, il a deux choix : soit l'État va compenser le manque à gagner des collectivités territoriales par l'augmentation d'un impôt national, soit on va devoir encore s'endetter. Au final, cette mesure va surtout affaiblir les communes, de plus en plus dépendantes de l'État, ainsi que les services publics de proximité.

Quelles sont les principales réformes que vous voudriez apporter à notre code du travail ?

Il faut redonner aux entreprises les moyens d'embaucher. Car la réalité aujourd'hui, ce sont des patrons craintifs à l'idée de recruter à cause de la rigidité de notre code du travail. François Fillon veut donc l'adapter à la réalité du marché et aux nouvelles formes de travail.

Premier chantier, faire disparaître la peur d'embaucher, en sécurisant les règles qui régissent le contrat de travail et sa rupture. Neuf embauches sur dix se font aujourd'hui en CDD. La priorité doit être désormais de faciliter les recrutements dans le cadre de contrats stables.

Il faut également redonner la priorité au dialogue social au sein de l'entreprise avec une meilleure place accordée à la négociation collective. Nous doublerons les seuils sociaux (de 10 à 20 et de 50 à 100) pour faciliter l'embauche dans les petites entreprises et rendrons possible le recours au référendum à l'initiative du chef d'entreprise. Enfin, levons le verrou des 35 heures en donnant à chaque entreprise et chaque branche la liberté de négocier le temps de travail.

Comment comptez-vous redonner des marges de manœuvre à nos entreprises, qui souffrent d'un manque évident de compétitivité ?

François Fillon a fait un choix très fort dans son projet, celui de la compétitivité. Car c'est grâce à elle que nos entreprises recréeront de l'emploi et que le pouvoir d'achat augmentera. En face de lui, beaucoup n'ont fait aucun choix. Comme Emmanuel Macron qui poursuit la politique de François Hollande, ou comme Marine Le Pen, qui nous conduira tout droit vers la ruine de notre pays. François Fillon, lui, réduira le coût du travail en France en réalisant 25 milliards d'euros d'allègements de charges sociales et d'impôts de production pour les entreprises. Nous rendrons également 10 milliards d'euros aux entreprises en diminuant progressivement le taux d'impôt sur les sociétés à 25 %. Par ailleurs, pour plus de simplicité et de lisibilité, le CICE sera transformé en baisse de charges patronales durable.

En outre, nous réaliserons une réforme ambitieuse du code du travail pour notamment augmenter le temps de travail et permettre la sortie des situations de blocage grâce au référendum d'entreprise.

Enfin, il faut en finir avec les incertitudes provoquées par les réformes fiscales à répétition. Face à un monde incertain, il faut de la stabilité pour ne plus pénaliser les investissements.

L'augmentation du taux de TVA de 20 à 22 % ne risque-t-elle pas d'enrayer le seul moteur à peu près vaillant de notre économie : la consommation des ménages ?

François Fillon veut effectivement augmenter de 2 points le taux normal de TVA pour financer à la fois les baisses de charges pour la compétitivité des entreprises et les mesures en faveur du pouvoir d'achat des ménages : un abattement forfaitaire de cotisations salariales, la revalorisation des petites retraites et pensions de reversion, la hausse du plafond du quotient familial et le rétablissement de l'universalité des allocations familiales. Les produits de première nécessité et les services publics ne seront donc pas touchés, puisque les taux réduits et intermédiaires resteront inchangés. Enfin, cette augmentation de la TVA permettra de faire contribuer les importations et donc les producteurs étrangers au redressement du pays.

Avec ces mesures, la France reculera encore la date de mise en conformité avec le critère des 3 % de déficit que nous impose l'Europe...

Recettes surestimées, annonces non financées, astuces comptables, tous les artifices comptables de François Hollande pèseront lourdement sur les comptes publics en 2017, mais plus encore en 2018. Nous hériterons d'un déficit d'au moins 3,4 % en 2017 et qui pourrait atteindre jusqu'à 3,8 % en 2018 si rien n'est fait. Face à cette dérive, François Fillon est le seul qui porte un projet courageux, avec des réformes de rupture pour rééquilibrer les comptes publics en 2022 et enfin faire diminuer la dette. Nos partenaires européens attendent de vraies réformes de notre part. François Fillon apportera les gages suffisants dès les premiers mois pour restaurer la crédibilité des engagements budgétaires de la France.

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