Droits de l'Homme et Union européenne : retour sur le douzième Rendez-vous des idées

Publié le 15/03/2019

Les nations, les États peuvent-ils se gouverner alors que la doctrine des droits de l'homme est devenue l'unique référence légitime pour ordonner le monde humain et orienter la vie sociale et individuelle ? Telle était la question centrale du douzième Rendez-vous des idées qui accueillait le philosophe politique Pierre Manent. 

Après Thomas Gomart, directeur de l'IFRI venu évoquer voici une semaine « l'affolement du monde » et avant l'intervention de Luc Ferry et de Bernard Accoyer, la semaine prochaine, utour de « l'Environnement et la Science », Guillaume Larrivé a accueilli ce mercredi, au siège des Républicains, Pierre Manent, professeur de philosophie politique et directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales.

Pierre Manent a invité son auditoire à réfléchir et à échanger avec lui sur « La loi naturelle et les droits de l'homme », thème éponyme de son ouvrage publié aux Presses universitaires de France (PUF).

Cet ancien assistant de Raymond Aron expose la dichotomie entre la « loi naturelle », source de valeurs morales non-crées par l'Homme et le « fléau » de la philosophie des droits de l'Homme.

« Le problème ne tient pas au principe-même des droits de l'Homme mais à son caractère exclusif qui a dévoré les autres principes. Quand les droits de l'Homme deviennent le principe exclusif, ils empêchent toute action », pose d'emblée Pierre Manent pointant les excès dès lors que la « doctrine » des droits de l'Homme règne seule. 

Pierre Manent reproche ainsi à la philosophie moderne des droits de l'Homme de nier les différences naturelles et de réduire la nature à l'identité et à la séparation. « La grande contradiction est donc d'affirmer l'universalité des droits de l'Homme et, dans le même temps, d'encourager la diversité des coutumes humaines », souligne, en substance Pierre Manent. C'est ainsi que l'on en vient à dénaturaliser l'identité sexuelle et à naturaliser l'orientation sexuelle...

Pour exemple, l'ouverture du mariage aux couples de même sexe a, selon lui, changé le sens de l'institution du mariage. « Tous les termes en rapport avec l'union des sexes sont devenus équivoques », observe-t-il, prenant l'exemple sur les notions de "Parent 1" et de "Parent 2" que l'Éducation nationale a voulu inscrire dans le marbre dans des formulaires. Aux yeux du philosophe politique s'il est « légitime de prendre en compte les désirs des couples homosexuels, l'erreur fut de rassembler ces droits nouveaux sous le terme "mariage" en vidant le terme "mariage" de son sens.

Au-delà de ces exemples, Pierre Manent estime que les droits de l'Homme, « l'unique référence légitime pour ordonner le monde humain et orienter la vie sociale et individuelle, ont acquis une autorité si exclusive qu'ils nous empêchent de plus en plus de nous gouverner nous-mêmes ».

« La loi ne commande plus, ne dirige plus, n'oriente plus : elle autorise. Elle ne protège plus la vie des institutions – qu'il s'agisse de la nation, de la famille, de l'université –, mais donne à tout individu l'autorisation inconditionnelle d'y accéder », constate le philosophe regrettant que, par conséquence, l'institution « ne soit plus protégée ni réglée par une loi opposable à l'individu ». 

Quant à la vie politique, « elle se réduit à la chasse aux droits. La religion de l'humanité est un obstacle au bon gouvernement de nos pays. Les droits de l'Homme forment le seul principe auquel nous croyons, celui selon lequel nous agissons. Seuls les hommes en général ont des droits. Nous, en tant que communauté, nous n'avons pas de droit propre, pas de droits opposables aux droits de l'Homme » déplore Pierre Manent ajoutant que « dans cette situation, l'Union européenne, comme ses nations constituantes, sont exposées aux pires déboires si on ne rééquilibre pas cet axiome de départ entre droits de l'Homme et droits des États ».

Pour l'orateur de ce douzième Rendez-vous des idées, « aucun corps politique aujourd'hui ne peut survivre demain par un monde gouverné par ce principe. Mais, observe-t-il en forme d'inquiétude, les Européens sont les seuls à prétendre à se gouverner selon le principe des droits de l'Homme ».

Étonné que l'ensemble humain de l'Union européenne « si fier de ses valeurs soit inintéressé par ses conditions de vie », Pierre Manent pour qui « il est important de retrouver l'ampleur de la vie civique », suggère une réponse : « à l'Union européenne d'accepter la diversité des nations et d'accepter qu'elles restent l'élément principal de la politique européenne. À elles de faire en sorte que la civilisation européenne soit l'élément de leur action, de produire une puissance capable de défendre une forme de vie qui est la nôtre ».

A cette réponse, il annexe deux questions spirituelles posées aux dirigeants européens et aux Européens : « nous aimons-nous assez nous-mêmes pour avoir envie d'agir dans le monde ? Et sommes-nous capables de viser des actions assez belles pour garder l'estime de nous-mêmes ? »

Cette dimension politique spirituelle n'est pas pour déplaire à François-Xavier Bellamy qui a participé avec Annie Genevard, Secrétaire générale, Valérie Boyer et Fabien Di Filippo, Secrétaires généraux adjoints ainsi que Constance Le Grip, à ce Rendez-vous des idées.

Pour la tête de liste des Républicains aux élections européennes qui croit, comme Annie Genevard, « à la revivification des Républicains par les idées après les traumatismes de 2017», « il devient urgent de sauver la responsabilité politique, la belle fragilité de nos constructions collectives dans lesquelles on essaye de discerner ce qui est bon ou mauvais ». 
 

Signez la pétition

Exigeons 5h d'activités d'intérêt général par semaine en contrepartie du RSA !

Il y a huit ans, Laurent Wauquiez fut l'un des premiers à dénoncer les dérives de l'assistanat et à proposer l'instauration de contreparties au versement du RSA. Huit ans plus tard, Edouard Philippe a évoqué cette idée. Idée immédiatement rejetée par son propre gouvernement...
Nous croyons à la politique sociale par le travail, pas à la politique sociale par l'assistanat ! L'un des grands maux de notre pays est d'enfermer dans l'assistanat de trop nombreux Français en ne valorisant pas assez la reprise d'un travail.
Nous demandons que soit modifiée la loi pour conditionner à au moins 5h d'activités d'intérêt général par semaine le versement du RSA.

Signez la pétition

Nos dernières actualités

Christian Jacob au Figaro : « Emmanuel Macron propose un marché de dupes »

Christian Jacob au Figaro : « Emmanuel Macron propose un marché de dupes »

Published on 29/04/2019

Le président du groupe LR à l'Assemblée dresse un constat sans concession après les annonces du chef de l'État, jeudi

François-Xavier Bellamy : « Notre devoir est de transmettre cet héritage comme nous l'avons reçu »

François-Xavier Bellamy : « Notre devoir est de transmettre cet héritage comme nous l'avons reçu »

Published on 19/04/2019

Vendredi, François-Xavier Bellamy, tête de liste des Républicains aux élections européenne