15 mars 2017

Monsieur le Président de la Fédération nationale des chasseurs,

Messieurs les Présidents, Mesdames et Messieurs les Directeurs,

C'est un grand plaisir de me trouver à cette tribune devant l'Assemblée des Présidents de fédérations départementales de chasseurs.

Dans cette campagne présidentielle pleine de mitrailles, je puis vous confier en souriant qu'il ne me déplait pas d'être aujourd'hui aux côtés des vrais chasseurs...

Dans cette élection présidentielle, tous les candidats parlent de la France, mais tous n'ont pas la même idée de la France, tous ne ressentent pas les mêmes choses...

Personnellement, j'assume un ancrage avec notre histoire, avec notre culture, avec notre patrimoine. Il faut des racines pour affronter l'avenir et j'affirme que la France a des raisons d'être fière.

Fière de ses traditions ; fière de ses héritages, de ses paysages, de ses terroirs ; fière de cette ruralité qui a façonné le sarthois que je suis, comme elle a fondé le peuple que nous sommes.

Il y a une identité française qui se confond largement avec nos campagnes, et dans nos campagnes votre passion existe depuis toujours.

Cette passion ne mérite pas d'être caricaturée ; elle est légitime, et elle est même nécessaire aux équilibres de la nature...

Bref, je ne suis pas chasseur – plutôt chasseur d'images – mais je me sens parfaitement à l'aise parmi vous.

Vous représentez une force vive de nos territoires à travers vos 70 000 associations locales de toutes natures.

Vous êtes les représentants du bénévolat et de la ruralité, ces deux valeurs fortes que nous partageons vous et moi.

Je veux soutenir cet engagement bénévole de nos concitoyens, et notamment celui du monde associatif de la chasse.

Je sais qu'il existe un certain nombre de difficultés de recrutement, plus particulièrement, dans le monde rural.

Il faut relancer le bénévolat : cela ne sera ni simple, ni gratuit, mais ce coût éventuel est un modeste prix à payer pour éviter que ne se détricote le tissu social de nos campagnes.

Et puis, s'agissant des chasseurs, il est juste de rappeler qu'ils représentent l'équivalent de 30 000 emplois à temps plein consacrés à la préservation de l'environnement sous toutes ses formes.

C'est en quelque sorte un soutien gratuit mis à disposition de la collectivité nationale.

Selon cette même étude, les chasseurs de France apportent chaque année l'équivalent de 360 millions d'euros de services écosystémiques à notre pays.

Ces quelques chiffres font l'honneur de la chasse française ; ils mériteraient d'être mieux connus afin de faire tomber les préjugés et les critiques dont vous êtes parfois les cibles.

Il faut arrêter ces caricatures qui présentent tout chasseur comme un prédateur, toute personne poursuivant un gibier comme un adversaire de la nature... Il me semble que Gérard Larcher, fine gâchette, n'est pas coupable de crime contre la biodiversité.

Votre passion est respectable et utile.

La ruralité doit être respectée.

Aucun mode de chasse traditionnel ne doit disparaître. Ces chasses, dites traditionnelles, très réglementées, font partie de notre patrimoine culturel et social.

L'ortolan doit pouvoir continuer à être chassé en quantités maîtrisées. Si l'on voulait réellement être efficace, alors, il faudrait s'attaquer à l'agro-industrie ukrainienne qui massacre les jeunes de l'espèce ortolan.

Il faudrait également dénoncer la surmédiatisation de la capture de l'ortolan, alors que dans le même temps, la barge à queue noire est une espèce qui s'éteint dans l'indifférence générale.

Cette espèce qui, me dit-on, nidifie dans les Pays-Bas est décimée par des prédateurs, renards et goélands, qui ne sont plus régulés en Hollande.

Je suis très vigilant sur la biodiversité, mais voilà le résultat d'une écologie plus idéologique que pragmatique !

Tout ceci a au moins le mérite de démontrer deux axiomes chers aux chasseurs : d'une part que toutes les espèces doivent être gérées pour optimiser la biodiversité, d'autre part que considérer la chasse comme seule variable d'ajustement est une erreur.

Je sais bien que les Pays-Bas, puisque je viens de citer ce pays, ne bénéficient pas d'une image exceptionnelle dans la communauté des chasseurs. Il est vrai que dans ce pays, chaque année, entre 100 000 et 200 000 oies sont massacrées, de diverses manières, pour cause de dommages aux cultures.

Et dans le même temps, il apparaît juridiquement impossible de permettre aux chasseurs de France de prélever deux à trois mille oies pendant la première quinzaine de février !

C'est à n'y rien comprendre quand on sait que les espèces dont il est question sont en bon état de conservation.

Il me paraît donc justifié, et cela sans faire passer nos chasseurs pour des braconniers, d'avoir en France un plan de tir raisonnable, mesuré et vérifiable, de quelques milliers d'oies pendant les deux premières décades de février, adaptable selon les circonstances naturelles.

Dans la même logique, il me semble difficilement compréhensible de continuer à décaler les dates d'ouverture du gibier d'eau, selon que l'on chasse à la côte ou dans les marais de l'intérieur.

Il serait tellement plus simple et plus logique de fixer une ouverture unique au premier samedi du mois d'août.

Et comme, pour atteindre ces résultats, il faudra sans doute modifier les directives européennes qui ont plus de trente ans, et bien, la France demandera que ces directives, bientôt quadragénaires, soient remises sur le métier.

En attendant, il faudra, dès 2017, introduire des demandes de dérogation et veiller à ne jamais sur-transposer les textes européens.

Depuis la mise en place de ces directives, les connaissances scientifiques ont évolué. Le concept de protection intégrale de la nature a été remplacé par des concepts plus pragmatiques, car la jurisprudence de la Cour Européenne a profondément modifié l'équilibre de la directive de 1979...

Cet exemple montre combien les concepts imbriqués de ruralité, de nature et d'environnement, ont été, en France plus particulièrement, confisqués par un certaine pensée politique et administrative.

L'illustration en est la volonté de la ministre de mettre en réserve naturelle nationale l'intégralité de l'estuaire de la Loire contre l'avis de tous les usagers de terrain et des élus de toutes tendances confondues.

Il faut en revenir à des concepts de bon sens.

Gérer toutes les espèces et tous les espaces, cela signifie aussi bien interdire provisoirement la chasse que rétablir le caractère chassable d'une espèce revenue à bonne fortune.

Cela revient également à ne plus ratiociner à l'infini sur le caractère nuisible ou prédateur ou déprédateur ou mixte d'une espèce.

Cela conduit à maintenir la chasse du tétras dans les Pyrénées, même si l'espèce est en état peu satisfaisant, car la supprimer, c'est mettre un terme aux aménagements de biotope effectués par les chasseurs, c'est-à-dire assister à la disparition rapide et définitive du tétras.

Vous connaissez mieux que moi les résultats de l'interdiction de la chasse dans le canton de Genève : explosion des dégâts et perte de biodiversité !

La question du ministère de tutelle de la chasse illustre cette problématique de conciliation entre gestion avisée et protection dogmatique.

Comme il est bien normal, les chasseurs souhaiteraient être aidés et non contrariés par leur ministère de tutelle.

Le ministère de l'environnement les verrait d'un mauvais œil par ce qu'il serait tenu par des écologistes qui ne s'intéressent pas à la biodiversité ordinaire, qui veulent retirer l'homme de la gestion des espaces naturels.

Et le ministère de l'agriculture ne les verrait pas non plus d'un bon œil parce que ses fonctionnaires voudraient débarrasser définitivement les céréaliers des sangliers et les forestiers des cervidés, tout en faisant reposer sur les chasseurs, des obligations toujours plus fortes en matière de contrôle sanitaire !

J'entends bien cette attente du monde de la chasse et je souhaite y répondre. Il nous appartient donc, comme fruit d'un travail commun, de mieux positionner la chasse et la pêche dans l'organigramme nécessairement complexe des départements ministériels, probablement en séparant mieux l'aspect gestion de la nature comme ressource naturelle de l'aspect réglementation et police de cette nature.

C'est donc cette piste de ministère des ressources naturelles ou des territoires ruraux que nous devrons explorer.

Comme beaucoup d'entre vous, je constate que les relations de terrain entre les chasseurs et les agriculteurs ne sont pas toujours faciles, malgré toutefois de nombreuses réussites locales, notamment dans le cadre du programme Agrifaune.

Cette situation peut et doit être améliorée sur des points aussi divers que l'utilisation des pesticides, l'indemnisation des dégâts du gibier ou la réforme de la P.A.C.

Dans les trois cas, il s'agit de préserver la biodiversité ordinaire dans des espaces ordinaires, ce qui est, j'en suis persuadé, la grande mission que doivent assumer conjointement les chasseurs et les agriculteurs pour le plus grand bien des espaces ruraux et de notre pays tout entier.

Pour ce qui concerne l'indemnisation des dégâts commis par le grand gibier, je suis d'accord pour reconnaître que la facture devrait être partagée, dès lors que les chasseurs, pour diverses raisons, ne peuvent plus gérer les populations de sangliers ou de cervidés.

Elle doit être ainsi partagée avec les propriétaires fonciers publics et privés qui laissent proliférer à l'excès le gibier sur leurs fonds, sans tenir compte des dégâts commis par celui-ci sur les exploitations agricoles voisines.

C'est une réforme de bon sens, il faut que ce soient les chasseurs et eux seuls qui réalisent les prélèvements à opérer dans les points noirs.

L'infléchissement des politiques agricoles vers une meilleure prise en compte de la préservation de la biodiversité doit être certainement poursuivi, mais de manière concertée et pragmatique, c'est-à-dire sans empiler des normes nouvelles sur les couches actuelles.

Deux objectifs ambitieux s'imposent à nous : mieux protéger les éléments de paysage indispensables pour la faune et adopter des codes de bonnes pratiques sur les fauches (date, vitesse et taille) et sur les traitements chimiques raisonnés.

La surréglementation de la détention légitime d'armes à feu est également le fruit de débats parfois peu rationnels.

Il est normal que l'Etat soit informé des armes à feu détenues sur son territoire, et de leurs possesseurs. La vigilance est évidente.

Mais ce n'est pas en durcissant la législation des armes pour les chasseurs, que l'on empêchera les attentats ! Ce n'est pas avec des armes de chasseur que sont commis les attentats, les agressions et les vols à main armée.

Nous avons actuellement une réglementation efficace. Conservons-la telle qu'elle est.

La question de la police de la nature en zone rurale doit être également posée au rang des menaces sur l'avenir de la ruralité.

Le regroupement de diverses polices, notamment celles de la chasse et de la pêche, au sein d'une organisation départementale coordonnée par la gendarmerie est une piste d'étude à privilégier dans cette optique.

Faute d'une telle évolution, il est à craindre en effet que la surveillance du territoire et la réglementation générale soient de plus en plus lâches alors que se développeraient les missions très spécifiques sur telle espèce rare ou tel micromilieu à préserver.

Il conviendrait donc, à mon sens à la fois, de renforcer la police départementale de la nature et simultanément, d'accroître le rôle de police de proximité exercé par les agents de développement des fédérations départementales de chasseurs, en liaison avec les gardes privés et les gardes champêtres.

Cela appellerait bien entendu un changement profond dans le financement des différentes polices : à l'Etat celui de la police départementale, aux fédérations celui de la police de proximité, comme cela était d'ailleurs le cas jusqu'en 1977.

Vous l'avez compris, mon objectif à terme rapproché est de rendre à la chasse l'argent des chasseurs afin qu'ils en fassent le meilleur usage, que ce soit pour financer des missions de police de la nature, des études scientifiques sur les espèces et les espaces, comme des missions de sensibilisation à la nature, domaine dans lequel excellent nombre de fédérations départementales.

Cela appellerait également une reconfiguration nécessaire des missions respectives de l'Office National de la Chasse et de la Faune sauvage et de l'Agence Française de la Biodiversité.

A l'une la police, à l'autre l'ingénierie et la recherche scientifique sur la biodiversité, dans le cadre d'une saine coopération et après un rééquilibrage de la gouvernance de l'A.F.B..

Je sais, Monsieur le Président Schraen, que vous avez déjà recensé un certain nombre de mesures législatives à intégrer dans une future loi de simplification et de développement de la chasse.

Je m'engage à ce que ce projet ou cette proposition de loi soit inscrite dès l'année prochaine à l'ordre du jour du Parlement.

Ce texte nous permettra notamment, sous le contrôle vigilant de l'Etat, de simplifier et de moderniser l'examen du permis de chasser en en confiant la gestion technique aux fédérations départementales de chasseurs.

Cette loi aurait également pour objectif de moderniser le droit de l'environnement en donnant toute leur place aux services écosystémiques et en tirant toutes les conséquences, notamment financières, du caractère d'utilité publique de plusieurs composantes de l'activité cynégétique.

Elle aurait enfin pour objectif de faire le point sur l'ensemble des schémas régionaux qui concernent la chasse à des titres divers et qui appellent sans doute la mise au point d'un schéma régional de gestion cynégétique.

J'ai bien conscience, Monsieur le Président, de n'avoir pas encore traité tous les sujets, mais j'ai le privilège de disposer de l'expertise du Président Gérard Larcher qui est sans égale en la matière et de Jean-Noël Cardoux, Président du Groupe Chasse – Pêche.

Par leur entremise, je demeure donc en permanence à votre écoute et je forme le vœu que le combat en faveur de la ruralité soit compris et légitimé par tous les Français.

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