Damien Abad aux Echos : « Sur les retraites, les Français n'auront pas la réforme et ils auront les blocages »

Publié le 26/11/2019

Pour le nouveau président du groupe LR à l'Assemblée, « Emmanuel Macron a, en réalité, déjà échoué » sur les retraites. « Tant que l'on ne touchera pas au totem de l'âge légal, on aura une non-réforme », prévient-il. Damien Abad souhaite que le tiers des économies réalisées par une réforme des retraites soit consacré à l'augmentation du pouvoir d'achat des retraités.

Le climat social vous inquiète-t-il ?

Oui. Il y a un risque réel de déstabilisation de la société, déjà très fracturée, et on sent bien que ça peut s'embraser très vite. Le pays est dans la même situation qu'au début du mouvement des « gilets jaunes » : non seulement les causes des tensions sociales ne sont pas traitées mais, malheureusement, la stratégie de pourrissement du gouvernement entretient un flou très anxiogène, qui pourrait avoir un effet boomerang.

Les réformes des retraites sont toujours très anxiogènes. L'exécutif en est-il responsable ?

Oui, parce que la droite a réussi - en 1993, en 2003 et en 2010 - là où Emmanuel Macron a, en réalité, déjà échoué. Il y aura peut-être une loi, mais voter une loi qui va s'appliquer pour partie en 2040 et pour partie en 2060 n'est pas très sérieux. Alors que le rapport du Conseil d'orientation des retraites prévoit un déficit de 8 à 17 milliards à l'horizon 2025, le gouvernement ne semble plus prêt à prendre des réformes courageuses.

Depuis les « gilets jaunes » , Emmanuel Macron a perdu son audace réformatrice des débuts au profit d'une forme de paralysie. Sa responsabilité est énorme : il masque la réalité, prenant les Français - pourtant prêts à entendre un discours de vérité - pour des benêts. Tant que l'on ne touchera pas au totem de l'âge légal, on aura une non-réforme. Avec une double conséquence pour les Français : ils n'auront pas la réforme et ils auront les blocages de la rue.

Que doit faire l'exécutif avant le 5 décembre ? Tenir bon ou lâcher du lest ?

La question n'est pas là. Ce qu'il faut, c'est une réforme juste et équitable pour les Français, donc un vrai dialogue social et non pas un ersatz de concertation. La concertation a été totalement faussée par le président de la République qui, dans la brutalité et l'arrogance, a voulu casser les corps intermédiaires.

La Conférence sociale proposée par le Modem aurait donc été une bonne idée ?

Oui, à condition qu'elle puisse déboucher sur quelque chose. Mais les partenaires de La République En marche ne sont pas écoutés, pas plus que les corps intermédiaires ou les oppositions...

Sur le fonds, quelle réforme préconisez-vous ?

Il est urgent de redonner du sens à la réforme des retraites. Pour qu'une réforme soit réussie, il faut déjà corriger deux injustices majeures : l'écart entre le public et le privé et l'écart entre les régimes spéciaux et le régime général. Aborder ce sujet uniquement par la clause du grand-père , c'est renoncer à la première des injustices sur le système de retraites.

Ensuite, pour ne pas avoir à toucher aux pensions, il faut jouer sur l'âge légal, jusqu'à 65 ans, en tenant compte de la pénibilité. La durée de cotisation seule ne suffit pas et elle est même profondément injuste : cela veut dire que ceux qui demain seront étudiants jusqu'à 26 ans devront partir à 68 ans.

Il faut que la droite l'assume, parce que c'est le seul moyen de résorber le déficit, de garantir le pouvoir d'achat et d'assurer un avenir au système de retraites pour les nouvelles générations. Je propose d'ailleurs que les économies réalisées grâce à cette réforme soient reversées pour un tiers dans la résorption du déficit du régime de retraites, un autre tiers pour assurer le système par répartition et un dernier tiers pour accroître le pouvoir d'achat des retraités, qui a beaucoup baissé.

Edouard Philippe veut « faire comprendre aux Français qu'il faut travailler plus longtemps ». Ne devriez-vous pas applaudir ?

J'entends les paroles louables d'Edouard Philippe, mais je vois surtout qu'au bout de deux ans, on en est encore au stade des discours. C'est le bazar : on entend tout et son contraire. C'est le signe d'une hésitation coupable, de renoncement permanent, d'impuissance et de paralysie. La droite ne soutient pas les manifestants, qui veulent que rien ne change. Elle ne soutient pas le gouvernement, qui ne dit pas la vérité. Nous sommes du côté de la majorité silencieuse : les Français savent qu'une réforme est nécessaire, mais ils veulent qu'elle soit juste.

Etes-vous favorable au service minimum garanti avec réquisition de personnels grévistes, comme le propose le chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau ?

Renforcer la loi sur le service minimum , qui rencontre des difficultés pratiques, est une nécessité. Le droit de grève doit être respecté mais il ne doit pas se faire au détriment de la continuité du service public, et donc des usagers.

On vous sent beaucoup moins allant sur la question de la réquisition des personnels...

Pour moi, l'idéal serait d'avoir un accord avec les partenaires sociaux pour que le tiers des transports soit assuré pendant les heures de pointe et que les Français ne soient plus pris en otage. Je préfère toujours la négociation à la réquisition. Ce qui n'empêche pas de mettre en place un système de réquisition en cas d'échec des négociations.

>> Lire l'interview sur LesEchos.fr

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Exigeons 5h d'activités d'intérêt général par semaine en contrepartie du RSA !

Il y a huit ans, Laurent Wauquiez fut l'un des premiers à dénoncer les dérives de l'assistanat et à proposer l'instauration de contreparties au versement du RSA. Huit ans plus tard, Edouard Philippe a évoqué cette idée. Idée immédiatement rejetée par son propre gouvernement...
Nous croyons à la politique sociale par le travail, pas à la politique sociale par l'assistanat ! L'un des grands maux de notre pays est d'enfermer dans l'assistanat de trop nombreux Français en ne valorisant pas assez la reprise d'un travail.
Nous demandons que soit modifiée la loi pour conditionner à au moins 5h d'activités d'intérêt général par semaine le versement du RSA.

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