06 août 2018

« L'affaire Benalla marque le clap de fin du 'nouveau monde' et de la 'République exemplaire'. » Selon Damien Abad, vice-président, il y aura bien un avant et un après cette affaire pour Emmanuel Macron. Dans une interview au JDD, le député de la 5e circonscription de l'Ain est sévère avec le président de la République à qui il reproche sa gestion de l'affaire. « Il y a toujours eu chez Macron une volonté d'audace, mais l'audace aurait été de dire qu'une erreur a été commise, que la sanction n'était pas à la hauteur de la faute », déclare-t-il.

Y aura-t‑il un avant- et un après-affaire Benalla pour Emmanuel Macron ?

Il y aura forcément un avant et un après. Cette affaire révèle le mode de fonctionnement du pouvoir actuel, marqué par la place accordée aux privilèges, à l'entre-soi, au règne des courtisans et des passe-droits, et une forme d'autoritarisme et d'hyper-concentration des pouvoirs à l'Élysée. Elle marque le clap de fin du « nouveau monde » et de la « République exemplaire », et le désenchantement du macronisme. La République en marche ne peut pas donner des leçons de morale et être prise ainsi en flagrant délit de mensonge. Les Français avaient des attentes, des espoirs. Mais ils voient qu'il ne suffit pas de renouveler les têtes. Il faut changer les pratiques.

Selon Richard Ferrand, « quand on jette la suspicion sur la République et ses responsables, c'est la démocratie qu'on affaiblit »...

Ce n'est pas l'opposition qui jette la suspicion. Ce sont des comportements inadaptés à la tête de la République, et notamment à l'Élysée, où des hommes sont dans l'abus de pouvoir permanent avec l'impression d'être au-dessus des lois. Et ce n'est pas en étouffant les contre-pouvoirs - le Parlement, la justice, la presse - qu'on renforcera la démocratie.

Qu'avez-vous pensé de la réponse d‘Emmanuel Macron : « Qu'ils viennent me chercher ! » ?

Je n'aime pas la République des fanfaronnades et des rouleurs de mécaniques. Il y a toujours eu chez Macron une volonté d'audace, mais l'audace aurait été de dire qu'une erreur a été commise, que la sanction n'était pas à la hauteur de la faute et qu'on ne peut pas se permettre de dénigrer les institutions, la police, la justice et les corps intermédiaires.

Cette affaire va-t‑elle changer le climat au Parlement entre majorité et opposition ?

La promesse macronienne de départ, c'était de dépasser les clivages politiques dans l'intérêt du pays, avec un Parlement qui ne serait pas un Parlement aux ordres. La réalité de la Macronie, c'est l'enfermement dans un parti unique, avec des parlementaires de la majorité asservis au pouvoir exécutif, qui n'ont d'autre choix que de soutenir aveuglément les projets de loi du gouvernement.

L'affaire Benalla marque-t‑elle un tournant pour l'opposition ?

L'opposition a montré sa force. Cet épisode a permis de consolider notre camp. Mais cela ne doit pas occulter le nécessaire travail de refondation que la droite doit mener. Ce serait une erreur de se contenter des fautes de nos adversaires. Nous avons trop attendu, hier, l'échec de Hollande. Nous ne devons pas attendre, aujourd'hui, l'échec du président de la République. Il faut une ligne politique pour la droite, affirmer nos convictions et défendre ce que nous sommes. Il faut construire la droite des idées et des résultats. C'est ce que nous faisons avec Laurent Wauquiez. Et s'il y a une faiblesse du chef de l'État sur les questions régaliennes comme la sécurité ou l'immigration, il y a aussi un match à mener sur les résultats de Macron en matière économique et sociale. Nous avons des choses à dire sur la justice des réformes, sur le pouvoir d'achat des Français ou sur l'ascenseur social qui est en panne.

Deux députés LR ont voté la motion de censure de la gauche. Vous les comprenez ?

Je respecte toutes les positions. Mais j'ai personnellement beaucoup œuvré pour que nous soutenions avant tout notre motion de censure. Je ne crois pas à la confusion des genres et à des alliances de circonstance. Je ne me sens pas proche des idées de l'extrême gauche. Ne faisons pas ce cadeau à LREM, qui voudrait que le match se joue entre Macron d'un côté et les extrêmes de l'autre, avec Mélenchon et Le Pen en faire-valoir du pouvoir. Il faut que nous incarnions une alternative républicaine crédible. C'est tout l'enjeu pour nous.

Est-ce la revanche de l'ancien monde ?

C'est surtout la revanche du vrai monde ! Face à un président de la déconnexion, nous devons, nous, être dans le monde des réalités, de la vie quotidienne des Français. C'est pourquoi notre premier combat à la rentrée portera sur l'emploi ou le prélèvement de l'impôt à la source, symbole de l'impôt confiscatoire et de la perte de pouvoir d'achat des Français.

Muet depuis le 20 juillet, Laurent Wauquiez devrait le rester jusqu'à sa rentrée, fin août. N'est-ce pas un trop long silence pour le chef de file de la droite ?

Laurent Wauquiez veut avoir une parole forte et la maîtrise de son agenda. Président de notre formation, il ne peut pas être un commentateur quotidien des événements. Il s'agit d'abord pour lui de construire une opposition crédible, durable et solide sur ses convictions. Cela nécessite parfois de prendre de la hauteur pour ne pas être uniquement dans le commentaire, mais aussi dans la proposition.

Les Républicains se sont-ils abîmés dans cette affaire, comme l'assure la majorité ?

Ceux qui se sont abîmés, c'est La République en marche et Emmanuel Macron. On assiste à un décrochage entre les électeurs de centre droit, modérés, et le macronisme. On leur avait promis une horizontalité du pouvoir et ils ont pris en pleine face la verticalité du pouvoir dans sa version la plus dure. Ils savent qu'on ne peut pas réformer la France tout seul dans un État moderne, et c'est pourtant exactement ce que fait Macron. Ils pensent que la question de la dette est centrale et celle-ci continue pourtant d'augmenter, car ce pouvoir va de cafouillages en dérobades sur ce sujet. Ils croient au projet européen et veulent des résultats, et ils n'en voient aucun malgré toutes les promesses de Macron. Ces électeurs ont le sentiment de s'être fait berner. Nous avons encore un long travail de reconquête à mener mais je suis persuadé qu'il portera ses fruits dès les prochaines élections européennes. Le pouvoir d'attraction du macronisme est en train de s'éroder fortement.

>> Lire l'interview sur leJDD.fr

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