14 février 2016

Quelle est notre ligne politique ? Quel est le socle de nos valeurs ? Lancé samedi par Nicolas Sarkozy, le débat s'est prolongé dimanche matin à l'occasion de la seconde journée du Conseil national qui a accueilli, pendant deux jours, plus de 2 000 responsables locaux à la Porte de Versailles.

Premier à prendre la parole, Luc Chatel, nouveau président du Conseil national a fait part de sa conviction. « Si nous voulons être le parti du réveil de la France, nous devons être d'abord le parti du réel, regarder la réalité en face », estime l'ancien ministre de l'Education nationale critiquant « une gauche qui vit dans le rêve et le virtuel. Dans sa campagne présidentielle, François Hollande voulait réenchanter le rêve. La réalité est que les Français déchantent et la France décroche », décoche Luc Chatel.
Lançant plusieurs pistes (être le parti du risque et de l'innovation, prendre le pouvoir politique en Europe…), il souligne l'importance de notre analyse avant d'agir. « C'est parce que nous aurons fait le bon constat du monde dans lequel nous vivons que nous pourrons apporter les bonnes solutions », estime-t-il.

Député-maire de Provins (Seine-et-Marne) et président du groupe Les Républicains à l'Assemblée nationale, Christian Jacob a souhaité revenir sur l'intervention, jeudi dernier, de François Hollande. « La plus mauvaise depuis qu'il est président de la République. Nous sommes passé de "Monsieur Petites Blagues" à "Monsieur Petites Combines" . Allusion à l'annonce de François Hollande sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). « Décider d'un référendum sur une décision déjà prise et purgée de tous les recours, il faut le faire », s'exclame Christian Jacob qualifiant de « médiocre » un remaniement ministériel qui cache les fractures idéologiques au sein d'une majorité gouvernementale qui, il y a encore quelques jours, se critiquait.
« Nous sommes devant un président de la République qui est dépassé par les évènements et un Premier ministre qui reste en place par la force des institutions car il n'y a plus de majorité à l'Assemblée », constate-t-il..
« Nous, nous n'avons pas de fracture idéologique », compare, en forme de miroir, Christian Jacob estimant que « pour préparer l'alternance, les Français attendent que nous jouions collectif ». Et d'inviter tous les candidats potentiels à la primaire « de prendre un peu de temps pour expliquer tout le bien qu'ils pensent du travail accompli par notre formation politique que cela soit à l'Assemblée, au Sénat, au Parlement européen, dans les départements, les régions… ».
Avant de conclure, Christian Jacob a souhaité « féliciter, remercier, encourager l'ensemble de notre équipe dirigeante qui, autour du président Nicolas Sarkozy, a rassemblé, apaisé et remis au travail notre famille politique. « Des comptes remis à équilibre, une primaire financée, des départementales et des régionales gagnées, des élections internes réussies…, en un an le chemin parcouru a été immense ».

Autre membre de l'équipe dirigeant à ironiser sur le remaniement ministériel, Laurent Wauquiez, vice-président délégué et député de la Haute-Loire. « Non, nous n'attendions pas une pause fiscale, ni une inversion de la courbe du chômage. Oui, ce que les Français réclamaient à corps et à cris, c'est un remaniement. Et quel remaniement !»
« De qui se moque t on ? Pense-t-il duper les Français avec de telles méthodes ? Le seul que nous voulons voir partir, c'est vous, François Hollande », lance Laurent Wauquiez qui partage le même sentiment que Christian Jacob : « il n'y a pas d'ennemis à l'intérieur de notre famille politique. Tout le monde doit prendre l'engagement d'être uni derrière celui qui l'emportera car nous avons une ambition : gagner 2017 ».
Mais pour gagner, il faut défendre ses convictions assure Laurent Wauquiez, prenant exemple sur la conduite de sa campagne des régionales en Auvergne-Rhône-Alpes.
« Nous ne devons jamais trahir nos convictions : nous vous devons cela. Nous devons montrer que la droite ce n'est pas la gauche », assure Laurent Wauquiez pour qui « les Français ne doutent pas de nos idées mais de notre détermination à les mettre en œuvre ».
Laurent Wauquiez a également contesté cette République socialiste « faible avec les forts et forte avec les faibles ». Evoquant le « danger d'un délitement culturel de la nation », Laurent Wauquiez estime qu'il y a « trop longtemps que nous fermons les yeux, que nous nous taisons. Les Français attendent un discours déterminé ». Une allusion à l'absence de réaction de la socialiste Najat Vallaud-Belkacem « qui se fait humilier publiquement par un salafiste sans broncher ».
« La seule question qui vaille » à ses yeux c'est « le cap, les valeurs. Que veut la droite. ? A quoi sert-elle ? Le temps de l'eau tiède et des mous en politique est révolu. Oui nous sommes de droite, nous en sommes fiers et nous voulons une droite qui assume ses idées au grand jour », lance encore Laurent Wauquiez pour qui « la flamme de notre pays n'est pas éteinte. Il suffit de souffler sur les braises pour retrouver cette énergie.
Il est temps que la France soit de retour ».

Ces débats « sérieux » deux jours durant ont « enchanté » Eric Woerth, Secrétaire général en charge de l'élaboration du projet qui, lui aussi, a voulu apporter sa pierre à la réflexion sur la ligne politique de notre famille politique.
« Notre famille politique c'est celle de la droite et du centre. Je crois en la France et en l'Europe et je pense que nous avons toujours un message universel à délivrer au monde », estime Eric Woerth pour qui « une famille c'est aussi un socle de convictions ».
Croyant « à l'équité et non à l'égalitarisme », Eric Woerth avance quelques pistes. Comme celle, « à situation égale, d'avoir une retraite égale. Il faut sortir de ces iniquités que les Français ne supportent plus. Il faut mettre fin aux régimes spéciaux. A travail égal, on doit être traité de la même façon », insiste Eric Woerth pour qui l'un des combats de la société doit porter sur la malveillance.
Il souhaite le retour d'une France forte. « Parce que quand la France est grande, les Français sont heureux », ajuste-t-il comme pour mieux critiquer « les socialistes qui dégradent avec méthode la France ».
Alors que des nuages noirs s'amoncellent (Brexit, endettement excessif des nations, effondrement des prix des matières premières, crise des migrants…), Eric Woerth regrette que la seule réponse apportée par François Hollande soit celui d'un remaniement, « une sacrée mascarade ».
« Le vrai remaniement c'est celui de 2017, quand François Hollande partira », réagit-il, invitant notre famille politique Les Républicains à « être à la hauteur de cette France qui vient et non de celle qui s'en va, de magnifier nos rêves et révéler nos talents ».

S'appuyant sur son expérience politique remontant aux années Giscard, Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre, n'a « jamais connu une situation aussi dégradée. Quand c'est la reprise dans tous les pays et qu'elle n'est pas en France, il y a une question de responsabilité. Quand le chômage a augmenté de plus de 20% en France depuis 2012 alors qu'il a baissé de 10% sur l'ensemble des pays de l'Union européenne, il y a une question de responsabilité », souligne Jean-Pierre Raffarin. « Tous les paramètres sont profondément dégradés. Le problème est que le PS cache la vérité aux Français en parlant de retour de la croissance. On est dans une situation de mensonge national, de bricolage à tous les étages », déplore Jean-Pierre Raffarin évoquant lui aussi un « remaniement affligeant ».
Regrettant, comme Eric Woerth, la perte d'influence de la France, Jean-Pierre Raffarin souhaite que « notre parti s'engage dans une bataille terrible contre l'islamisme radical qui n'est pas une folie mais une idéologie de déconstruction de toutes nos valeurs. On tue son dieu quand on tue l'autre », assure-t-il.
Dans « une France en déclin, il y a besoin d'un sursaut républicain », assure Jean-Pierre Raffarin qui fixe trois priorités : redonner de la puissance à la politique ; faire de l'emploi une grande cause nationale. « Pourquoi cela marche partout sauf en France », interroge de nouveau Jean-Pierre Raffarin. « De ce point de vue, François Hollande a fait un mal fou au pays avec cette annonce de promesse d'inversion de la courbe du chômage sans qu'il mette la moindre énergie pour y arriver », lâche-t-il.
Troisième priorité à ses yeux : « dire ce que l'on va faire, quand et comment? »
Avec cette conviction chevillée au corps: « la politique peut être grande à condition de la hisser à la hauteur de la France ».

Abonnez-vous Les républicains magazine Toute l'actualité politique des républicains