05 décembre 2018

« Puisse cette crise vous ouvrir les yeux ! » Président du groupe les Républicains à l’Assemblée nationale, Christian Jacob n’a pas mâché ses mots, mercredi après-midi, lors du débat qui a suivi la déclaration du Premier ministre sur la fiscalité écologique et ses conséquences sur le pouvoir d'achat.

L’occasion pour le patron des députés les Républicains de rappeler qu’en mai 2017 les Français avaient élu un président qui « devait moderniser le pays à marche forcée » et disait avoir « compris ce qui était bon pour les Français ».

« 18 mois plus tard, le voilà pétrifié, dos au mur, confronté à une immense colère du peuple de France », colère dont le « vrai responsable, est à l’Elysée. C’est lui qui, le moment venu, devra rendre des comptes aux Français », lance Christian Jacob faisant la liste de tous les « souffre-douleurs » des politiques d’Emmanuel Macron. Que cela soit les retraités « qui ont subi le choc de la CSG et qui vont subir le choc de la non indexation des pensions à laquelle nous vous demandons de renoncer » ; que cela soit les classes moyennes et les familles qui « constatent au quotidien que tout augmente. Ils ont subi vos coups de rabot sur les allocations familiales et sur les APL. Beaucoup n’ont pas vu la couleur de la baisse de la taxe d’habitation » ; que cela soit les communes qui « doivent se serrer la ceinture face à un Etat qui a renoncé à toute politique d’aménagement du territoire... »

Le résultat, analyse Christian Jacob, est que « l’effort repose sur les Français, sur les Français modestes, sur les classes moyennes qui n’en peuvent plus, et qui endurent votre stratégie du matraquage fiscal, tout cela parce que « vous avez laissé filer les déficits et la dette. Parce que vous avez renoncé à vous attaquer à la dépense publique et à engager aucune vraie réforme ». Aux yeux de Christian Jacob ce sont là « des motifs légitimes de colère, des motifs d’explosion sociale ».

Dénonçant le « mépris » , cette « marque de fabrique » d’Emmanuel Macron, Christian Jacob n’oublie pas l’attaque en règle, avec « arrogance », du président de la République contre les « Français qui ont le malheur de rouler en voiture ». Que cela soit la  mesure « venue d’en haut » de la limitation à 80km/h, le durcissement du contrôle technique automobile, la politique de taxation « complétement délirante, injuste, incompréhensible » qui va conduire à prélever 45 milliards d’euros de plus d’ici à 2022. « Si votre objectif était réellement de diminuer les émissions de carbone plutôt que de faire exploser le montant des impôts et taxes, vous n’auriez pas décidé de fermer Fessenheim puis d’autres réacteurs et vous auriez mis en place un grand plan de développement des énergies d’origine agricole », relève Christian Jacob comme pour mieux souligner le fait que le gouvernement a trouvé là le moyen, non pas de financer la transition énergétique mais de remplir les caisses de l’État.

« Ce que vous n’avez pas compris, c’est que cette colère profonde est le symptôme d’un ras-le-bol fiscal généralisé, mais qu’elle est aussi le cri de Français qui défendent leur mode de vie. Oui, les « illettrés » de Gad, les « Gaulois réfractaires », « ceux qui ne sont rien », « ceux qui roulent au diesel et fument des clopes et tant d’autres, ont décidé de relever la tête», réagit le patron des députés les Républicains, témoignant combien de millions de Français « ont été offensés quand ils ont entendu votre gouvernement sous-entendre que les rassemblements de gilets jaunes étaient des rassemblements de quelques illuminés qui n’avaient que des défauts à vos yeux ».

Dénonçant le comportement du Gouvernement qui a parié sur la « stigmatisation » puis sur le « pourrissement », en étant « incapable de répondre au bon moment aux cris de détresse venus de tous les milieux, de toutes les classes sociales et de tous les territoires, vous avez semé la discorde et la violence », juge le député de Seine-et Marne. « Il ne suffit plus de dire stop à la violence. Il faut commencer par ne pas l’attiser en trouvant les mots et en prenant les décisions qui s’imposent », estime Christian Jacob alors que se profile un nouveau samedi noir à Paris. L’occasion de fustiger le pouvoir et le ministère de l’Intérieur « complètement dépassés » par les évènements. « Nous avons assisté à une faillite sécuritaire samedi à Paris », juge Christian Jacob souhaitant que des « consignes claires » soient données aux forces de l’ordre « qui n’ont pas vocation à être des cibles pour des casseurs et des pilleurs. Votre rôle, c’est de les protéger et de leur permettre de se protéger lorsqu’ils maintiennent l’ordre républicain », insiste Christian Jacob.

« Le Président de la République, qui a rarement hésité à se mettre en scène comme chef des Armées, qui a humilié publiquement un grand chef militaire le 14 juillet 2017, a été incapable d’empêcher des scènes de guérilla urbaine sous l’Arc de Triomphe, des scènes de pillage en plein Paris », relève Christian Jacob pour qui Emmanuel Macron, responsable de la crise actuelle, doit « lui et lui seul proposer une sortie de crise ».

Prêt à participer au grand débat national, Christian Jacob met cependant une condition des Républicains : l’abrogation « définitive » des taxes sur les carburants. « Il impose aussi que vous disiez, avec modestie, que votre politique budgétaire et fiscale n’est pas la bonne car elle a fait baisser le pouvoir d’achat de la grande majorité des Français », ajoute Christian Jacob, espérant que le Parlement pourra, dans la foulée, « jouer son rôle, voter un nouveau budget, baisser les taxes et impôts qui asphyxient nos compatriotes ».

Notant qu’il faudra « d’une manière ou d’une autre, donner la parole aux Français, pour qu’ils puissent dire souverainement » ce qu’ils pensent du Président de la République, du gouvernement et de sa politique, Christian Jacob ne comprend cependant pas « le dogmatisme » et l’« aveuglement » de l’exécutif qui refuse toutes les propositions des Républicains sur tous les sujets (budget, impôts, dépense publique, sécurité, lutte contre le terrorisme, santé, handicap).

Souhaitant un retour au calme mais également tendre la main au Gouvernement « parce que les circonstances l’exigent », Christian Jacob a rappelé les propositions des Républicains pour retrouver la sérénité : l’abrogation des taxes sur le carburant, du 1er janvier 2019 et celles des années suivantes ; l’abandon de la désindexation des retraites et des allocations familiales ; l’annulation de la hausse de la CSG sur les retraités ; la défiscalisation complète des heures supplémentaires pour redonner du pouvoir d’achat aux salariés et de la compétitivité aux entreprises.

Mais, pour Christian Jacob, « à ce stade, le compte n’y est pas ». Raison pour laquelle les Républicains ne voteront pas les propositions du Premier ministre « dont l’insuffisance, à ce stade, démontre que vous n’avez pas pris la mesure de l’exaspération et de la colère des Français ».

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