Christian Jacob au Figaro : « Emmanuel Macron propose un marché de dupes »

Publié le 29/04/2019

Le président du groupe LR à l'Assemblée dresse un constat sans concession après les annonces du chef de l'État, jeudi, lors de sa conférence de presse.

LE FIGARO.- Emmanuel Macron a fait une série de mesures, sur lesquelles le gouvernement va plancher ce lundi. Était-ce à la hauteur de la crise selon vous ?

Christian JACOB.- On a plutôt eu un effet « plouf que waouh » ! M. Macron était très attendu à l'issue d'un débat interminable. La vérité est qu'il n'a pas réussi à le conclure avec des réponses à la hauteur des attentes des Français. En ne changeant pas de cap, il prend un risque majeur pour la cohésion du pays. Six mois se sont passés depuis le début de la crise des « gilets jaunes ». Le grand débat a été pensé comme un moyen de gagner du temps, d'amadouer les élus et d'endormir les Français. Or les causes de cette crise sont identifiées et rien, dans les annonces floues du président, ne permet de dire qu'un début de réponse a été apporté. L'avenir nous dira s'il a galvaudé sa seconde chance. Si c'est le cas, ce sera un formidable gâchis car finalement, ce sont les chances de la France qu'il gâche.

Ces mesures sont-elles finançables selon vous ?

Les questions du pouvoir d'achat et du niveau des impôts restent les questions primordiales. Mais nous n'avons rien entendu sur la baisse des dépenses publiques. Donc, si les impôts baissent, cela sera financé par plus de dette pour nos enfants. La France de M. Macron est devenue la championne de la dépense publique, du déficit et de la dette.

Mais certaines propositions de l'exécutif étaient aussi réclamées par LR. Vous les soutiendrez ?

Comme souvent avec M. Macron, il y a une différence entre les paroles et les actes. Le groupe LR à l'Assemblée nationale a proposé en avril une proposition de loi pour baisser de 10 % l'impôt sur le revenu de tous les Français avec un plan détaillé de réduction des dépenses publiques. La majorité a rejeté notre proposition. Elle y revient mais sans dire comment et qui sera concerné. Nous demandons donc une loi de finances rectificative dans les plus brefs délais. Ce sera pour nous le moment de faire un point précis sur le sort des retraités de France qui restent les sacrifiés des annonces de M. Macron.

On attendait un geste fort pour la CSG des retraités qui continuent à subir son augmentation. Là encore, rien! On attendait la réindexation immédiate des pensions pour tous. Rien avant 2020 ou 2021. M. Macron présente la réindexation comme un cadeau. Elle est tout simplement un droit garanti par la loi. Pour les retraités, c'est aussi le grand flou. Nous sommes inquiets des conséquences d'une réforme des retraites par points dont personne ne comprend la philosophie. Parce qu'il n'a pas le courage de mettre cartes sur table avec une mesure d'âge, M. Macron propose un marché de dupes. Enfin, sur la décentralisation ou encore le débat au Parlement sur la politique migratoire, ce ne sont que des effets d'annonce.

Le chef de l'État s'est dit prêt à lever l'objectif de suppression des 120.000 fonctionnaires. Qu'en pensez-vous ?

En deux ans, le gouvernement a supprimé 5000 postes de fonctionnaires sur les 120.000 prévus. M. Macron a juste pris acte de son échec. Comme avec M. Hollande, il est probable qu'on finisse avec une augmentation du nombre de fonctionnaires car il n'a pas une réelle volonté de réformer l'État. D'ailleurs, s'il l'avait, il n'utiliserait pas un leurre avec la suppression démagogique de l'ENA et des grands corps.

Le président a chargé son gouvernement d'appliquer ses annonces, ce qui annonce un calendrier chargé au Parlement. Est-ce réaliste pour vous ?

Le gouvernement doit très rapidement proposer une loi de finances rectificative sans attendre le vote du budget 2020 et surtout faire une déclaration de politique générale pour s'assurer de sa légitimité et du soutien de sa majorité. Pour ce qui concerne le calendrier, soit la majorité à l'Assemblée continue d'être une chambre d'enregistrement, méprisée et humiliée par le gouvernement, soit elle décide de jouer pleinement son rôle en étant force de propositions, et à ce moment-là le calendrier n'est pas tenable.

La réforme des institutions doit être examinée à l'été avec une dose de proportionnelle et une baisse du nombre de parlementaires. Est-ce de nature à répondre à la crise démocratique actuelle ?

La réforme des institutions est enlisée depuis juillet sur fond d'affaire Benalla. Le président aura-t-il la force politique de faire voter en juillet 2019 ce qu'il a été incapable de faire voter en juillet 2018 ? Le doute est permis, d'autant que ses plus proches collaborateurs sont toujours cernés par l'affaire Benalla. Nos compatriotes réclament des élus de proximité, enracinés dans les territoires. Qui peut penser que des députés élus dans des circonscriptions de 250.000 habitants seront des représentants efficaces du peuple ? Quant à la proportionnelle, c'est le choix des partis contre les territoires! Sans compter le risque de déstabilisation de nos institutions avec une Assemblée ingouvernable.

Emmanuel Macron dit faire confiance aux élus. C'est le début d'une nouvelle ère ?

Depuis deux ans, le pouvoir a déconsidéré les territoires. Le président a ensuite utilisé les maires comme une bouée de sauvetage. Si la crise a permis d'éviter qu'il continue à les humilier, elle aura servi à quelque chose. Maintenant, on jugera aux actes.

Le président demande au Parlement de se réformer. Que comptez-vous faire ?

Il nous demande d'être plus efficaces. Mais s'est-il posé la question de sa propre efficacité depuis deux ans ? La réforme qu'il nous propose est à mes yeux dangereuse pour l'équilibre des pouvoirs. La France a besoin d'un Parlement respecté et indépendant. D'une manière générale, et particulièrement face à ce président. En ce qui me concerne, je reste très attaché à une procédure parlementaire avec deux lectures dans chaque Chambre.

Quel bilan tirez-vous des deux ans d'Emmanuel Macron à l'Élysée ?

Un échec budgétaire, fiscal et économique. Des annonces de réforme très peu suivies d'effet depuis deux ans. Et un acte II du quinquennat qui risque de se terminer comme le premier, par une grande colère des Français qu'il n'a réussi ni à contenir, ni à apaiser.

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Exigeons 5h d'activités d'intérêt général par semaine en contrepartie du RSA !

Il y a huit ans, Laurent Wauquiez fut l'un des premiers à dénoncer les dérives de l'assistanat et à proposer l'instauration de contreparties au versement du RSA. Huit ans plus tard, Edouard Philippe a évoqué cette idée. Idée immédiatement rejetée par son propre gouvernement...
Nous croyons à la politique sociale par le travail, pas à la politique sociale par l'assistanat ! L'un des grands maux de notre pays est d'enfermer dans l'assistanat de trop nombreux Français en ne valorisant pas assez la reprise d'un travail.
Nous demandons que soit modifiée la loi pour conditionner à au moins 5h d'activités d'intérêt général par semaine le versement du RSA.

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