Christian Jacob : « Les Français, asphyxiés de prélèvements, veulent une rupture avec le tout impôt »

Publié le 10/04/2019

Répondant ce mardi au discours du Premier ministre sur le grand débat, Christian Jacob, président du groupe les Républicains à l'Assemblée nationale, attend des mesures fortes et des réponses concrètes de l'exécutif. Pour l'instant, « le gouvernement réforme beaucoup dans les discours, beaucoup moins dans l'action », observe-t-il.

Le grand débat, pour Christian Jacob, président du groupe les Républicains à l'Assemblée nationale, est une « curiosité ». « Une sorte d'ovni politique d'autant moins identifié qu'il intervient moins de deux ans après l'élection présidentielle qui est le moment, dans la vie politique française, où les Français fixent le cap », fait-il observer ce mardi à la tribune de l'Assemblée nationale alors qu'il était appelé à réagir à la déclaration du Premier ministre sur la restitution du grand débat.

« Nous nous réunissons pour débattre sans voter alors que l'urgence n'est plus de débattre, mais de prendre des décisions cinq mois après le début d'une crise sans précédent », lance, d'emblée, le député de Seine-et-Marne qui en a profité pour faire le bilan des deux premières années du quinquennat d'Emmanuel Macron depuis son élection que le président de la République a qualifiée lui-même d'« effraction ».

Une « double effraction » estime même Christian Jacob, évoquant l'élection de la majorité parlementaire « dont on mesure chaque mois l'incapacité à prendre le pouls du pays. Une forme de déconnexion de ce nouveau monde qui arrivait donc avec ses certitudes, avec une suffisance et une arrogance », observe le patron des députés les Républicains pour qui le en même temps macronien « raisonne comme une forme d'embrouillamini, un attrape-tout et en définitive un immobilisme ».

Et Christian Jacob de rappeler les grandes promesses et les grands élans d'un Emmanuel Macron qui voulait « non pas réformer, mais transformer la France. Et pas seulement la France. C'est l'Europe elle-même qu'il allait rebâtir... ». Après l'accueil « extrêmement froid » de ses propositions par ses partenaires européens, « on a compris qu'il ne sauverait ni l'Europe, ni même la France », glisse Christian Jacob pour qui « la question, est de savoir s'il parviendra à se sauver lui-même ».

La raison ? La crise « sans précédent » que traverse le pays. « Celui qui aspirait à transformer le pays, a réussi l'impensable : mettre le pays dans un état pré-insurrectionnel. Voilà la réalité. 18 mois après son élection, Emmanuel Macron a perdu la confiance, et plus grave encore, le respect des Français. C'est un des enseignements de la crise qui a éclaté en novembre dernier », analyse le député de Seine-et-Marne pour qui le projet de transformation façon macronienne est à l'origine du chaos actuel. « Car dans transformer, il y a l'idée de modifier la forme, de chambouler, de déformer. Or, nos concitoyens - et c'est aussi ce que la crise des gilets jaunes nous enseigne - n'aspirent pas à tout déformer pour le plaisir de tout déformer », observe Christian Jacob. D'autant, ajoute-t-il « qu'ils ne comprennent pas le sens de cette transformation et qu'ils ne voient pas où le Président de la République veut les amener avec ce projet de société ».

Faisant l'inventaire des « excès verbaux » d'Emmanuel Macron qui ont blessé les Français, ses « fautes de goût incompréhensibles », des « comportements délétères » de certains de ses proches, de la « gravité » de l'  affaire Benalla, Christian Jacob décrit un « nouveau monde qui est en fait pire que l'ancien, car il est blessant, hautain et condescendant ». Une allusion au rôle qu'a joué également le Premier ministre qui, dans l'affaire Benalla, a oublié qu'il n'était pas un collaborateur du président de la République. « Vous avez une responsabilité, celle de défendre le Sénat quand il exerce sa mission avec rigueur. Celle aussi, par exemple, de condamner la présidence de la République lorsqu'elle se livre à des sombres montages et trucages d'images », relève le patron des députés les Républicains.

Critiquant la « verticalité » du pouvoir, Christian Jacob juge qu' « il y a urgence à écouter les élus de France ». Qu'ils soient élus nationaux « devenus, avec cette présidence, des élus de seconde zone, trop nombreux, trop payés, incompétents. » Ou qu'ils soient élus locaux « trop nombreux, trop dépensiers, empêcheurs de tourner en rond pour un Président qui voulait tout régenter ».

Christian Jacob récuse d'avance toute idée qui consisterait à dire que la sortie du grand débat passe par une réforme du mode de scrutin. « Ce serait un risque insensé qui nous ferait changer de régime et qui affaiblirait la Ve République. La proportionnelle n'est pas ce dont la France a besoin. Elle a besoin de députés enracinés réellement au contact des citoyens, dans des circonscriptions à taille humaine », considère le député de Seine-et-Marne.

Estimant qu'Emmanuel Macron avait joué le « pourrissement du mouvement des gilets jaunes » qui a débouché sur des « scènes inimaginables, au cœur de Paris », Christian Jacob remarque qu'« aucun Président avant Emmanuel Macron » n'a mis le pays dans une telle situation. 

Quant au grand débat, « ce n'est plus réellement d'un débat dont le pays aurait besoin, mais d'une nouvelle élection », tant Emmanuel Macron « fait mine d'oublier que son élection vient d'avoir lieu. En vérité, le contrat qui le lie aux Français, celui de son élection est déchiré », estime Christian Jacob pour qui l'élection, « en démocratie, est le seul juge de paix pour s'assurer de la légitimité d'un gouvernement ».

Déplorant les conditions d'organisation d'un grand débat sans fin tentant d'« enjamber les élections européennes » et qui s'est limité à quatre thèmes « mettant sous le tapis des sujets majeurs de préoccupation des Français » comme la lutte contre la délinquance « avec des quartiers entiers en sécession républicaine », la lutte contre le communautarisme « poison pour la République française », la lutte contre l'immigration illégale...

Malgré un débat qui lui a permis de se mettre en scène, « le président de la République se trouve aujourd'hui au pied du mur car votre bilan économique et social est mauvais, très mauvais », lance le patron des députés les Républicains au Premier ministre.

Et ne lui dites surtout pas que l'actuel gouvernement aurait beaucoup réformé et aurait fait voter des réformes dont la droite aurait rêvé. « Nous n'avons jamais rêvé, nous, de la hausse de la CSG pour les retraités, d'un matraquage fiscal sans précédent, de taxes, toujours de taxes, sur l'essence, sur l'électricité. Vous venez peut-être de la droite. Mais vous êtes partis à gauche, dans une majorité qui a son centre de gravité au parti socialiste », lance Christian Jacob à Édouard Philippe prenant pour exemple la loi anti-casseurs « que vous auriez été incapables de faire voter par votre majorité sans notre groupe », fait observer le patron des députés les Républicains pour qui l'exécutif « réforme beaucoup dans les discours, beaucoup moins dans l'action ».

« Le pays est à l'arrêt depuis 5 mois. Nous ne voyons rien venir de très clair : ni sur les retraites, ni sur l'assurance-chômage, ni sur les dépenses publiques, ni sur la fiscalité », s'impatiente Christian Jacob qui exclut toute réforme des retraites « qui ferait baisser le montant des pensions ou qui s'attaquerait aux droits familiaux et aux pensions de réversion ». 

« Macron, c'est finalement Hollande en pire », tacle Christian Jacob pour qui le niveau de la dépense publique, de la dette, du déficit public, du déficit commercial et le taux des prélèvements obligatoires faisant de la France la championne du monde « illustrent l'échec du gouvernement. Ces résultats, qui ne sont pas des indicateurs, mais des preuves, sont le signe du zéro réforme. Rien contre le matraquage fiscal, rien pour juguler les dépenses publiques. Rien en vérité non plus pour la compétitivité des entreprises », accuse le député de Seine-et-Marne qui attend d'Emmanuel Macron et du gouvernement des réponses sur « deux sujets simples » : le pouvoir d'achat des Français et leur vie quotidienne.

« Nous avons proposé l'annulation pour tous les retraités de la hausse de la CSG, la réindexation des pensions et allocations familiales sur l'inflation, la baisse de 10 % sur l'impôt sur le revenu, le retour au niveau de 2012 du quotient familial », rappelle Christian Jacob voyant dans ces propositions formulées par les Républicains de quoi « provoquer un choc de confiance. Les Français, asphyxiés de prélèvements, veulent une rupture avec le tout impôt. Cela impose un courage, celui de baisser la dépense publique », insiste-t-il. Au nom des Républicains, Christian Jacob réclame également « l'égalité de traitement dans l'accès aux services publics. Ce doit être notre grande priorité nationale si nous ne voulons pas que l'harmonie de ce pays, son équilibre, sa cohésion patiemment bâtie par les générations passées, s'évanouissent », estime-t-il.

Défendant un « modèle social et économique plus libre, avec beaucoup moins d'impôts et des pouvoirs locaux plus forts », Christian Jacob voit en ce trépied les bases pour reconstruire l'avenir.

« Si ce débat débouche sur ces solutions, il aura servi à quelque chose. Il aura servi à fortifier la France, car, lorsque l'on fait abstraction du reste, c'est ce qui nous anime par-dessus tout. Sinon, le pire est devant vous et cela risque de très mal se terminer », craint-il.
 

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