16 avril 2018

« L'utilité des frappes françaises en Syrie reste à démontrer. En intervenant sans mandat, nous craignons que la France se soit encore un peu plus isolée dans cette région du monde où pourtant ses liens auraient dû lui permettre de jouer un rôle à la mesure de son histoire. C'est une occasion manquée. »

Président du groupe "les Républicains" à l'Assemblée nationale, Christian Jacob a profité, lundi en fin d'après-midi, du débat sans vote sur l'intervention en Syrie pour réagir à la participation de la France, sur décision d'Emmanuel Macron, à l'opération « Hamilton » menée conjointement avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne contre des sites de production d'armes chimiques du régime de Bachar al-Assad...

Christian Jacob a d'abord souligné l'importance, surtout de la part d'un membre permanent du Conseil de Sécurité, de respecter le droit international et les résolutions de l'ONU et exprimé sa crainte que cette intervention, sans mandat de l'ONU, ne débouche en définitive sur un isolement de la France au Levant.

« En décidant, seul, une intervention sans mandat des Nations-Unies, Emmanuel Macron a franchi une ligne. Nous le regrettons », cingle Christian Jacob se remémorant la réaction du Président Jacques Chirac qui, en 2003, a refusé que la France ne s'engage dans le bourbier irakien (1). « Nous considérons que le respect du droit international, dans la durée, renforce la voix de la France. En nous alignant sur les positions américaines, nous renonçons à une forme de singularité française », juge Christian Jacob craignant qu' « après 5 années de tâtonnements, d'errements parfois, la France n'ait choisi, à nouveau, l'isolement au Levant. Un isolement qui l'empêchera de peser sur le cours des choses. »

Les 5 années de tâtonnements sont celles qui ont suivi « le fiasco du débat parlementaire » du 4 septembre 2013 mais également l'absence de décision et d'action de la communauté internationale confrontée, déjà, à une attaque chimique en Syrie.

« En deux ans, la situation est devenue incontrôlable. L'Etat islamique a imposé un califat de la terreur (…) qui avait imposé le viol, la torture et l'esclavage des femmes. Une barbarie dont ont été victimes les chrétiens d'Orient, les Yézidis, les Kurdes et les populations civiles syriennes. Une barbarie qui a frappé douloureusement le territoire national et emporté tant de nos compatriotes », constate Christian Jacob.

Dans son intervention, le président du groupe "les Républicains" à l'Assemblée nationale s'est également interrogé sur l'utilité de cette intervention, « dont rien ne permet de dire à cette heure que les frappes soient une réussite politique ni qu'elles permettront de progresser dans la voie d'une solution en Syrie. »

Il s'est également étonné que ni la Russie, ni les puissances régionales (Iran et Turquie) ne soient associées au règlement de la Syrie.

« La Russie a peut-être beaucoup de défaut mais convenons qu'elle a permis d'accélérer la chute de Daech. Que serait devenue la poudrière syrienne sans l'intervention russe ? », questionne Christian Jacob.

Si la Russie a des objectifs stratégiques clairement définis en Syrie, le patron des députés "les Républicains" se demande quels sont « les intérêts fondamentaux » de la France. « Les a-t-elle-même un jour définis », interroge-t-il, invitant la France à travailler à « une solution partagée avec la Russie »

Constatant que « le départ de Bachar El Assad n'est plus un objectif central de la France », Christian Jacob pose clairement deux questions au président de la République : « La Russie et les puissances régionales sont des interlocuteurs crédibles et souhaités par la France? Bachar El-Assad, est-il un acteur du règlement global aux yeux de la France? »

« Nous pensons qu'il est temps de dire aux Français ce que nous cherchons en Syrie, et quels sont nos objectifs si nous en avons. Faute de quoi, les frappes aériennes de samedi n'auront été que la manifestation d'une forme d'impuissance sur le fond », estime Christian Jacob recommandant au « chef de l'Etat, Chef des Armées, défenseur des intérêts vitaux et stratégiques de la Nation de placer son action dans le long cours de la diplomatie française. «

« Nous attendons du Président de la République une vision diplomatique et militaire claire et une expression d'indépendance pour son pays », conclut Christian Jacob plaidant pour la « transparence » et la « confiance » entre le Gouvernement et son opposition.

(1) "S'affranchir de la légitimité des Nations-Unies, privilégier la force sur le droit, ce serait prendre une lourde responsabilité"

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