04 décembre 2018

« C'est insuffisant ! ». Invité ce mardi matin de Public Sénat, Bruno Retailleau, président du groupe les Républicains au Sénat a réagi en direct à l'annonce par le Premier ministre d'un moratoire sur les hausses de taxes sur les carburants.

« J'espère que le mot moratoire dans la bouche du Premier ministre cela veut dire annulation des hausses sur les carburants dès le 1er janvier 2019. Si c'est une question de sémantique, de vocabulaire, je veux bien l'entendre. Mais si c'est au vrai sens du mot, c'est-à-dire des délais avant que la hausse de taxes ne s'applique, cela n'est pas la hauteur et, surtout, cela ne calmera rien car ce qui est prévu, c'est le triplement des taxes d'ici 2022 », prévient le sénateur de Vendée qui réclame des « propositions fortes ». Dont la confirmation du vote du Sénat du 26 novembre dernier qui a annulé, lors de la discussion sur le projet de loi de finances 2019, la hausse des taxes sur les carburants prévue le 1er janvier 2019.

« Si le Gouvernement fait un moratoire, c'est-à-dire reculer au printemps ou à l'été la hausse de taxes, cela veut dire que le Gouvernement va devoir redéposer un amendement pour recréer la hausse de taxes. Je ne suis pas sûr que sa majorité le suive et certainement pas le pays, ni les Gilets jaunes », relève Bruno Retailleau qui détaille les conséquences concrètes pour les Français : une cuve de fuel de capacité moyenne qui coûtera, en 2022, 530 euros de plus ; les hausses de taxes annuelles sur l'essence, le diesel sans oublier celles sur le gaz avec 172% d'augmentation en 2022...

Si aujourd'hui le Gouvernement peine à établir le contact avec des représentants des Gilets jaunes « puisque c'est un mouvement 2.0, 3.0, sans intermédiaires », Bruno Retailleau pointe la responsabilité d'Emmanuel Macron qui, dès son élection en mai 2017, « a fait en sorte qu'en politique, qu'en démocratie sociale il n'y ait plus d'intermédiaires, ces corps constitués qui sont autant de relais (élus, partenaires sociaux...) ».

« On voit bien que cela est dangereux car quand éclate ce type de colère, de protestation, d'exaspération, alors le dialogue est difficile à nouer », observe le patron des Sénateurs les Républicains qui demande également au président de la République et au Premier ministre d'entendre la proposition des Républicains portée par Laurent Wauquiez, son président ainsi que par Christian Jacob, président du groupe les Républicains à l'Assemblée nationale et de lui-même : l'organisation d'un référendum sur les questions fiscales et écologiques.

« Notre démocratie représentative ne peut pas se contenter tous les cinq ans de l'élection présidentielle. Les Français aspirent à s'exprimer plus souvent. Nous avons un outil robuste dans la constitution qui est le référendum. Demain il faudra, dans un quinquennat, deux ou trois référendums pour que la démocratie représentative s'articule mieux avec une démocratie de type directe », argumente Bruneau Retailleau observant que toutes les insurrections électorales (Brexit, Trump, Brésil) « viennent du fait que désormais les classes moyennes, les classes intermédiaires, celles qui constituent la charpente de nos sociétés, ont le sentiment que celles et ceux qui les gouvernent sont insensibles à leurs choix et que la majorité ne gouverne plus ». Et pour organiser un référendum, nul besoin de modifier la constitution car « nous avons tous les outils dans la constitution », souligne Bruno Retailleau. « Il faut avoir recours régulièrement au référendum parce que les Français ont besoin de s'exprimer. Ils s'expriment aujourd'hui ou dans les urnes ou dans la rue. Je préfère qu'ils s'expriment régulièrement dans les urnes », note-t-il.

Revenant sur la politique du gouvernement, Bruno Retailleau dénonce « l'injustice fiscale de la politique d'Emmanuel Macron ». « Moins de 2% des Français ont profité des réformes fiscales. Les Français sentent cette injustice, que cela soit les retraités, les familles, les ruraux », relève le sénateur de Vendée, pointant le « vice de départ » de la politique fiscale d'Emmanuel Macron. « Quand on veut baisser les impôts, on baisse les impôts pour tout le monde. Là, on a fait une réforme fiscale injuste. Si quelqu'un pense, en France, que c'est en rajoutant de nouvelles taxes et de nouveaux impôts que l'on retrouvera la prospérité, c'est faux », estime le patron des sénateurs les Républicains qui se « refuse à toutes les solutions démagogiques. À dire que c'est en travaillant moins, que c'est en taxant plus que l'on aura demain plus de prospérité et d'emplois parce que ceux qui veulent du niveau de vie, du pouvoir d'achat, il faut leur dire qu'il va falloir mettre une quantité de travail sur la table », souligne Bruno Retailleau pour qui l'exercice vertueux du pouvoir serait de baisser le niveau des dépenses publiques en France.
« Emmanuel Macron, c'est 51 milliards de plus de dépense en deux ans et François Hollande, c'était 37 milliards de dépenses supplémentaires », relève-t-il en mettant en avant le plan d'économies de 20 à 30 milliards présenté par les Républicains en octobre dernier.

Enfin, interrogé sur la violence des manifestations, Bruno Retailleau fait un parallèle avec les violences et les saccages qui se sont produits voilà trois ans à Nantes et à Rennes, « avec les mêmes modes opératoires ». L'occasion de rappeler que les Républicains ont proposé une loi anti Black Blocs « car il faut casser les casseurs. Elle a été rejetée alors par le Gouvernement », déplore Bruno Retailleau. « On a des interpellations par centaines et des suites judiciaires très décevantes car ils se masquent, se cagoulent et on n'arrive pas à faire le lien entre leur identité et la commission du délit », fait remarquer Bruno Retailleau. Ce qui avait conduit la proposition de loi des Républicains de transformer l'infraction d'être dans un groupe qui commet des violences et d'être masqué en délit puni d'un an de prison et de 15 000 euros d'amende. « Il faut donner à nos policiers et à nos juges de nouveaux outils parce que le niveau de violence a augmenté. C'est le droit constitutionnel à manifester qui est atteint. Est-ce que demain on pourra encore manifester paisiblement », interroge Bruno Retailleau trouvant urgent et nécessaire de « prendre un certain nombre de dispositions juridiques, judiciaires mais aussi policières ».

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