16 mai 2018

Pour le président du groupe LR au Sénat, le vrai défi de la France n'est pas de s'adapter à la mondialisation, mais de sauver sa civilisation. Il se demande si Emmanuel Macron saura le relever.

Il y a un an, nous quittions soulagés la présidence normale de François Hollande. Au terme d'une campagne escamotée, Emmanuel Macron était élu sur une triple promesse. La transformation de la France, l'incarnation de la fonction présidentielle et la réconciliation des Français.

Un an plus tard, que reste-t-il de ses promesses?

Certes, Emmanuel Macron est un homme d'action. Depuis son élection, tout va très vite. Mais la frénésie des annonces masque trop souvent la timidité des réformes. Certaines vont dans le bon sens, concernant le Code du travail ou la SNCF. Mais il manque l'essentiel, la mère des réformes: la baisse des dépenses publiques, alors que la France est désormais lanterne rouge européenne, à la vingt-huitième place sur vingt-huit! Emmanuel Macron a renoncé à réformer l'État, renvoyant à la fin du quinquennat des économies pourtant indispensables. Or, sans cette transformation exigeante mais absolument nécessaire, il n'y aura ni baisse d'impôts, ni baisse d'envergure du chômage de masse, et notre compétitivité en berne continuera, elle aussi, de stagner au bas du classement européen. Comment faire la leçon à l'Europe dans une telle situation? Surtout comment faire la leçon aux Français, alors que trop souvent les décisions portent la marque de l'injustice? La fin programmée de l'exit tax pour les hyper riches est le symbole de ce «deux poids deux mesures», alors que des millions de familles modestes subissent l'augmentation des impôts et des taxes: CSG, écotaxe, fiscalité du livret A...

L'incarnation, ensuite. De la cour du Louvre au château de Versailles, Emmanuel Macron aime se mettre en scène en majesté. Mais la verticalité ne résume pas à elle seule la présidentialité. Trop souvent, Emmanuel Macron confond l'exaltation de son individualité et la restauration de l'autorité. Qu'un chef d'état-major des armées ait l'impudence d'émettre des réserves, le voilà démissionné. Que la presse critique son action, la voilà rabrouée ou convoquée sur le ring médiatique pour subir les punchlines présidentielles. Mais pour d'autres, la foudre jupitérienne s'éteint souvent très vite comme un pétard mouillé. À Notre-Dame-des-Landes, l'État a cédé à la violence des zadistes. Résultat: non seulement il n'y aura ni aéroport, ni évacuation, mais les zadistes requinqués viennent désormais grossir les rangs des guérillas urbaines qui enflamment nos villes. En l'occurrence, l'État récolte à Paris ce qu'il a semé à Notre-Dame-des-Landes.

Reste la cohésion. Emmanuel Macron avait théorisé la fin du clivage. Chaque catégorie de Français bénéficie donc à tour de rôle d'un discours sur mesure du président de la République, qui n'a pas son pareil pour s'adapter à ses interlocuteurs. Mais, à force de catégoriser, on finit par diviser: les retraités contre les actifs, les urbains contre les ruraux, les actionnaires contre les propriétaires. On n'a jamais parlé autant de fractures depuis qu'on a officiellement aboli le clivage! Ce paradoxe n'en est pas un. C'est même la conséquence logique du «en même temps». Car en prétendant récapituler en lui-même les termes du débat public, Emmanuel Macron réinstalle le clivage démocratique entre lui seul et le parti... de tous les autres! L'autre étant qualifié, c'est selon, de représentant du vieux monde, de nationaliste, de conservateur ou de bourgeois du XIXe siècle... En clair, ceux qui ne jouent pas son jeu sont hors jeu.

En réalité, de même que son parti se résume à ses initiales, le projet d'Emmanuel Macron semble se confondre avec lui-même, jusqu'aux tentatives de diminuer encore un Parlement déjà affaibli. Mais quel idéal français porte-t-il au-delà de ses références littéraires et philosophiques? Quelles raisons nous donne-t-il de persévérer dans notre être collectif, de continuer à former un seul peuple? Alors qu'il laisse ses lieutenants comparer le voile islamique au fichu de nos grands-mères, Emmanuel Macron fait l'éloge du multiculturalisme à la tribune du Congrès américain. Je le dis tout net: ce relativisme est mortel alors que l'islamisme, qui déborde sur fond d'immigration incontrôlée et d'assimilation abandonnée, menace notre cohésion nationale.

Au fond, Emmanuel Macron est le produit de l'individualisme postmoderne. Celui qui fait primer la mobilité sur l'enracinement, le désir sur le droit et le communautarisme sur l'unité nationale. Mais cette postmodernité est déjà bien ancienne. Héritier d'une troisième voie qui est en réalité une troisième gauche - celle de Renzi, de Shroeder, de Blair -, Emmanuel Macron se contente de gérer les effets heureux ou malheureux de la mondialisation. Or notre avenir ne se joue déjà plus sur le théâtre d'une mondialisation à maîtriser mais sur le front d'une civilisation à sauver. Voilà le vrai défi pour demain. La seule révolution qui vaille.

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