12 octobre 2018

« On ne remanie pas quand tout va bien. C'est la preuve que la présidence Macron ne marche pas ». Invité de Public Sénat jeudi matin, Brice Hortefeux, député européen les Républicains, ancien ministre de l'Intérieur pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, a estimé que la France connaissait depuis la démission de Gérard Collomb du Gouvernement « un désordre institutionnel et une pagaille politique jamais vus » au sommet de l'État.

« Ce que l'on vit est totalement inédit. Des ministres, très nombreux, qui s'en vont -sept depuis un an et demi, soit par la contrainte, soit en fixant leur calendrier -, c'est déjà du jamais vu », observe le député européen les Républicains, trouvant également « inédit » d'« attendre autant de temps pour composer un nouveau gouvernement ».

« Le président Macron est rentré dans l'histoire avec ces deux situations inédites mais ce n'est pas par la bonne porte qu'il y est entré », lâche Brice Hortefeux pour qui le fait que l'exécutif teste des noms de potentiels ministres issus des rangs de la droite républicaine « reflète l'isolement et la très grande solitude du président de la République. Il est obligé d'aller puiser ailleurs tellement il a peu d'amis sur lesquels il peut compter. Il fait appel à l'ancien monde mais à ce rythme-là, l'ancien monde va bientôt devenir l'avenir », ironise le vice-président de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

À ses yeux, cumuler le poste de ministre de l'Intérieur et celui de Premier ministre lui apparait particulièrement « difficile ». « Le ministère de l'Intérieur vous mobilise à temps plein physiquement, moralement et intellectuellement. Toutes les deux ou trois heures vous sont transmis un ensemble de documents récapitulant tout ce qui s'est passé dans le pays. C'est du temps plein et je ne peux pas penser que le Premier ministre puisse se consacrer uniquement à cela », témoigne Brice Hortefeux qui critique le mode de gouvernance d'Emmanuel Macron. « De par son histoire, son parcours, son expérience, Emmanuel Macron est un homme des villes. Ce n'est pas un homme de la ruralité, des territoires. On le mesure à un certain nombre d'initiatives qui sont prises », fait-il observer. Allusion à la limitation à 80 km/h sur les route non munies de séparateur central, à l'augmentation des prix de l'essence et du diesel, aux fractures territoriales...

Concernant les élections européennes qui se dérouleront en mai prochain, le député européen Brice Hortefeux fustige la démarche d'Emmanuel Macron qui veut opposer les nationalistes aux progressistes dont il se dit faire partie. « Sa stratégie est cynique : il veut écarter les forces responsables, les partis de Gouvernement qui peuvent aspirer à gérer le pays pour n'avoir qu'un face-à-face avec l'extrême gauche et l'extrême droite. En agissant ainsi, en montant une partie de l'Europe contre une autre, il affaiblit et isole l'Europe. Affaiblir, diviser et isoler ce n'est pas franchement formidable », tacle Brice Hortefeux pour qui le projet européen des Républicains s'inscrit dans une voie réformatrice.

« Nous avons, à Menton, cet été, lors d'un Conseil national dédié à l'Europe, déterminé les sept bases, les sept piliers d'un programme que nous élaborons pas à pas. Nous sommes pro-européens et avons une conviction : l'Europe est indispensable et, simultanément, il est indispensable qu'elle évolue car on ne peut pas continuer ainsi », souligne Brice Hortefeux souhaitant, « une fois que le programme sera affirmé », qu'il soit porté par « une addition de talents, de compétences et qu'il y ait à la fois cette alchimie entre le renouvellement et l'expérience... ».

Interrogé sur le projet d'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux mères seules, Brice Hortefeux confie qu'« il faut penser aux droits de l'enfant, à sa construction ». Le député européen craint « ensuite une évolution de la PMA vers la GPA et cela je le conteste complètement ».
Enfin, sur l'éventualité de la création d'une enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur les abus sexuels dans l'Église catholique, Brice Hortefeux se demande si c'est bien « le rôle du Parlement d'enquêter de cette manière ». Et si cela devait se faire, le conseiller politique de Laurent Wauquiez suggère que cette commission d'enquête « ne se limite pas à la seule Église catholique qui est une cible un peu facile... ».

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