11 octobre 2017

A la tête du parti Les Républicains (LR) jusqu’à l’élection interne des 10 et 17 décembre, Bernard Accoyer conteste, dans une interview au Monde, une quelconque dérive droitière et s'exprime sur la probable exclusion des élus LR dissidents dits « constructifs ».

Notre Secrétaire général se réjouit de la candidature de 4 candidats à la présidence du parti, preuve de la vitalité et de l’envie de débattre de notre famille politique. Il se félicite du succès des « Ateliers de la refondation auquel nos adhérents participent en nombre » et sans tabou.

Allez-vous exclure du parti Les Républicains les responsables du groupe Les Constructifs de l'Assemblée nationale et les ministres de droite ?

Bernard Accoyer : Cette situation ne peut pas durer, il faut une clarification. Ces personnalités vivent uniquement des polémiques qu'elles suscitent. Une procédure contradictoire a été engagée, Franck Riester et Thierry Solère ont déjà été entendus, Gérald Darmanin et Sébastien Lecornu vont l'être. Un rapport sera présenté au prochain bureau politique, avant la fin du mois d'octobre, et nous prendrons nos responsabilités. Pour les autres députés LR du groupe Les Constructifs, nous leur laissons jusqu'à la fin du mois de novembre pour rejoindre le groupe LR.

Pourquoi ne pas exclure tout de suite le premier ministre, Edouard Philippe, qui ne répond pas à votre convocation ?

Si Edouard Philippe ne répond pas, nous prendrons acte de son départ dans le cadre de la même procédure. Ce sera pour lui un retour aux sources, il rejoindra la social-démocratie, la gauche moderne dont il vient, puisqu'il a commencé son parcours auprès de Michel Rocard.

Il a surtout été un lieutenant d'Alain Juppé...

Il a été aux côtés d'Alain Juppé mais il incarne désormais cette partie de la droite et du centre qui s'est éloignée de nos idées.

En les excluant, vous êtes en décalage avec les Français de droite qui soutiennent l'action du gouvernement, notamment en matière économique...

Les Français de droite, comme nos députés à l'Assemblée nationale, soutiennent certaines mesures prises par M. Macron, qui étaient dans notre programme. Le président de la République a enfin opéré une modernisation de la gauche. Face à cette social-démocratie, nous pouvons être d'accord sur certaines mesures économiques ou sur le droit du travail. Mais nous nous opposerons au budget et, en particulier, à la hausse de la CSG. La droite porte aussi un discours et des propositions alternatives sur des questions majeures : l'antiterrorisme, la sécurité, la diminution de la dépense publique. Autant de sujets où le gouvernement ne va pas assez loin.

Vous allez exclure des ministres alors que l'UMP puis LR n'ont jamais écarté Serge Dassault ou Patrick Balkany qui ont eu des problèmes avec la justice. Est-ce compréhensible pour les Français ?

Un parti ne peut pas se prononcer sur des instructions en cours. Les affaires de droit commun ou fiscales sont très graves mais nous ne pouvons pas nous substituer à la justice. Nous prenons des décisions politiques.

La barre des parrainages pour se présenter à la présidence du parti est-elle trop haute ?

Il y aura au moins trois candidatures, probablement quatre. Notre parti, contrairement à ce qui a été annoncé, n'est pas monolithique. Je souhaite que cette campagne soit un débat d'idées, que tous les candidats se saisissent du rapport des ateliers de la refondation qui sera présenté à la fin du mois et que nous leur remettrons.

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Que retenez-vous de ces ateliers de la refondation que vous avez menés ?

Ces ateliers sont un succès. Nos adhérents participent en nombre, ils sont la preuve de notre vitalité et de notre envie de débattre. Trop souvent, et depuis trop longtemps, la droite n'a pas été d'une totale fidélité à ses valeurs, à ses idées. Ni même, quand elle a été au pouvoir, à certains de ses engagements de campagne. Les résultats de la consultation des militants montrent que notre famille politique est structurée autour des sensibilités libérale et gaulliste, mais souligne aussi une ardente exigence d'unité, et une volonté de faire vivre les sensibilités, comme de réformer le fonctionnement du mouvement, de l'ouvrir à des cercles de réflexion, de sympathisants. Il devrait y avoir au côté de la direction du parti Les Républicains une structure qui puisse être consultée en permanence sur la fidélité à nos valeurs, à nos engagements.

Certains pointent le risque d'une dérive identitaire de LR qui vous amènerait à concurrencer directement le FN...

Que les choses soient claires, nous n'aurons jamais la moindre accointance avec le Front national. Mais nous parlerons de tout aux Français : du drapeau, de la patrie, de notre culture, de notre langue... Le mot identité est désormais connoté, ce qui ne doit pas nous empêcher d'être fiers d'être Français. Cela ne veut pas dire que nous n'acceptons pas que d'autres personnes, respectant nos lois, s'établissent dans notre pays si les flux sont maîtrisés. Mais notre culture doit-elle vraiment être dissoute dans un multiculturalisme sans âme ? La réponse est non.

Votre parti doit-il marteler qu'il existe une culture française, que la France est un pays aux racines judéo-chrétiennes, comme a pu le dire Laurent Wauquiez ?

Il ne s'agit pas de marteler mais pas non plus de nous renier. Nous appartenons à la civilisation européenne et il y a une culture française : je ne l'invente pas, c'est un fait. Nous ne devons pas abandonner nos repères, sinon comment voulez-vous que les jeunes générations puissent se retrouver dans la communauté et la solidarité nationale ?

Christophe Billan, président de Sens Commun, émanation de La Manif pour tous au sein du parti Les Républicains, estime qu'il faudrait établir des liens, voire une plateforme avec Marion Maréchal-Le Pen, qu'en pensez-vous ?

Pour ce qui nous concerne, il en est hors de question. Aucun mouvement associé à notre famille politique ne peut nouer des liens avec l'extrême droite. C'est une barrière que nous respecterons toujours.

Il y a donc toujours une ligne rouge avec le FN ?

Il y a toujours eu une ligne rouge avec l'extrême droite. Elle n'a jamais été franchie par quiconque et ne le sera jamais.

Même dans l'entre-deux-tours de la présidentielle, durant ces trois heures de débat interne au sein du bureau politique, qui a accouché d'un appel à voter contre Le Pen mais pas directement pour Macron ?

Arrêtons ce faux procès ! Le parti Les Républicains a été clair : « La présence de l'extrême droite au deuxième tour interdit l'abstention, nous appelons à voter contre Marine Le Pen pour la faire battre. » Il n'y a évidemment eu aucun débat sur le fond.

>> Lire l'interview sur Le Monde.fr

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