27 janvier 2016

Pour Eric Woerth, Secrétaire général des Républicains, député de l'Oise et Gilles Carrez, président de la Commission des Finances à l'Assemblé nationale, député du Val-de-Marne, la situation des finances publiques est inquiétante tant l'effort budgétaire à accomplir en 2016 semble intenable.

Dans une interview croisée accordée à l'Opinion ce mercredi, ils déplorent que les impératifs de réduction des déficits soient oubliés. Et sur le droit du travail, ils estiment que le rapport remis au Premier ministre est vide, que le Gouvernement « amuse la galerie » et qu'en matière de temps de travail « l'urgence est de donner plus de place aux accords d'entreprise, au référendum dans l'entreprise ».

Le déficit de l'État baisse de 15 milliards en 2015, à 70,5 milliards d'euros. Les cordons de la bourse sont-ils enfin tenus ?

Gilles Carrez : Le gouvernement se targue d'une bonne exécution budgétaire parce que le déficit devrait atteindre 3,7 %, au lieu des 3,8 % prévus. Peut-être même un peu moins. Mais améliorer de seulement 0,2 point le solde budgétaire qui était de3,9 % en2014, alors que tous nos voisins font mieux, ce n'est pas un exploit. C'est même assez médiocre dans la mesure où nous avons bénéficié l'année dernière de circonstances exceptionnelles comme la baisse de 1,1milliard d'euros du prélèvement pour le budget européen ou de 2milliards sur la charge de la dette.

Eric Woerth : Si l'on retire les milliards empruntés en 2014 pour financer le deuxième plan d'investissement d'avenir (PIA), le déficit de l'État en 2015 est en réalité supérieur à celui de 2014.Le déficit ne s'améliore pas, il stagne à un niveau important. Et les annonces de François Hollande en ce début d'année montrent bien qu'il a ouvert les vannes. Les impératifs de réduction des déficits sont oubliés. C'est pourtant une question de souveraineté. Que se passera-t-il quand les vents tourneront ?

Bercy souligne régulièrement que l'évolution de la dépense publique a été de 3,6 %en moyenne entre 2002 et 2012, contre environ 1 % aujourd'hui...

Eric Woerth : Il faut quand même rappeler que nous avons connu à partir de 2009 une crise séculaire face à laquelle il a fallu mettre en place un programme de relance publique. Cela signifie plus de dépenses et plus de dettes, avec en face des recettes fiscales en chute libre. Mais nos dépenses avaient un élastique de rappel. C'est grâce à cela que nous avons pu ensuite réduire le déficit de 2 points en deux ans. Oui, un effort a été fait sur les dépenses par ce gouvernement. Mais n'importe quel gouvernement aurait fait mieux.

Gilles Carrez : Nous avons réduit le déficit de 7,5 %à 5,2 %entre 2009 et 2011.Et fin 2011, la croissance française était proche de 2 %.Aujourd'hui nous faisons du surplace en termes de réduction du déficit, alors que la crise est derrière nous. Nous sommes dans une gestion infra-annuelle du budget, basée sur une technique du rabot à bout de souffle.

Le gouvernement a prévu d'augmenter les dépenses chaque année jusqu'à l'élection présidentielle (+0,9 % en 2015, +1,1 % en 2016 et +1,7 % en 2017).En a-t-on les moyens ?

Gilles Carrez : En 2016 nous allons devoir franchir une marche plus importante pour atteindre 3,3 %de déficit, dans un contexte plus compliqué. Il y a beaucoup de dépenses supplémentaires - 2milliards d'euros sur la sécurité, 2 milliards pour le plan emploi… - alors que 9 milliards d'euros de baisses de charges sont prévus pour les entreprises. Ensemble, c'est donc 15milliards d'euros qu'il va falloir rattraper, soit 0,75 point de PIB. En les rajoutant aux 3,7 %de déficit de 2015, cela signifie que nous allons devoir passer de 4,4 % à 3,3 % de déficit cette année. Un effort de plus d'un point de PIB en nominal, rendu encore plus difficile par l'absence d'inflation. Nous avons de sérieux doutes sur la capacité du gouvernement à atteindre cet objectif.

Eric Woerth : Le déficit stagne malgré les bonnes nouvelles que sont la baisse des taux, de l'euro ou du pétrole. Mais ces bonnes nouvelles ont un caractère toxique, car elles évitent de réformer. Le problème, c'est que le gouvernement estime que les déficits publics sont désormais passés sous le radar. La France est devenue le pays des déficits : déficit de croissance, déficit d'emploi, déficit de finances publiques, déficit de réformes.

Quels sont les risques que vous identifiez en ce début d'année ?

Eric Woerth : Nous pourrions connaître un gros coup de vent qui pourrait venir des marchés financiers, de l'explosion d'une bulle, des pays émergents, du ralentissement chinois ou des États-Unis qui se retrouvent en haut de cycle. Sans compter les risques de crises politiques, comme au Moyen-Orient. Or, nous sommes aujourd'hui plus faibles qu'en 2012,à tout niveau : effritement des parts de marché, de la balance commerciale, augmentation de la dette, du chômage. Le gouvernement a augmenté les impôts de manière irresponsable. Aujourd'hui ce n'est plus possible.

Gilles Carrez : Il y a aussi des points positifs. Il est quasiment certain que nous engrangerons à nouveau, comme en 2015, environ 2 milliards d'euros d'économie sur la charge de la dette, puisque la prévision de taux inscrite dans la loi de finances (2,2 %) est largement supérieure aux taux actuels (inférieurs à 1 %). Mais nous n'aurons pas la même surprise sur le prélèvement pour le budget européen. Est-ce pour autant un problème ? On pourra toujours emprunter à taux bas. C'est ce qui conditionne aujourd'hui les décisions de François Hollande qui n'a plus aucun souci à accroître l'endettement.

La convention chômage arrive à échéance au mois de juin. Le déficit de l'Unedic devrait atteindre 35milliards en 2018. Que préconisez-vous ?

Gilles Carrez : Nous avons déjà proposé avec Eric Woerth la dégressivité des allocations-chômage, ainsi qu'un renforcement du plafonnement des indemnités. Derrière la dégressivité, il y a l'idée d'inciter à la reprise du travail. Malheureusement, il ne se passe rien sur ce champ depuis 2012.

Eric Woerth : On peut discuter de la possibilité de mettre en place à la fois le plafonnement et la dégressivité, probablement au bout d'un an. Ce n'est pas un exercice comptable. La souveraineté du pays dépend de ces choix. La bonne croissance dépend aussi de bonnes finances publiques.

Le gouvernement est en pleine réflexion sur le droit du travail. Quelle est l'urgence ?

Gilles Carrez : Robert Badinter et Antoine Lyon-Caen ont écrit un livre très intéressant il y a six mois. Mais le rapport sur les droits des salariés remis mardi à Manuel Valls est vide. Le gouvernement amuse la galerie ! Il faut déplacer les niveaux de négociations au niveau de l'entreprise.

Eric Woerth : Pourquoi le gouvernement annonce qu'il faudra deux ans pour réformer le Code du travail alors qu'une loi est prévue dans deux mois ? L'urgence, c'est de redéfinir les conditions de rupture du contrat de travail, de temps de travail et effectivement, de donner plus de place aux accords d'entreprise, au référendum dans l'entreprise.

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