20 février 2016

Quel malheur pour la pensée : Umberto Eco s’en est allé.

« Si Dieu existait, il serait une bibliothèque » ; cultiver sa lecture est la meilleure façon de prolonger l’écho d’Umberto.
Son intelligence élégante rendait cohérente toute la diversité de son savoir. Son érudition était au service de la pensée critique et de l’esthétique, toujours avec humour et précision intellectuelle.
Il était imprégné de structures latines dans son écriture, italien dans l’ « heteroclicita » de son savoir, universel par la force de son œuvre. Engagé par sa philosophie et la sémiologie, Umberto Eco n’est jamais tombé dans l’exaltation partisane de tant d’auteurs de sa génération.
Il n'a jamais eu la prétention d'exercer un magistère accessible seulement à quelques initiés qui prospèrent sans critique. Son esprit était un bloc tant il a produit de lignes de pensée mais son œuvre n'a rien de monolithique, à l'image de ses curiosités. Pour preuve, ses intrusions toujours éclatantes et durables dans les sphères du concret: enseignant aux facultés de Florence et de Milan, professeur dans les universités de New York, de Sao Paulo et de Buenos Aires, titulaire de la chaire européenne au Collège de France dans les années 90, son souci - appétit - de transmission était généreux et insatiable. Insatiable aussi sa curiosité des médias, véritable rampe de lancement à une littérature populaire qui a grandi son œuvre, ajouté à sa densité comme le montre Apocalittici et Intégration, ou plus près encore dans de Superman au surhomme où au détour d'une page (page 236, édition Grasset), on note cette imparable allusion à Chateaubriand « tout en lui devenait fatal même le bonheur » ... 
C'est dire combien il aimait les grands auteurs et les petits détails, une qualité qui a fait de lui un journaliste en littérature et un écrivain dans les médias. Il n'a cessé d'en porter la marque - de fabrique - depuis sa collaboration au journal l'Espresso dans les années 65 et dans la foulée du lancement du Gruppo 63. Le nom de la rose et ses cinq millions d'exemplaires vendus à travers le monde n'auront rien changé à cette simplicité. 
Jamais en retard sur son temps, ses derniers combats ont été ceux de la lutte contre le terrorisme dont il avait la lucide vision du danger. 
Son caractère était décidément à la hauteur de son intelligence. Aujourd'hui, et pour longtemps, la philosophie et l’esthétique de l’œuvre d’Umberto Eco nous rappellent une exigence : la pensée est un combat. 


David LISNARD
Délégué général à la culture

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