08 décembre 2016

Dans Valeurs Actuelles, le nouveau secrétaire général des Républicains réaffirme que le candidat de la droite ne variera pas de cap face à un gouvernement qui se plaît à faire “la police des idées”. Entretien.

François Fillon vous a confié les clés des Républicains. Avec quelle feuille de route ?

La feuille de route est précise: mettre le mouvement en ordre de marche pour la campagne présidentielle. Les élus, les permanents, les cadres, les militants dans nos 108 fédérations, nos millions de sympathisants seront autant de relais pour la campagne de François Fillon. Aux Républicains, les portes du mouvement sont ouvertes à tous ceux qui veulent participer à la présidentielle. J'en suis devenu, désormais, le secrétaire général, avec Gérald Darmanin et Annie Genevard, secrétaires généraux adjoints, entouré d'un comité politique élargi présidé par Gérard Larcher, lui-même accompagné de deux vice-présidents, Laurent Wauquiez et Isabelle Le Callennec. Les grands axes du programme ont été validés par le succès de la primaire. Quelques points doivent être précisés ou enrichis. Notre capacité à en faire la pédagogie sera importante pour la campagne.

Ce comité politique ressemble à un fourre-tout idéologique. Quelle est la cohérence entre la vision du monde de Nathalie Kosciusko-Morizet et celle de Jean-Frédéric Poisson ?

Sur le plan économique, nos différences sont minimes. Notre cohérence, notre volonté de rassembler tous ceux qui se retrouvent dans notre famille politique de la droite et du centre feront notre force. J'ai présidé le groupe UMP à l'Assemblée nationale, le plus nombreux de l'histoire parlementaire (365 députés, entre 2004 et 2007). J'en ai tiré l'expérience que nous pouvons toujours parvenir à nous mettre d'accord. C'est toute notre différence avec une gauche fracturée idéologiquement.

Comment faut-il analyser la présence de Jean-François Copé au comité politique, au regard de la guerre interne qui l'a opposé à François Fillon ?

C'est notre volonté de rassembler. Tous les candidats à la primaire, y compris ceux qui ont fait un score modeste, ou leurs représentants vont siéger au comité politique. Il faut savoir tourner les pages. François Fillon a préféré rassembler, quel que soit le passé.

Dans le nouvel organigramme de votre parti, les juppéistes apparaissent un peu comme mis en quarantaine...

Les portes des Républicains sont ouvertes à tous. Alain Juppé a souhaité que Virginie Calmels le représente au comité politique. D'autres de ses proches vont rejoindre notre équipe dirigeante. Leur implication sera précieuse.

François Fillon a-t-il gagné la primaire grâce à l'affirmation de ses valeurs conservatrices ?

Je ne vois pas ce qu'il y a de conservateur à aimer son pays ou à rappeler une réalité: nos valeurs, les racines chrétiennes de la France. Beaucoup de Français se sont retrouvés dans un discours de droite tel qu'on n'osait plus en prononcer depuis longtemps. François Fillon ne changera pas de cap. Il sait que les Français, comme lui, sont attachés à ces valeurs autour desquelles la France s'est construite.

Avec l'affaire du délit d'entrave à l'IVG, est-ce un premier test soumis à cette ligne ?

Ce gouvernement multiplie les initiatives politiciennes et polémiques en cette fin de quinquennat pitoyable. Toute législation visant à faire la police de l'expression, la police des idées, me choque. La liberté d'accès à l'IVG est-elle menacée ? La réponse est non. Jamais François Fillon n'a remis en cause la liberté des femmes, contrairement à ce que la gauche a laissé entendre.

Comment gagner la présidentielle, quand les classes populaires ne sont pas venues voter pour vous ?

Pour gagner, nous devrons convaincre une majorité de Français de se retrouver dans le programme de François Fillon. Pendant les cinq mois de campagne qui sont devant nous, Les Républicains devront expliquer, clarifier, faire la pédagogie de certaines propositions. Ainsi, sur l'assurance maladie, il n'est nullement question, comme le prétend la gauche, de remettre en cause des remboursements par la Sécurité sociale, pouvant inquiéter les familles ou les personnes à revenus modestes. Il s'agit, au contraire, de mieux les protéger et durablement. Pour cela, il est prévu, comme l'ont fait les pays qui ont redressé leurs comptes sociaux, de mieux définir le “panier de soins” relevant de l'assurance maladie obligatoire, de l'assurance complémentaire ou des deux à la fois. Chacun doit être rassuré. L'engagement de François Fillon est de dire la vérité sur le décrochage économique français, sur l'emploi, sur la dette, sur l'immigration, sur la sécurité. Pour redresser le pays, il faut encourager l'investissement et le travail, pour que la France ait plus d'emplois, plus de richesses et préserve la solidarité nationale.

François Bayrou laisse planer l'incertitude sur ses intentions. Craignez-vous qu'il se présente ?

Les Républicains rassemblent déjà la droite et de nombreux centristes. François Zocchetto, président du groupe UDI au Sénat, son homologue à l'Assemblée, Philippe Vigier, ainsi que des personnalités comme Hervé Morin ou Jean-Christophe Lagarde, ont déjà rejoint François Fillon. François Bayrou n'a pas toujours eu une attitude constructive avec la droite. Cela a même été l'inverse avec Jacques Chirac ou avec Nicolas Sarkozy. Par son vote pour François Hollande en 2012, il porte une part de responsabilité de l'échec du quinquennat. Je l'invite à lire attentivement le programme de François Fillon.

Avec la résurgence du clivage droite-gauche, la campagne promet d'être particulièrement violente...

Nous avons deux adversaires: une gauche qui a affaibli la France durant cinq ans et un Front national dont le programme économique et social ne se distingue guère de celui de l'extrême gauche. Ce sera une campagne difficile, mais probablement une des dernières chances données à nos compatriotes pour que la France échappe à un destin inquiétant.

Comment jugez-vous la candidature de Manuel Valls ?

Manuel Valls est un candidat de substitution. Il a été, pendant deux ans, un ministre de l'Intérieur inefficace, pendant trois ans, un Premier ministre tout aussi inefficace, comptable lui aussi du bilan calamiteux du quinquennat. Au surplus, comment pourrait- il être le candidat unique du PS, lui qui a théorisé l'existence de « deux gauches irréconciliables ».

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